4 listes conduites par des femmes majoritaires lors du premier tour des municipales

Promotion des femmes aux responsabilités politiques à La Réunion : 80 ans de luttes menées par les communistes

18 mars

Dimanche dernier, le premier tour des municipales 2026 à La Réunion a marqué une étape historique. Dans quatre communes, des listes conduites par des femmes ont remporté dès le premier tour la majorité absolue des suffrages, avec plus de 25 % des inscrits. Logiquement, leurs têtes de liste devraient être élues maires lors du prochain conseil municipal. C’est une première dans l’histoire politique réunionnaise. Et ce n’est pas un hasard.

Photo : Audrey Bélim, sénatrice de La Réunion et Ericka Bareigts, maire de Saint-Denis, capitale de La Réunion.

ous le régime colonial, les femmes constituaient la classe la plus défavorisée. Doublement dominées — par l’ordre colonial et par le patriarcat — elles étaient exclues du droit de vote, écartées des responsabilités, confinées à l’invisibilité politique. Il a fallu attendre 1945 pour que les Réunionnaises puissent enfin voter et être éligibles, établissant réellement le suffrage universel dans notre pays. Cette conquête n’est pas tombée du ciel : elle est le fruit d’un combat.

Un long combat

Dès 1945, des listes du CRADS dirigées par les communistes permirent l’élection des premières Réunionnaises dans des conseils municipaux. La Fédération communiste de La Réunion, puis le Parti communiste réunionnais (PCR), ont constamment veillé à soutenir l’accession des femmes aux responsabilités. Cette fidélité à un principe — l’égalité — s’est traduite par des candidatures féminines toujours plus nombreuses.

En 1997, une membre du PCR devenait la première députée réunionnaise. En 2004, lorsque Paul Vergès démissionna du Sénat, il permit à une communiste d’accéder à ce mandat, devenant la deuxième femme sénatrice de La Réunion. En 2008, grâce au PCR, une femme fut élue maire d’une commune de plus de 100 000 habitants, une autre première historique. La dynamique était lancée.

La loi sur la parité, adoptée en 2001, a imposé des listes alternées composées à 50 % de femmes, lors des municipales, régionales et sénatoriales. Pour les législatives, un parti doit présenter 50 % de candidates. Cette avancée a mécaniquement accéléré la féminisation des assemblées. Depuis, plusieurs femmes sont devenues conseillères départementales, régionales, députées, sénatrices.

Le scrutin de 2026 s’inscrit dans cette continuité. Il valide 80 ans de combat pour que celles qui furent les plus opprimées accèdent aux responsabilités. Il démontre la justesse d’une cause portée avec constance par les communistes : sans lutte, pas de progrès.

Des institutions héritées de l’esclavage et de la colonisation

Mais la féminisation des exécutifs ne suffit pas à transformer la politique menée. Les structures, elles, sont restées intactes. Les mairies, héritées de l’époque coloniale, étaient à l’origine le prolongement des grandes plantations ; le maire était souvent le principal propriétaire d’esclaves. Le conseil général représentait les intérêts des plus gros esclavagistes. Ces institutions n’ont pas été repensées en profondeur.

Aujourd’hui, les femmes élues exercent leurs fonctions dans un cadre administratif qui reproduit des logiques anciennes. Elles accomplissent les mêmes tâches que leurs prédécesseurs masculins, dans des structures qui n’ont pas été démocratisées.

Oui, cette féminisation est une victoire, elle honore des décennies de luttes. Mais pour que ce changement produise tous ses effets, une réforme institutionnelle est nécessaire. Il faut remettre en cause les structures héritées de la colonisation et de l’esclavage, ouvrir la voie à une démocratie réellement participative, adaptée aux réalités réunionnaises.

L’égalité d’accès aux responsabilités est une étape. L’émancipation véritable du peuple réunionnais exige maintenant la transformation des institutions. Le combat continue.

M.M.

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