Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Eugène Rousse et le cinquantenaire du P.C.R. :
Quelques moments forts à ne pas oublier — 4/4 —
8 mai 2009

Dans la quatrième et dernière partie du document rédigé par notre ami Eugène Rousse à l’occasion du 50ème anniversaire de la création du Parti Communiste Réunionnais et de son 6ème Congrès, l’historien souligne notamment les avancées réalisées par notre peuple grâce à ce parti et à ses alliés. Eugène Rousse signale à ce propos qu’une des raisons de ces avancées est le fait que le PCR n’a pas connu de crise majeure pendant toute cette période, malgré la répression violente et les calomnies que ses adversaires lui ont infligées. Voilà encore un fait dont nous avons des enseignements à tirer.
Bien que le projet de thèses présenté à la conférence fédérale du Port n’ait pas été approuvé par un certain nombre de délégués, le PCR n’a pas enregistré de démission après sa constitution ; il n’a pas eu non plus à prononcer d’exclusion et, au cours d’un demi-siècle d’existence, il n’a pas connu de crise véritable. Ce qui n’a pas été le cas en Martinique et surtout en Guadeloupe.
Il n’est pas inutile de signaler que dans ce dernier DOM, le Parti Communiste Guadeloupéen (PCG), né le 30 mars 1958, perd plusieurs dizaines de ses membres dès la création en 1963 du Groupe d’Organisation Nationale de la Guadeloupe (GONG). Quatre ans plus tard, en 1967, la contestation interne débouche sur une scission qui entraîne l’exclusion du PCG du secrétaire général de la CGTG ainsi que celle du professeur de philosophie Yves Leborgne.
La cohésion du PCR
En 1991, le PCG connaît sa crise la plus grave : le vétéran du parti, Henri Bangou, sénateur-maire de Pointe-à-Pitre, quitte le PCG pour fonder le Parti Progressiste et Démocratique Guadeloupéen (PPDG), auquel adhère le député guadeloupéen Ernest Moutoussamy, qui est aussi maire de Saint-François. Ces exclusions et démissions ont évidemment eu pour effet l’affaiblissement électoral du PCG et une baisse de son influence.
Ayant conservé sa cohésion, malgré toutes les difficultés auxquelles il a été confronté au cours de ce demi-siècle de militantisme au service des Réunionnais, le PCR a pu jouer ce rôle important sur la scène politique de l’île et être l’initiateur de nombreuses rencontres entre les partis communistes et progressistes des DOM et des TOM. Il a su également faire entendre sa voix lors de grandes rencontres communistes internationales.
Des avancées sociales grâce au PCR
Au niveau réunionnais, le PCR n’a eu de cesse de réclamer l’extension à La Réunion de la totalité de la législation sociale métropolitaine ainsi que des transferts financiers suffisamment élevés pour permettre à l’île de combler son retard dans tous les domaines.
C’est probablement en raison d’une forte mobilisation de ses militants que ces transferts financiers progressent rapidement à partir de 1960. Alors qu’ils ne se chiffraient qu’à 35 millions de francs en 1959, ils atteignent 203 millions de francs en 1962 et s’élèvent à 350 millions de francs en 1965 et à 778 millions de francs en 1970.
Des avancées politiques
Après les Municipales de mars 1971, marquées par un recul des conservateurs dans les DOM (à La Réunion, ils perdent 4 communes : Le Port, La Possession, Saint-Louis et Saint-Philippe), les autonomistes des 4 DOM estiment que le moment est venu de rassembler toutes les forces anti-colonialistes de l’Outre-mer français pour un aboutissement plus rapide de leur commune revendication.
Ce rassemblement s’impose d’autant plus que le programme commun de gouvernement d’une union de la gauche en France est en cours d’élaboration et qu’un chapitre de ce programme doit être consacré aux DOM-TOM.
La première rencontre des mouvements et partis progressistes des 4 DOM favorables au statut d’autonomie a lieu à Morne-Rouge, en Martinique, les 16, 17 et 18 août 1971. Elle s’achève par la signature d’une résolution finale, dans laquelle les signataires « considèrent que le droit de leurs peuples à l’autodétermination ne peut s’exercer actuellement que par le moyen libre et démocratique de l’élection au suffrage universel d’une assemblée ayant pour seul but l’élaboration d’un nouveau statut du pays ».
La convention de Morne-Rouge est suivie le 30 mai 1972 de la "Conférence de Paris pour l’autodétermination des peuples des DOM-TOM". Sont présents à cette conférence les délégués de 22 partis ou syndicats des DOM, de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie, qui constituent, selon le secrétaire général du PCR, « le front commun des oubliés de la décolonisation ». Des représentants de la gauche et des organisations syndicales françaises assistent également à la conférence, dont la déclaration finale dénonce « le pillage colonial » des DOM-TOM, leur « sous-développement », le recours à une politique « d’assistance » et met l’accent sur la vaste alliance qui s’est constituée pour « imposer le droit à l’autodétermination » des peuples des vestiges de l’Empire colonial français.
Un mois après cette Conférence de Paris qui provoque l’irritation des « nationaux » à La Réunion, le Programme commun de la gauche signé le 27 juin 1972 reconnaît « le droit à l’autodétermination des peuples des DOM et des TOM ».
De nouvelles perspectives pour tous les Réunionnais
La diabolisation du PCR, qui aura duré plus de 20 ans et provoqué l’institutionnalisation de l’arbitraire, prend fin en 1981.
Peu après son arrivée au pouvoir à la tête de la République avec le soutien actif des autonomistes des DOM, la gauche fait voter la loi de décentralisation du 2 mars 1982, suivie de celle du 31 décembre 1982, qui accorde au Conseil régional de larges compétences pour « promouvoir le développement économique, social, sanitaire, culturel et scientifique de la région (… ) et pour assurer la préservation de son identité, dans le respect de l’intégrité, de l’autonomie et des attributions des départements et des communes ».
En conclusion de cet exposé hélas bien incomplet, je crois pouvoir affirmer qu’au cours de son demi-siècle d’existence, le PCR s’est fortement mobilisé en vue de la construction à La Réunion d’une société plus égalitaire, plus solidaire. Son objectif permanent a été également de mettre en œuvre les moyens de développer l’île sur tous les plans.
Cet objectif ne peut être atteint qu’en appelant toutes les forces vives du pays à se rassembler. Si cet appel est largement entendu, de nouvelles perspectives s’offriront à tous les Réunionnais.
Eugène Rousse
Nos peines
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