Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Application provisoire de l’accord Union européenne–Mercosur dès le 1er mai
24 mars, par

À peine élus, les nouveaux maires de La Réunion feront face dès le 1er mai 2026 à l’application provisoire de l’accord Union européenne–Mercosur. Concurrence agricole à bas coût, normes sanitaires inégales, menace sur la canne , l’élevage et la santé publique : toutes les communes sont concernées. Que feront les nouveaux élus au moment où l’argent facile venu de France et de l’UE diminue tandis que la santé est la cible de restrictions budgétaires par les gouvernements qui se succèdent à Paris ? Ont-ils anticipé ou alors attendront-ils une aide ou des ordres de la France pour agir ?
À peine installées, les nouvelles majorités municipales devront affronter une réalité brutale : l’entrée en vigueur provisoire, au 1er mai 2026, de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur. Le 23 mars 2026, la Commission européenne a notifié aux pays sud-américains l’instrument d’application provisoire de l’accord intérimaire sur le commerce. En clair, la machine est lancée. L’Argentine, le Brésil et l’Uruguay ont ratifié. Le Paraguay doit suivre.
Selon la représentation de l’UE à Paris, l’application provisoire garantira la suppression de droits de douane « dès le premier jour ».
L’accord agit comme un révélateur brutal. En ouvrant davantage le marché européen à des sucres sud-américains produits à très bas coût, il menace directement les débouchés du sucre réunionnais. La filière canne, pilier historique de l’économie de l’île, déjà fragilisée par la fin des quotas et l’érosion des aides, se retrouve exposée à une concurrence industrielle massive.
En 2013, lors de sa visite à La Réunion, Dacian Cioloș, alors commissaire européen à l’Agriculture, avait prévenu : l’avenir de la canne dépendrait de la stratégie de l’industriel chargé de sa transformation, soit Tereos. Or, dès cette époque, Tereos investissait au Brésil pour devenir producteur de sucre brésilien. La stratégie était claire : se positionner là où les coûts sont les plus bas. Qui défend aujourd’hui l’intérêt des planteurs réunionnais ?
Au-delà de la canne, c’est toute l’agriculture réunionnaise qui risque de souffrir. Les éleveurs locaux appliquent les normes européennes les plus strictes : traçabilité, bien-être animal, interdiction d’hormones de croissance. Ces exigences ont un coût. Demain, leurs concurrents d’Amérique du Sud pourront vendre sur le même marché sans supporter les mêmes contraintes. Où sont les normes européennes destinées à protéger la santé des Réunionnais ?
Les produits végétaux ne sont pas épargnés. Un rapport de la Commission européenne publié en octobre 2024 signalait des garanties insuffisantes concernant l’absence d’hormones cancérigènes comme l’œstradiol 17-bêta dans certaines importations. Un autre rapport de 2023 révélait qu’un tiers des substances actives autorisées au Brésil sont interdites en Europe. Une étude de 2020 détectait des résidus de pesticides bannis dans 12 % des aliments exportés du Brésil vers l’UE : riz, pommes, haricots. Certains de ces pesticides sont fabriqués en France… mais interdits d’usage sur son sol.
À La Réunion, où la pauvreté touche une large part de la population, le premier critère d’achat reste le prix. Le système néocolonial maintient des prix élevés pour les produits de première nécessité, tandis que les surrémunérations entretiennent un différentiel artificiel. Pour les pauvres, le premier critère d’achat pour la majorité de la population est le prix le moins cher. Les produits agricoles du Mercosur seront moins chers que la production locale. Dans ce contexte, des produits importés moins chers trouveront preneurs. Mais à quel prix sanitaire ? Si des aliments contenant des résidus dangereux deviennent plus présents dans les assiettes, la catastrophe sanitaire frappera d’abord les plus pauvres, c’est-à-dire la majorité des Réunionnais.
Toutes les communes sont concernées. De la côte au cirque, des Hauts aux centres urbains, l’impact sera général : emploi agricole, santé publique, équilibre social.
Que feront les nouveaux maires ? Attendre des ordres ou une hypothétique compensation de Paris ? Espérer un fonds européen qui ne viendra plus ? L’argent facile venu de France et de l’Europe se raréfie. Les gouvernements successifs à Paris imposent des restrictions budgétaires, notamment dans la santé. Les collectivités devront arbitrer entre soutien à la production locale, maintien des services publics et protection des plus vulnérables. Les promesses faites pendant la campagne n’engageront que ceux qui y ont cru.
Les municipalités disposent pourtant de leviers : politique d’achats publics favorisant les circuits courts dans les cantines, soutien au foncier agricole, appui aux coopératives, sensibilisation sanitaire, plans communaux de résilience alimentaire. Encore faut-il une volonté politique également pour lutter contre la pauvreté et la vie chère en luttant contre le système néocolonial au lieu d’être un serviteur docile et bien payé par ce système.
L’accord UE–Mercosur pose une question simple : voulons-nous sacrifier notre agriculture et notre santé sur l’autel du libre-échange ? Les nouveaux élus ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. Que feront-ils au moment où l’argent facile venu de France et de l’UE diminue tandis que la santé est la cible de restrictions budgétaires par les gouvernements qui se succèdent à Paris ? Ont-ils anticipé ou alors attendront-ils une aide ou des ordres de la France pour agir ? Le 1er mai 2026 arrive. L’histoire jugera leur capacité à défendre l’intérêt général réunionnais face à des décisions prises loin de l’île.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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Messages
24 mars, 20:35, par Arthur
De nouveau, en parcourant ce article, on réalise, s’interroge, réagit. C’est vrai que ces tristes évènements font réfléchir et prendre conscience que l’histoire se répète, même si ce n’est jamais exactement la même chose. A la Réunion, cela fait rappeler pour certains les pénuries, le blocus. Les trafics aussi. Le marché noir, les tambouilles. cultiver les sols de manière sérieuse c’est à dire sans recherche prioritaire seule de la rentabilité car cela entraînera l’emploi de produits chimiques dangereux pour nous, la faune et la flore. Je remarque halés qu’il n’y a aucune allusion à nos proches voisins qui eux aussi risquent de souffrir. La corruption risque de se développer et c’est déjà pas fameux, nous verront bien ce que cela fera concrètement et ce que les décideurs décideront, car ils sont là pour ça non ? Les maires, ré élus ou nouveaux dans cette fonction sont concernés, il y a du boulot, et de l’espoir, de l’attente. Bonne continuation à tous en attendant le retour du train entre Ste Rose et St joseph cette fois, électrique et économiseur de temps, d’énergie et plus sur, créateurs d’emploi. Arthur.