Rompre avec la dépendance pour sauver La Réunion
28 septembre, parConférence territoriale élargie aux forces vives face à l’évolution de la situation internationale
Conférence territoriale élargie aux forces vives face à l’évolution de la situation internationale
28 septembre, par

La crise provoquée par la guerre contre l’Iran rappelle une réalité fondamentale : La Réunion ne peut durablement dépendre de décisions prises à des milliers de kilomètres pour assurer son approvisionnement. Rompre avec ce système de dépendance passe par la production locale, la coopération avec les pays de notre région et la relance du plan d’autonomie énergétique.
Le modèle économique imposé depuis la « départementalisation » repose largement sur les importations. La « départementalisation » est un système politique réactionnaire mis en place pour empêcher la remise en cause de la société coloniale, à portée de main grâce aux luttes du Front de libération réunionnais, le CRADS. La « départementalisation » a fait du néocolonialisme le système dominant l’économie. Pour les biens de consommation comme pour de nombreux produits essentiels, notamment les médicaments, La Réunion dépend de chaînes d’approvisionnement extérieures, principalement organisées depuis l’Europe au profit de sociétés européennes et de la classe privilégiée du système néocolonial. Cette dépendance rend l’économie réunionnaise vulnérable aux crises internationales, aux perturbations du transport maritime, aux décisions des grandes puissances et aux fluctuations des prix.
La guerre au Moyen-Orient en apporte une nouvelle illustration. Une crise touchant les routes maritimes et l’énergie peut rapidement se transformer en problème de prix et d’approvisionnement dans une île éloignée des grands centres de production.
Face à cette situation, il faut rompre avec cette logique néocoloniale et construire une économie davantage tournée vers notre environnement régional. Madagascar constitue à ce titre un partenaire évident. Sous la présidence d’Andry Rajoelina, Madagascar a affirmé l’ambition de devenir le « grenier agricole de l’indianocéanie », en développant sa production et sa transformation agricoles. Lors du sommet de la COI en 2025, le président malgache appelait notamment à produire et transformer localement les biens nécessaires aux populations et présentait la sécurité alimentaire comme une priorité.
Pour La Réunion, approfondir les échanges avec Madagascar et les autres pays de notre région permettrait de diversifier les approvisionnements et de rapprocher les sources de production des consommateurs. Mais la coopération régionale ne peut remplacer le développement de la production réunionnaise : elle doit l’accompagner.
L’énergie constitue le premier chantier. La Réunion dispose du soleil, mais aussi de l’eau, du vent et de la biomasse. L’ADEME a estimé que les ressources renouvelables locales peuvent permettre d’atteindre un mix électrique entièrement renouvelable. En 2024, le photovoltaïque représentait déjà 10,1 % de l’électricité produite.
Produire notre énergie, développer notre agriculture, renforcer les filières industrielles locales et fabriquer davantage de biens essentiels, notamment dans le domaine de la santé : telle est la voie de la sécurité. La Réunion possède les moyens de réduire sa dépendance. Reste à faire de l’autonomie une priorité politique.
La question est désormais de savoir si La Réunion veut continuer à subir les conséquences de crises internationales décidées loin d’elle, ou si elle veut se donner les moyens de protéger sa population. Cela suppose que les Réunionnais travaillent ensemble à un véritable plan de développement pour leur pays.
Une conférence territoriale pourrait réunir les partis, les représentants des chômeurs, les organisations syndicales, les agriculteurs, les acteurs économiques, les associations, les chercheurs et l’ensemble des forces vives et les élus afin d’établir un diagnostic partagé et de définir des priorités : sécurité alimentaire, production locale, autonomie énergétique, industrie, santé et médicaments, transports et coopération régionale.
L’objectif n’est pas de vivre coupés du monde. Il est de construire des relations équilibrées avec Madagascar, les Comores, Maurice, les Seychelles et l’ensemble des pays de notre région, tout en développant les capacités de production de La Réunion.
Mettre La Réunion à l’abri des crises internationales lointaines exige donc de sortir de la dépendance et de construire ensemble une économie capable de répondre d’abord aux besoins de sa population. Une conférence territoriale pourrait être le point de départ de cette mobilisation collective et d’un véritable plan de développement pour La Réunion.
M.M.
Conférence territoriale élargie aux forces vives face à l’évolution de la situation internationale
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