L’Union africaine pour une Décennie 2026-2035 des réparations ouvre une brèche historique

Réparation de l’esclavage français à La Réunion : Paris doit payer sa dette envers les Réunionnais

20 mars, par Manuel Marchal

À La Réunion, île africaine marquée par l’esclavage français, l’élan de l’Union africaine pour une Décennie 2026-2035 des réparations ouvre une brèche historique. Avec le soutien de la Communauté caribéenne, l’Afrique exige justice. La France doit répondre : vérité, reconnaissance et réparations pour notre île aussi.

À La Réunion, île africaine arrachée à son continent par la violence de l’histoire, la question des réparations n’est pas un slogan : c’est une exigence. Une exigence de vérité, de justice et de dignité pour les descendantes et descendants d’esclaves, pour ce peuple forgé dans la cale des navires négriers et dans la sueur des plantations coloniales françaises.

Tournant historique en Afrique

Le récent engagement de Union africaine marque un tournant historique. Dans son Rapport annuel 2025, l’organisation continentale affirme que le thème de l’année devient une « Décennie 2026-2035 de la justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine par les réparations ». Ce n’est plus une commémoration symbolique : c’est un agenda politique. Un cap assumé. Une stratégie coordonnée.

À Addis-Abeba et à Accra, la Direction des citoyens et de la diaspora (CIDO) a réuni les instances constitutives du Comité d’experts sur les réparations (AUCER) et du Groupe de référence des experts juridiques (AULER). L’architecture est en place. Les États membres sont appelés à accueillir une Conférence annuelle sur les réparations. Le message est clair : l’Afrique ne quémande pas, elle revendique.

L’esclavage, et la colonisation crimes contre l’humanité

Lors de son trente-neuvième sommet, les 14 et 15 février 2026, l’Assemblée des Chefs d’État et de Gouvernement s’est appuyée sur la décision 934 (XXXVIII), qui qualifie l’esclavage, la déportation et la colonisation de crimes contre l’humanité et de génocide contre les peuples d’Afrique. Une reconnaissance politique majeure. Une vérité que La Réunion connaît intimement.

Car ici, sur cette terre de l’océan Indien, l’esclavage n’est pas une abstraction historique. Il est inscrit dans les noms, dans les silences, dans les inégalités structurelles héritées du système plantationnaire. Il est dans le foncier accaparé, dans les mémoires fragmentées, dans la dépendance économique organisée par le modèle colonial puis néocolonial.

Le 25 mars 2026, journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage, le président du Ghana, John Dramani Mahama, Champion de l’Union africaine pour les réparations, doit soumettre à l’Assemblée générale des Nations unies une résolution déclarant la traite des esclaves africains et l’esclavage racialisé comme les crimes les plus graves contre l’humanité. Avec le soutien de la Communauté caribéenne, l’Afrique et la Caraïbe parlent d’une même voix.

Et La Réunion ?

Et La Réunion ? Restera-t-elle en marge de cette dynamique historique ? Notre île, colonie française devenue département, fait partie intégrante de cette histoire criminelle. Elle doit se reconnaître comme territoire africain concerné au premier chef par la bataille des réparations.

Les réparations ne se limitent pas à une indemnisation financière. Elles impliquent la restitution des terres, l’investissement massif dans l’éducation et la recherche historique, la reconnaissance officielle des crimes coloniaux, la révision des accords économiques inégaux, la réparation symbolique et mémorielle. Elles supposent aussi que l’État français regarde enfin son passé impérial en face.

Nous sommes une part vivante du monde africain qui a droit à la justice

Colonialism Reparation a raison de saluer le courage politique de l’Union africaine et d’appeler les autres organisations intergouvernementales à suivre l’exemple africain et caribéen. La Réunion doit s’inscrire dans ce mouvement international. Nos élus, institutions et forces vives doivent exiger que la France soutienne cette résolution à l’ONU et ouvre un véritable processus de justice réparatrice.
Il ne s’agit pas de raviver les blessures : elles ne se sont jamais refermées. Il s’agit de construire l’avenir sur la vérité. L’Afrique se lève pour ses enfants dispersés. À La Réunion, nous ne sommes pas des confettis de l’Empire : nous sommes une part vivante du monde africain. Et nous avons droit, nous aussi, à la justice.

M.M.

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