Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Paul Vergès figure du mémorial dédié à la lutte contre l’apartheid
25 novembre 2025, par

L’inscription de Paul Vergès au panthéon de l’ANC constitue un geste politique majeur, chargé d’une portée symbolique bien plus profonde qu’une simple reconnaissance individuelle. Pour l’Afrique du Sud, il s’agit d’honorer un dirigeant réunionnais dont le parti, le PCR, s’est engagé dès les premières heures aux côtés de la lutte contre l’apartheid. Pour la France, c’est un rappel cinglant de décennies de soutien à l’apartheid que ses chefs préfèrent souvent occulter.
Lors de son déplacement en Afrique du Sud le 21 novembre, Emmanuel Macron a fait escale au mémorial dédié à la lutte contre l’apartheid, à Pretoria. À cette occasion, vingt figures de nationalité françaises engagées contre le régime raciste ont été mises à l’honneur, parmi lesquelles figure Paul Vergès.
Pendant que Paris entretenait des relations complaisantes avec Pretoria, au nom d’intérêts stratégiques et économiques, le Parti Communiste Réunionnais se plaçait résolument dans le camp des opprimés. « Fort heureusement pour l’honneur de notre pays », souligne-t-on aujourd’hui, le PCR avait choisi la solidarité active avec l’ANC alors que nombre de puissances occidentales, membres de l’OTAN dont la France, soutenaient le régime raciste sud-africain.
À La Réunion même, certains responsables politiques et médias allaient jusqu’à justifier les condamnations à mort de militants anti-apartheid ou à offrir une base d’hospitalité diplomatique au pouvoir raciste de Pretoria. La compagnie aérienne du régime sud-africain était accueillie à Gillot, un sénateur-maire présidait un groupe parlementaire d’amitié avec l’Afrique du Sud ségrégationniste… Le contraste avec l’engagement du PCR n’en est que plus frappant.
Car depuis sa fondation, le parti de Paul Vergès avait pris fait et cause pour l’ANC : déclarations publiques, manifestations, accueil de militants en exil, soutien à la lutte armée lorsque celle-ci devint la seule réponse possible face à la violence institutionnelle. Cette constance explique pourquoi, aujourd’hui encore, le PCR — au même titre que Cuba — figure parmi les invités d’honneur des grandes commémorations de l’ANC. Et pourquoi l’organisation sud-africaine a tenu à inscrire Paul Vergès dans son panthéon politique.
La tentative du président Emmanuel Macron de s’approprier cet hommage pose donc question. Elle ressemble moins à une célébration de la mémoire de Paul Vergès qu’à une tentative de récupérer symboliquement un honneur qui, en réalité, met en lumière la défaite de l’État français de l’époque. L’Afrique du Sud libre n’a pas oublié qui se tenait réellement à ses côtés dans les moments les plus sombres.
Reconnaître cette vérité ne diminue pas la France : cela l’oblige simplement à regarder son histoire telle qu’elle fut. L’hommage rendu par l’ANC à Paul Vergès honore un combat anticolonial, une fidélité aux valeurs universelles d’égalité et de dignité. La France, si elle veut s’y associer sincèrement, doit commencer par admettre que cette page d’histoire fut écrite malgré elle, et non grâce à elle.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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