Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
« Honorer nos ancêtres et reconquérir notre destin commun »
15 septembre 2025, par

À Addis-Abeba, le 7 septembre 2025, un tournant historique a été franchi. Lors du deuxième Sommet Afrique-CARICOM, l’Union africaine (UA) a annoncé son ralliement à la Communauté des Caraïbes (CARICOM) pour exiger des réparations de la Grande-Bretagne pour les crimes liés à l’esclavage transatlantique. « Nous travaillerons ensemble pour honorer nos ancêtres, élever nos descendants et reconquérir notre destin commun », a déclaré Mahamoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’UA.L’appel lancé à Addis-Abeba invite donc à une réflexion élargie : si les Caraïbes et l’Afrique s’unissent pour obtenir justice, La Réunion, département français depuis 1946 mais toujours héritière de ce passé douloureux, ne devrait-elle pas, elle aussi, se saisir de cette dynamique et exiger de la France de payer sa dette ?
Intitulée « Partenariat transcontinental pour une justice réparatrice », la rencontre a mis en lumière la volonté croissante des pays africains et caribéens de parler d’une seule voix. Cette stratégie, amorcée dès 2023 à Accra, vise à obtenir des excuses officielles, la mise en place d’un fonds mondial pour les réparations, ainsi que la reconnaissance juridique de l’esclavage comme violation des droits humains. Le plan en dix points adopté par la CARICOM va au-delà des compensations financières : il inclut la restitution de biens culturels volés par les colonisateurs, des investissements massifs dans l’éducation et la santé, et une réponse spécifique au défi climatique, dont les îlescomme La Réunion sont déjà victimes.
Si l’accent est aujourd’hui mis sur la Grande-Bretagne, l’écho de ces revendications résonne bien au-delà. La France, ancienne puissance coloniale et esclavagiste, est elle aussi interpellée. Dans ce débat mondial sur la mémoire et la justice, La Réunion occupe une place singulière. Pendant plus de la moitié de son histoire officielle, l’île a été marquée par l’esclavage, institué dès la colonisation française au XVIIe siècle et aboli seulement en 1848. Des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, arrachés de force à Madagascar, en Afrique orientale ou en Inde, ont bâti, sous la contrainte, la société réunionnaise moderne, ont fait la fortune de la France et de ceux qui devinrent les capitalistes réunionnais.
Contrairement aux pays caribéens qui s’organisent collectivement pour porter la question des réparations, la mémoire réunionnaise demeure souvent cantonnée aux cérémonies annuelles du 20 décembre, jour de l’abolition. Pourtant, les séquelles sociales, économiques et culturelles de ce système perdurent. Elles rappellent que l’histoire coloniale française ne saurait être dissociée de ce commerce considéré comme crime contre l’humanité ni des souffrances qu’il a engendrées.
L’appel lancé à Addis-Abeba invite donc à une réflexion élargie : si les Caraïbes et l’Afrique s’unissent pour obtenir justice, La Réunion, département français depuis 1946 mais toujours héritière de ce passé douloureux, ne devrait-elle pas, elle aussi, se saisir de cette dynamique ? Reconnaître l’ampleur du traumatisme, envisager des mesures réparatrices, et donner aux descendants d’esclaves les moyens de se réapproprier leur histoire, constituent autant de chantiers qui dépassent la seule question financière.
À travers ce mouvement transcontinental, c’est la voix des peuples longtemps réduits au silence qui s’élève. Elle rappelle que les réparations ne sont pas seulement une affaire d’argent, mais une exigence de justice et de dignité partagée.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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