Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
60e anniversaire du PCR
23 septembre 2019, par

Revolution 67 pose une question : si la liberté d’expression du peuple Réunionnais continue à être bafouée alors ne faudrait-il pas imaginer d’autre voie ?
La loi du 19 mars 1946 met fin au statut colonial par l’Egalité avec les citoyens de France. Elle prévoyait l’extension de toutes les lois sociales existantes avant 1er janvier 1947 mais n’a pas été appliquée. Cette situation constituera un cadre de lutte sociale et politique, facile à comprendre pour une population majoritairement illettrée et totalement démunie. Par la suite, chaque évènement mettra en jeu la défense de la dignité des Réunionnais contre la poursuite de domination coloniale.
Ainsi, les élections législatives du 2 janvier 1956 peuvent être considérées comme un élément déclencheur de la série. Le vote se fait à la proportionnelle et la liste Paul Vergès, Raymond Mondon, Isnelle Amelin obtient 2 sièges. Une victoire magnifique à la hauteur des espérances. Le 3e siège sera occupé par le Maire de Saint Joseph, Raphaël Babet.
A Paris, c’est la panique. François Mitterrand, ministre de la Justice dans le gouvernement Guy Mollet est partisan de la répression dans les colonies. Il nomme Jean Perreau-Pradier, Préfet à La Réunion, qui prend ses fonctions le 12 juin 1956. Il a une mission : détruire les communistes et mater le mécontentement face au refus d’appliquer la loi d’Egalité de 1946. Une mission qu’il va exécuter avec une brutalité sans pareil, étant couvert à Paris. Il l’assumera dans ses mémoires. Mitterand dira plus tard ne rien regretter. Il a sévi de 1956 à 1963. Beaucoup d’évènements vont se passer durant cette période de 7 années. Ces méthodes continueront longtemps après son départ officiel.
En France, l’avènement de la 5e République nécessite une nouvelle constitution et une nouvelle assemblée de Députés. L’élection a eu lieu en novembre 1958, en 3 circonscriptions à 2 tours. Paul Vergès ne gagnera aucune élection de Député de 1956-1986, soit 30 ans !
19 mars 1959 : c’est la fraude et la violence aux municipales de St Denis. Lors du dépouillement, Paul Vergès est en tête avec 1700 voix d’avance et il manque seulement les résultats de 3 bureaux. Le Préfet donne l’ordre aux CRS de faire évacuer la foule devant la mairie. Vergès gît sur le trottoir d’en face dans le comas. A Sainte Clotilde, Eliard Laude, 17 ans, tombe sous les balles des amis du maire. Une autre balle ira se loger dans la poitrine d’un autre jeune Antoine Baïkiom.
19 mai 1959 : création du Parti Communiste Réunionnais.
10 juillet 1959 : visite de de Gaulle, accompagné de Debré. La foule manifeste et scande A BAS LA FRAUDE !
De 1961-1962 : Le Préfet Perreau-Pradier applique “l’Ordonance Debré” et expulse 13 fonctionnaires soupçonnés de connivence avec le PCR.
A partir de 1961, il fait saisir le journal “Témoignages” des dizaines de fois. Son directeur, Paul Vergès, est poursuivi pour délit de presse. Il est aussi accusé d’Atteinte à la Sûreté de l’Etat. Devant l’objectif clairement exprimé de décapiter le PCR, il prend le maquis de 1964 à 1966. Durant 28 mois, il a forgé un mythe. Il profite d’une loi d’amnistie. Aussitôt, il se présente aux élections de 1967. En face, Debré s’est imposé comme chef de file du camp anti-communistes.
Michel Debré est un homme d’Etat Français, rédacteur de la Constitution, premier ministre sortant quand il perd les léections en Indre-et-Loire, en 1962. Il profite d’une annulation des élections dans la première circonscription de La Réunion pour se présenter. En mai 1963, face à Paul Vergès, il recueille 80,75%. En 1967, Paul Vergès se présente face à Macé qui remporte par 54,86%. Les résultats de ces élections sont ridicules. La situation sociale est difficile et le climat électoral est tendu, marqué les violences électorales et l’appel à la résistance du jeune dirigeant du PCR.
Nous sommes en 2019, soit 52 ans après la question posée dans le film. Quelle coïncidence dans le contexte des célébrations du 60e anniversaire du PCR. C’est un révélateur du potentiel de connaissances historiques et politiques que recèle la société réunionnaise.
Ary YEE CHONG TCHI KAN
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