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Régionales : Didier Robert demande l’aide de l’Etat pour rétablir la « continuité territoriale » au mépris de la santé des Réunionnais

Pourquoi une telle croisade contre les motifs impérieux ?

vendredi 28 mai 2021, par Manuel Marchal


A trois semaines des élections régionales, Didier Robert ne peut pas utiliser une de ces armes, la soi-disant « continuité territoriale ». Les motifs impérieux et la quarantaine sont autant d’obstacles à la distribution massive de bons de réduction sur les billets d’avion à quelques semaines des élections. D’où la demande de levée des motifs impérieux pour tous, afin que ne pas créer « des inégalités à l’approche des départs en vacances ». Cette déclaration semble ignorer que la quarantaine d’une semaine doit être respectée, et raisonne comme l’appel à l’aide d’un candidat qui pleure parce que son joujou est cassé.


Le 19 mai dernier, un communiqué du ministère des Outre-mer annonçait la levée de l’obligation d’avoir un motif impérieux pour entrer ou quitter La Réunion pour une certaine catégorie de passagers :

« Entre La Réunion et Mayotte et l’Hexagone : levée des motifs impérieux pour les voyageurs vaccinés (schéma vaccinal complet) dans les deux sens à partir du 9 juin. Néanmoins, la diffusion dans ces deux territoires d’un variant dit « sud-africain » préoccupant peu présent dans l’Hexagone nécessite des mesures d’isolement renforcées par rapport aux Antilles, dans les deux sens : un test PCR négatif de moins de 72h avant le départ continuera à être exigé. Les voyageurs en provenance et à destination de ces territoires s’engageront également à un auto-isolement de 7 jours à l’issue duquel ils devront être testés négatifs, qu’ils soient vaccinés ou non. »

Le Schéma vaccinal complet est précisé sur le site web de la préfecture de La Réunion :

« Le schéma vaccinal est dit complet
– 2 semaines après la 2e injection pour les vaccins à double injection (Pfizer, Moderna, Astra Zeneca).
– 4 semaines après l’injection pour les vaccins avec une seule injection (Johnson & Johnson)
– 2 semaines après l’injection pour les vaccins chez les personnes ayant eu le Covid (1 seule injection). »

Deux vaccins sont utilisés à La Réunion contre la COVID-19 : Pfizer et Johnson & Johnson. Ce dernier est réservé aux plus de 55 ans.
Dans un communiqué diffusé hier, l’ARS Réunion annonce ceci :

« Au 25 mai 2021, 142 200 réunionnais avaient pu bénéficier d’au moins une première injection, dont 64 300 d’une deuxième injection. 17 % de la population de La Réunion est donc entrée dans le processus de vaccination.
Suite à l’ouverture à toute personne de plus de 18 ans sans autre critère, près de 21 400 personnes supplémentaires de 18 à 50 ans ont bénéficié d’une 1ère injection sur les deux dernières semaines, soit plus du double des personnes de 18 à 50 ans précédemment vaccinées depuis janvier. »

Avec ces données, il est possible d’anticiper le nombre de personnes qui pourront être susceptibles de voyager sans motif impérieux au 9 juin prochain. Compte tenu de l’utilisation très récente du vaccin Johnson & Johnson, la plupart des personnes vaccinées à La Réunion l’ont été par le produit vendu par Pfizer.

64.000 voyageurs potentiels au 25 mai au lieu de plus de 800.000

Au 25 mai, 64.300 personnes avaient reçu une seconde injection, elles ont donc un schéma vaccinal complet et pourront donc utiliser l’avion après le 9 juin sans justifier la raison de leur déplacement. Néanmoins, le ministère des Outre-mer est très clair : les passagers doivent s’engager à réaliser une quarantaine d’une semaine à leur arrivée. S’ils respectent cet engagement, cela signifie une semaine sans sortir de leur hébergement.
C’est dans ce contexte qu’arrive l’intervention de Didier Robert, président de Région en campagne pour sa réélection. Selon plusieurs médias, le président du Conseil régional a demandé au préfet de lever l’obligation des motifs impérieux pour tous :
« La levée d’ici quelques jours des motifs impérieux, uniquement pour les personnes vaccinées est à mon sens une discrimination qui porte pleinement préjudice à l’économie locale et aux familles réunionnaises ». Il craint « des inégalités à l’approche des départs en vacances ». « Compte tenu des délais, de nombreuses personnes ne rempliront pas les conditions vaccinales leur permettant de voyager aux mois de juillet et août ».
Cette sortie amène plusieurs remarques.

Quid de la quarantaine ?

Tout d’abord, il semble que le chef de la Région ainsi que d’autres acteurs économiques aient mal interprété l’évolution de la réglementation à compter du 9 juin.
En effet, même si la personne est vaccinée, la dispense des motifs impérieux ne signifie pas dispense de la quarantaine. Commencer ses vacances par un isolement d’une semaine dans un autre pays est ce qui attend les volontaires au départ s’ils respectent la quarantaine. Voilà de quoi refroidir les envies de vacances dans le froid de l’hémisphère Nord !
Or, si les motifs impérieux sont considérés comme un obstacle aux voyages et pas la quarantaine, cela doit bien signifier que le respect de la quarantaine n’entre pas en considération. Cela n’est pas étonnant. A la différence des pays qui ont choisi de ne pas laisser entrer le virus, le gouvernement a choisi une autre stratégie. Mesure de bon sens, la quarantaine surveillée dans un centre dédié n’a été qu’une mesure exceptionnelle pour La Réunion. Sans contrôle permanent de la localisation du passager devant être en quarantaine, il est difficile de parler d’un isolement garanti.

Didier Robert privé d’une arme électorale

Ensuite, les restrictions de déplacement sont un grave problème pour le président de la Région Réunion. En effet, pour se construire une popularité, Didier Robert a fait de la Région Réunion une agence de voyage, qui distribue des bons de réduction pour les voyageurs voulant aller en France, y compris pour ceux qui ont déjà les moyens de se payer des billets d’avion. Avant le coronavirus et les motifs impérieux, ce sont plus de 50 millions d’argent public qui était utilisés en une année à cette fin.
Il reste trois semaines à Didier Robert avant le premier tour de l’élection régionale. Et compte tenu du maintien des restrictions aux déplacements, il ne peut pas utiliser une de ses armes électorales : la soi-disant « continuité territoriale ».
Alors que l’aggravation de l’épidémie impose de fermer enfin l’aéroport comme en Kanaky Nouvelle-Calédonie, Didier Robert n’hésite pas à prendre le parti d’aggraver la crise sanitaire en prônant l’ouverture en grand des portes de l’aéroport aux cas importés de retour de vacances en France. Pour ne pas que La Réunion vive une troisième épidémie quelques semaines après les retours de vacances, il importe de renforcer les mesures pour protéger la population qui n’a pas les moyens ou qui n’a pas de raison de voyager. Cela suppose un engagement : ne pas partir en vacances en France pour ne pas prendre le risque d’aggraver la crise sanitaire à La Réunion. Et pour respecter cet engagement, une seule décision : fermer l’aéroport.

M.M.



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