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La Réunion, terre de rencontre de civilisations, ne doit pas céder aux discours qui désignent une communauté comme responsable des difficultés sociales comme en Afrique du Sud. Qu’ils visent des personnes originaires de France, de Madagascar, des Comores ou d’ailleurs, ces discours nourrissent les divisions sans résoudre les problèmes réels et ne veulent pas remettre en cause la structure coloniale qui bénéficie aux xénophobes. Les défis liés au logement, à l’emploi ou au coût de la vie exigent des réponses publiques fondées sur les faits, le rassemblement des Réunionnais pour chercher des solutions et le respect de la dignité de chacun.
La Réunion s’est construite sur des vagues successives de migrations qui commencèrent sans doute avant la colonisation française initiée par des migrants expulsés du Sud de Madagascar. Aucun groupe ne peut prétendre incarner à lui seule l’identité réunionnaise. Notre histoire est celle du brassage, de la rencontre et de l’enrichissement mutuel. C’est précisément pourquoi les discours qui cherchent aujourd’hui à opposer les habitants entre eux méritent d’être dénoncés.
Un groupuscule tente de faire des personnes originaires de France installées à La Réunion les responsables de difficultés bien réelles : coût du logement, concurrence pour l’accès à des emplois surrémunérés ou inégalités sociales. Cette rhétorique est dangereuse. Elle ne s’attaque pas aux causes des problèmes, mais désigne des individus en raison de leur origine.
L’histoire montre pourtant que la recherche de boucs émissaires est toujours une impasse. Lorsqu’une société commence à classer les personnes selon leurs origines plutôt que selon leurs actes, elle fragilise les fondements mêmes de la démocratie et du vivre-ensemble. Les tensions remplacent le dialogue, les préjugés prennent le pas sur les faits et la méfiance s’installe durablement.
Cela ne signifie pas que les inquiétudes doivent être ignorées. Les difficultés d’accès au logement, la précarité de l’emploi ou le sentiment de déclassement existent et méritent des réponses. Mais ces défis relèvent de choix économiques, sociaux et politiques. Ils ne seront jamais résolus en stigmatisant une catégorie de la population.
Les Réunionnais savent mieux que quiconque que l’identité de l’île est multiple. Les personnes venues de France, comme celles originaires de Madagascar, des Comores, de Mayotte, d’Inde, de Chine ou d’ailleurs, participent à la vie économique, culturelle et sociale du territoire. Les juger collectivement en fonction de leur origine revient à nier cette réalité.
Notre avenir dépend de notre capacité à nous rassembler autour d’un projet de développement tout en refusant les discours qui dressent les habitants les uns contre les autres. Critiquer des décisions est légitime ; cibler une population ne l’est pas.
La Réunion a toujours été plus forte lorsqu’elle a choisi la solidarité plutôt que la division. Préservons cet héritage. Les défis de demain exigent davantage de cohésion, pas davantage de suspicion.
M.M.
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