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Illustration d’un système néocolonial contre le développement
23 février, par

Alors que La Réunion manque de logements, d’emplois et d’investissements productifs, l’État français, par la voix du ministre Gérald Darmanin, annonce la construction d’une nouvelle prison. Un choix dénoncé comme révélateur d’un système qui gère les conséquences sociales sans s’attaquer aux causes profondes du mal-développement . A quand le réveil réunionnais ?
Pendant que des milliers de Réunionnais attendent un logement, un emploi ou un terrain pour entreprendre, l’État français annonce vouloir construire de nouvelles prisons. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a confirmé que son ministère travaillait activement à l’identification de terrains, avec la possibilité d’annoncer rapidement l’implantation d’un nouvel établissement pénitentiaire à La Réunion et dans l’île comorienne de Mayotte.
Cette annonce pose une question fondamentale : pourquoi mobiliser des terrains précieux pour enfermer, plutôt que pour construire, produire et développer le pays ? Dans un territoire marqué par une pénurie chronique de logements, où des dizaines de milliers de familles attendent une solution digne, chaque hectare compte. Ces terres pourraient accueillir des logements, des usines, des exploitations agricoles ou des zones d’activités créatrices d’emplois. Au lieu de cela, l’État choisit d’y implanter des prisons.
Ce choix n’est pas neutre. Il s’inscrit dans un système hérité de la domination coloniale, où les décisions structurantes continuent d’être prises à Paris, sans répondre aux véritables besoins du territoire. Depuis des décennies, ce modèle organise la dépendance économique, freine le développement productif local et maintient La Réunion dans une situation de fragilité sociale.
Dans ce contexte, l’insécurité progresse. Narcotrafic, violences, drames routiers : ces phénomènes ne sont pas apparus par hasard. Ils sont les conséquences d’un système néocolonial qui produit du chômage de masse, de la pauvreté et du désespoir. Un système qui importe des modèles, des comportements et des logiques qui fragilisent la société réunionnaise, tout en empêchant l’émergence d’une économie autonome.
Face à cette situation, la réponse de l’État est révélatrice : construire des prisons. Autrement dit, gérer les conséquences sans traiter les causes. Enfermer plutôt que prévenir. Punir plutôt que développer.
Pourtant, les solutions existent. Investir dans l’éducation, la formation, l’emploi, l’industrie, l’agriculture et l’autonomie énergétique permettrait de s’attaquer aux racines de l’insécurité. Créer des emplois, donner des perspectives à la jeunesse, renforcer la production locale : voilà les véritables réponses durables.
La construction de nouvelles prisons apparaît ainsi comme le symbole d’une politique qui privilégie le contrôle à l’émancipation, la gestion des crises à la construction de l’avenir. La Réunion n’a pas besoin de plus de prisons. Elle a besoin de justice sociale, de développement économique et de responsabilité politique.
Le véritable enjeu est clair : sortir d’un modèle de dépendance pour construire un pays capable d’offrir à sa population dignité, sécurité et avenir. A quand le réveil réunionnais ?
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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