Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
La crise de la canne à sucre est celle de la domination du néocolonialisme français à La Réunion
14 novembre 2025, par

La campagne sucrière 2025 révèle l’effondrement d’un système à bout de souffle : production en chute, planteurs découragés, dépendance accrue à la France. Victime de la stratégie de Tereos et de la fin des quotas européens, La Réunion s’enfonce dans le chômage et la pauvreté. Il est temps que les Réunionnais reprennent la main sur la filière sucrière et refondent une économie souveraine, libérée du modèle néocolonial.
La campagne sucrière 2025 restera comme l’une des plus mauvaises de l’histoire récente de La Réunion. À cinq semaines de la fin de la coupe, les chiffres sont accablants : à peine 803 000 tonnes de cannes réceptionnées sur l’ensemble de l’île, contre 958 000 tonnes en 2024. À Grand Bois, la chute se poursuit, avec près de 3 000 tonnes de moins qu’à la même période l’an dernier. Le symbole est fort : notre « or vert » s’éteint, et avec lui une part de notre dignité économique.
Certes, le cyclone Garance a endommagé les champs dans l’Est, mais il ne saurait être tenu pour seul responsable de cette débâcle. Dans le Sud, où les dégâts ont été limités, la baisse est tout aussi dramatique. La véritable cause est ailleurs : dans la stratégie industrielle de Tereos, ce géant français qui règne en maître sur la filière sucrière réunionnaise. En cherchant à maximiser ses profits, l’entreprise étrangle les producteurs, maintient le prix d’achat de la canne à un niveau inchangé depuis vingt ans et pousse les agriculteurs au découragement.
Ce naufrage n’est pas un accident, mais le produit direct d’un système néocolonial à bout de souffle. Depuis la fin des quotas sucriers européens en 2017, soutenue par Paris, La Réunion a été jetée sans protection dans la concurrence mondiale. Les planteurs n’ont survécu que grâce à des subventions françaises et européennes, présentées comme des aides mais qui servent surtout à acheter la paix sociale. Une paix fragile, car derrière les chiffres se cachent des familles ruinées, des terres abandonnées, et une jeunesse condamnée au chômage et à la précarité.
La vérité, c’est que la France n’a plus les moyens de financer éternellement cette dépendance. Elle garde La Réunion avant tout pour sa position stratégique dans l’océan Indien, sa base militaire lui permettant d’avoir un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Pendant ce temps, l’économie locale s’effondre, la production recule, et l’illusion d’un modèle français protecteur se fissure jour après jour.
Jusqu’à quand accepterons-nous ce rôle de figurants dans notre propre histoire ? Jusqu’à quand laisserons-nous d’autres décider de notre avenir ? Il est temps que les Réunionnais reprennent le contrôle de leurs richesses, à commencer par la canne. Les producteurs doivent gérer eux-mêmes les usines, fixer un prix équitable et investir dans la transformation locale, au lieu de voir partir la valeur ajoutée vers l’étranger.
Cette crise n’est pas une fatalité. La canne à sucre peut devenir un levier de développement durable, moteur d’une transition énergétique et agricole fondée sur la responsabilité. Mais pour cela, il faut rompre avec la dépendance.
La campagne 2025 n’est pas seulement une mauvaise récolte : c’est un signal d’alarme, une preuve que le modèle actuel est mort. Si nous ne changeons rien, demain, les chômeurs seront majoritaires et notre île ne sera plus qu’un comptoir sous perfusion. Réunionnais, cessons d’attendre que Paris nous sauve : c’est à nous de reconstruire notre avenir, ici, sur notre terre.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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