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Les interventions à l’assemblée générale de l’Alliance
29 mai 2004

En 1950, La Réunion comptait 270.000 habitants. Elle en compte plus de 750.000 aujourd’hui. C’est-à-dire qu’en à peine plus de 50 ans, sa population s’est accrue trois fois plus qu’au cours des 3 siècles précédents. Elle compte notamment 240.000 jeunes scolaires ou étudiants, 100.000 chômeurs (soit plus de 31% de la population active), 120.000 personnes touchées par l’illettrisme. Avec aussi, chaque année, l’arrivée sur le marché du travail d’un nombre d’actifs supérieur de 4.000 au nombre d’emplois nouveaux offerts.
Voilà la vérité brute des chiffres.
Voilà la véritable explosion sociale à laquelle les générations d’aujourd’hui ont la responsabilité et le devoir de faire face.
Voilà les véritables enjeux du développement économique et social de l’île en ce début du 21ème siècle.
Voilà les questions immédiates, brûlantes, incontournables, qui se posent en termes d’accès au logement, d’éducation, de formation ; en termes de droit au travail, à la santé, à la sécurité ; en termes d’organisation des transports, de sauvegarde de l’environnement, de respect de l’identité ; en termes d’insertion dans l’ensemble indocéanique, national, européen et mondial ; en termes enfin de lutte contre les inégalités, de construction d’une société solidaire, d’accès pour tous à une citoyenneté pleine et entière.
Cette œuvre gigantesque, nombreux sont ceux qui s’y consacrent depuis des décennies : personnes physiques et morales, partis politiques, syndicats, associations, clubs, collectifs... Et nous n’aurions pas assez de toute cette journée pour rendre justice à ce que les uns et les autres, à leurs différents niveaux d’intervention ou de responsabilité, ont apporté au fil des ans à la construction de cette maison commune.
Mais aujourd’hui, notre constat est unanime : c’est une étape supplémentaire qu’il faut franchir, c’est une vitesse supérieure qu’il faut passer, si nous ne voulons pas que l’Histoire, en s’accélérant, ne laisse toute une société sur le bord du chemin.
Ce n’est plus à la multiplicité des actions sectorielles qu’il faut viser, c’est à la construction d’une synergie d’ordre supérieur, à la mise en cohérence des actions, bref à la construction d’un outil de travail nouveau, efficace, répondant par sa fonctionnalité aux défis qui nous attendent.
Certains, au plan national, ont proclamé leur choix de bâtir, en s’inspirant du concept gaulliste de “rassemblement”, une vaste organisation, sorte de “machine à gagner” comme ils l’ont baptisée eux-mêmes, qui devait propulser le pays, à la vitesse grand V, vers les délices de la mondialisation et de la modernité avec la bénédiction du MEDEF. Hélas ! ils se sont vite aperçus qu’un conglomérat d’égoïsmes de classe ne suffisait pas à bâtir un programme politique, et qu’un faisceau d’ambitions personnelles ne conduisait pas forcément à la constitution d’une équipe crédible.
Bref, la “machine à gagner” a essuyé, les 21 et 28 mars, la plus cuisante des défaites. Ou, pour rester dans la terminologie gaulliste, le parti nouvellement créé s’est avéré être un simple “machin”, qui a vraisemblablement pour avenir celui que connaissent toutes les usines à gaz.
Ma conviction est que nous avons, en constituant l’Alliance, fait un choix différent : celui d’appeler l’ensemble des forces progressistes de l’île à mettre en commun leur capacité d’action, tout en préservant la souveraineté interne de chaque organisation, en respectant l’identité de chaque composante et les choix de valeurs de chaque individu.
Plus qu’un force, c’est une ambition collective pour La Réunion que nous avons proposée, qui a été validée par les Réunionnais en mars, et dont nous achevons aujourd’hui la construction.
En validant massivement notre démarche, les Réunionnaises et les Réunionnais nous ont montré, lors des élections cantonales et régionales, que c’est bien cette voie qu’il fallait choisir.
À nous désormais de mettre toute notre énergie à répondre comme il se doit à leurs attentes. À nous également de nous saisir du scrutin du 13 juin pour faire entendre la voix de l’Alliance, conduite par Paul Vergès et les élus solidaires des DOM et des TOM, dans le débat primordial sur le devenir des R.U.P. au sein de l’Europe.
Engagé, pour ma part, depuis plus de 30 ans dans le combat syndical, j’ai la simple ambition d’œuvrer au rapprochement du mouvement social et de l’action politique dans la défense du service public et la construction d’un système éducatif ambitieux pour la jeunesse.
Le service public, scandaleusement remis en cause par les inconditionnels de la mondialisation et du marché, doit demeurer le centre de gravité et le principe moteur d’un système de citoyenneté et de solidarité porteur d’avenir, d’espoir et de cohésion pour l’immense majorité de nos concitoyens.
Son développement dans les années qui viennent, et le départ à la retraite des générations de fonctionnaires nés dans l’après-guerre, ouvrent de surcroît de larges perspectives d’emploi pour les dizaines de milliers de jeunes diplômés réunionnais qui sortiront, ces prochaines années, du Second Degré ou de l’Université.
C’est, je le rappelle avec force, une chance historique d’offrir une insertion professionnelle stable à des générations de jeunes gens et de jeunes filles, tout en leur offrant la possibilité de contribuer au bien public, que ce soit au service de l’État ou des collectivités locales.
La défense et la promotion d’un système éducatif de haut niveau, ouvert à tous et fondé sur des valeurs universelles, doivent garantir quant à elles l’égalité des chances, le droit à la formation tout au long de la vie, l’accès aux savoirs et à la qualification, le respect de l’identité linguistique et culturelle.
Elles doivent en outre, par l’aide et la coopération renforcée entre le Rectorat, l’Université et la Région, contribuer à soutenir une recherche scientifique de haut niveau, tout en favorisant toujours davantage la coopération avec les îles et pays de la zone, dans la recherche du dialogue et la construction d’un co-développement durable.
Elles peuvent, enfin, ouvrir le large champ de la mobilité volontaire - et non subie - tant au cours de la formation de tous les jeunes que dans l’expérience professionnelle de quiconque souhaitera faire ce choix.
Les perspectives sont tracées. L’ambition est partagée. L’unité dans le respect mutuel est un gage infaillible de réussite. À nous donc d’impulser l’action au service de tous les Réunionnais.
M. Raffarin ajouterait sans doute que la voie est droite et que la pente est raide. Ce qui est sûr pour nous tous aujourd’hui, c’est que, pour ce qui est de la pente, l’Alliance ne va pas la prendre dans le même sens que lui !
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