Canne à sucre à La Réunion : il est temps de tout revoir
21 septembre, parSortir du système néocolonial de simple fournisseur des profits d’une société exogène
Gélita Hoarau dans l’Humanité Dimanche
12 avril 2017

Dans son édition parue le 6 avril, l’Humanité Dimanche consacre deux pages à la situation en Guyane. Ce dossier comprend une interview de Gélita Hoarau, sénatrice de La Réunion.
La situation s’est-elle améliorée au cours du mandat présidentiel qui se termine ?
Gélita Hoarau : le problème numéro un à La Réunion, c’est le chômage. Je constate qu’en septembre 2012, La Réunion comptait 157 360 demandeurs d’emploi, dont 127 410 en catégorie A, totalement privés de travail. En février 2017, ces chiffres sont respectivement de 181 780 et de 136 960. Le chômage a donc continué à augmenter malgré un ralentissement de la croissance de la population active. C’est donc un échec. Or, la campagne de François Hollande avait suscité de grands espoirs dans les outre-mer comme en témoignent des scores au-dessus de la moyenne (plus de 70 % des voix à La Réunion). Mais la situation ne s’est pas améliorée, car les problèmes structurels tels que le chômage et la vie chère sont toujours là.
La crise en Guyane peut-elle se généraliser à l’ensemble de l’outre-mer ?
Gélita Hoarau : pour moi, ce qui se passe en Guyane est la conséquence logique d’un système arrivé à bout de souffle et qui produit du chômage, de la pauvreté et des inégalités. En un mot c’est le procès de l’intégration. Tous les DOM sont concernés. L’intégration à la France a placé les départements d’outre-mer sous la dépendance des transferts publics, qui sont ensuite consommés dans l’achat de produits fabriqués majoritairement en Europe dans des enseignes qui, à La Réunion, sont contrôlées par des capitaux extérieurs. Les transferts publics alimentent des profits privés qui sont ensuite exfiltrés de La Réunion. Ce n’est pas comme cela que l’on construit le développement d’un pays. C’est ce que le PCR qualifie de néo-colonialisme.
La loi dite d’égalité réelle est un aveu du retard pris. Si elle a été adoptée à l’unanimité, c’est uniquement parce qu’elle comportait des mesures sociales qui devaient exister depuis longtemps Outre-mer. Elle ne règle rien sur le fond.
La solution réside-t-elle dans l’augmentation de la solidarité nationale ?
Gélita Hoarau : la solidarité nationale est nécessaire. N’oublions pas que l’économie des départements d’outre-mer a toujours été faite pour satisfaire les besoins d’une métropole plutôt que le développement. La mondialisation aggrave encore la situation. Au mois de septembre, ce sera la fin des quotas sucriers. Nous serons sans protection sur le marché mondial. Que deviendront les 18.000 emplois qui dépendent du sucre à La Réunion ?
Pour nous au Parti communiste réunionnais, le problème qui se pose est celui de la responsabilité. En effet, qui mieux que les peuples des outre-mer sont les mieux placés pour décider pour gérer les crédits alloués ? C’est une question de confiance, prendre des décisions stratégiques à des milliers de kilomètres des personnes concernées, cela a conduit à la crise actuelle. Il faut donc une véritable rupture avec un système vieux de 70 ans qui est en pleine crise, comme le montrent les manifestations en Guyane. C’est pourquoi je pense qu’il faut faire confiance aux peuples des outre-mer, et leur donner les moyens de régler eux-mêmes leurs problèmes et de leur permettre aussi de s’insérer dans leur environnement géo-économique.
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