Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
20 décembre : commémoration de l’abolition de l’esclavage à La Réunion
19 décembre 2025, par

À La Réunion, la commémoration de l’abolition de l’esclavage est trop souvent réduite à des festivités institutionnelles vidées de leur sens politique. Or l’esclavage fut un crime contre l’humanité, dont les conséquences sociales, économiques et identitaires sont toujours là. Face à la montée des discours négationnistes d’extrême droite et au refus persistant de l’État français d’assumer sa responsabilité, la question des réparations s’impose désormais comme une exigence de justice, portée aussi bien localement que sur la scène internationale.
À La Réunion, chaque 20 décembre revient comme un rituel bien huilé : scènes montées par les institutions, artistes locaux sollicités pour animer la fête, discours consensuels. Mais derrière les lumières et les concerts, une absence criante demeure : celle d’une véritable prise de conscience collective sur la nécessité de réparer l’esclavage. Ce crime contre l’humanité n’est pas un simple épisode du passé ; il structure encore la société réunionnaise. Les descendants d’esclaves, privés de leur nom, de leur histoire et de leurs terres, constituent aujourd’hui l’essentiel des classes populaires et précaires.
Il est donc temps de poser une question simple : quand Paris paiera-t-il pour un système qui a enrichi la France et fourni les capitaux de son développement ? Cette exigence de justice est d’autant plus urgente que, ce lundi 10 juin 2024, des propos indignes tenus par le maire de La Plaine-des-Palmistes ont ravivé la colère. En remettant en cause notre passé esclavagiste et la légitimité même de sa commémoration, cet élu, cadre local du Rassemblement National, a franchi une ligne rouge.
Car le RN, fidèle à sa ligne idéologique, refuse depuis toujours de reconnaître la responsabilité de la France dans l’esclavage et de qualifier ce système de crime contre l’humanité. Même lorsque certains responsables locaux tentent de condamner ces dérapages, l’idéologie demeure. Elle est dangereuse, car elle attaque le cœur même de notre dignité collective, notre droit à la mémoire et à la vérité historique.
Nous sommes Réunionnaises et Réunionnais, descendants d’esclaves, d’engagés venus d’Asie, d’Afrique, d’Europe, de Madagascar ou des Comores. Malgré une histoire faite de violence et de mort, notre peuple a construit un vivre-ensemble reconnu. Entendre aujourd’hui qu’il faudrait reléguer l’esclavage et le 20 décembre aux oubliettes est tout simplement ignoble.
Pendant ce temps, le monde avance. À l’Organisation des Nations Unies, la mobilisation pour les réparations du colonialisme et de l’esclavage s’intensifie, portée par des États caribéens et africains. Le rapport du Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, réaffirme que la justice réparatrice est indispensable pour combattre le racisme systémique. Excuses officielles, accès aux archives, mémorialisation, indemnisations : les pistes sont claires.
Après le Commonwealth, l’Union africaine a inscrit les réparations au cœur de son agenda, affirmant qu’elles sont essentielles à l’émancipation du continent. Aux côtés de la CARICOM, elle exige désormais justice pour les crimes de l’esclavage transatlantique. Cette dynamique mondiale résonne puissamment à La Réunion, département français depuis 1946 mais toujours marqué par l’esclavage et l’engagisme.
La question n’est donc plus de savoir si les réparations sont légitimes, mais quand et comment elles seront mises en œuvre. Pour La Réunion, cela pourrait signifier un véritable plan de développement pensé par et pour les Réunionnais, une reconnaissance pleine de notre histoire et des moyens concrets pour réparer le présent. Si l’Afrique et les Caraïbes s’unissent pour exiger justice, pourquoi La Réunion resterait-elle silencieuse ? La dette historique de la France n’est pas symbolique : elle est bien réelle, et il est temps de la payer.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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