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Soirée d’hommage à Paul Vergès à Saint-Denis
12 décembre 2016, par

Ce dimanche, le Festival du film documentaire de Saint-Denis s’est conclu par un hommage à Paul Vergès, décédé le 12 novembre dernier. Deux films étaient projetés : Maloya pour la liberté et Le grand échiquier.
La 7e édition du Festival du film documentaire de Saint-Denis était placée cette année sous le thème des révoltés de l’histoire. Le 12 novembre dernier, Paul Vergès est décédé. Cet événement a amené un changement dans le programme du festival, qui a programmé une soirée supplémentaire sous forme d’hommage à l’ancien dirigeant communiste. Elle a eu lieu hier soir dans le Grand salon de l’ancien hôtel de ville à Saint-Denis, avec la projection de Maloya pour la liberté du Grand échiquier. Entre les deux films, un débat était prévu.
Un public nombreux avait répondu à l’appel. André Pestel, adjoint au maire de Saint-Denis, a ouvert la soirée en rendant un hommage à l’œuvre de Paul Vergès. Il a rappelé ce que La Réunion d’aujourd’hui doit aux combats menés par notre regretté camarade : « nous pouvons aujourd’hui jouer le maloya, nous pouvons parler ». Il a également salué l’action du PCR, un parti créé par Paul Vergès sur lequel il s’est appuyé pour développer ses idées.
Bruno Maillard, responsable du Festival du film documentaire a mis en parallèle les parcours de Paul Vergès et de Franz Fanon. Ce dernier s’est engagé également dans la Résistance à 18 ans. Puis nommé médecin en Algérie, il a épousé la cause du FLN au point qu’il a été déchu de la nationalité française. Il a peut-être croisé la route de Jacques Vergès qui était l’avocat du FLN.
La projection de Maloya pour la liberté a permis de retracer le séjour à La Réunion de Georges Marchais, secrétaire général du PCF, lors de la campagne des élections européennes de 1979 : rencontres avec les dockers, les travailleurs du chantier de la centrale de Sainte-Rose, les ouvriers de l’usine de Grand-Bois, les habitants du camp du Gol à Saint-Louis et du bidonville du Cœur Saignant au Port, meetings à Gillot, à Sainte-Suzanne et au Port. Autant d’occasions qui ont convaincu Georges Marchais d’une liaison étroite entre le Parti et la population malgré les conditions difficiles de la lutte. Un lien que Paul Vergès expliquait par l’analyse d’une situation spécifique et l’adhésion de la population à la ligne qui en découla.
Lors du débat qui suivit, Carpanin Marimoutou a souligné l’articulation entre le maloya et les luttes. Le maloya est lié à la résistance à l’esclavage, puis à l’engagisme. Il construit un discours commun des luttes.
Acteur des événements présentés dans le film, Ary Yée Chong Tchi Kan, co-secrétaire général du PCR, est revenu sur une qualité de Paul Vergès : il arrivait à intéresser les gens à la politique et à la cause réunionnaise. C’est ce que rappellent les témoignages du Père René Payet, qui aurait pu être évêque de La Réunion, et du Père Fontaine, militant culturel. Tous deux ont adhéré à la cause du PCR alors que rien ne les y prédestinait. Paul Vergès a aussi posé la question de la créolisation du monde, au travers de l’exemple de La Réunion où des populations issues de différentes civilisations ont réussi à construire un peuple avec sa propre langue.
Ary Yée Chong Tchi Kan a conclu son intervention en rappelant le péril qui menace la filière canne sucre l’année prochaine à cause de la fin du quota sucrier.
Jérôme Vellayoudom et Carpanin Marimoutou ont rappelé que la construction du documentaire s’apparente à celle d’un kabar. Il consiste en un échange permanent entre un maître de parole qui est Paul Vergès ou Georges Marchais, et une communauté qui varie selon le sujet abordé.
La soirée s’est conclue par la projection du Grand échiquier. Ce documentaire retrace une rencontre entre Paul et Jacques Vergès. Ils évoquent leurs souvenirs en revenant sur différents lieux qui ont marqué leur histoire.
À la mairie de Saint-Denis, l’hommage à Paul Vergès continue au travers d’une exposition d’œuvres d’André Béton. Elle est visible jusqu’au 15 décembre à la salle du patrimoine, au premier étage de l’ancien hôtel de ville de Saint-Denis.
M.M.
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