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Tirs croisés sur un candidat aux régionales après l’annonce d’une menace d’inéligibilité
6 décembre 2014, par

La Commission des comptes de campagne vient de refuser celui de Thierry Robert pour les municipales. Le député risque de perdre son mandat de maire et d’être inéligible pour au moins un an. Le tir croisé dont il fait aussitôt l’objet interroge : il donne du crédit à la thèse selon laquelle le seul député qui a voté contre le budget 2015 est un homme à abattre.
Dans la nuit de mardi à mercredi, Thierry Robert a annoncé le rejet de son compte de campagne pour les municipales de 2014. La loi prévoit que le tribunal administratif se saisisse de cette question. L’accusé risque alors une peine d’inéligibilité d’au moins un an. Si la justice va dans ce sens, alors Thierry Robert ne sera plus maire de Saint-Leu car son élection de conseiller municipal sera annulée. Il restera député mais ne pourra plus se présenter à une élection pendant la durée de son inéligibilité.
Pour un compte de campagne refusé lors des élections législatives, Eric Fruteau, alors maire de Saint-André, avait alors été dans l’impossibilité de se représenter à sa propre succession du fait d’une peine d’inéligibilité d’un an. Cette décision de justice avait alors donné un coup d’arrêt à PLR. Le parti de Bello a alors commencé à éclater, avec une première scission moins de deux ans après sa fondation. Eric Fruteau a alors créé DLR, et PLR est devenu inexistant dans l’Est, perdant son représentant à Saint-Benoît, et son vice-président saint-andréen.
Au moment où la décision de la Commission des comptes de campagne avait été rendue publique, les commentaires vis-à-vis d’Eric Fruteau plaidaient plutôt dans le sens de l’erreur de parcours. C’était considéré comme une maladresse qui allait avoir pour conséquence de stopper une carrière politique.
Pour Thierry Robert, les commentaires sont bien moins indulgents. Au lendemain de sa conférence de presse de mercredi, l’élu saint-leusien a eu droit à un tir croisé de deux journaux à grand tirage. Sa ligne de défense est fustigée alors que précisément, l’ancien maire de Saint-André avait lui aussi dénoncé le fait que la date de la sentence l’empêchait à quelques semaines près de pouvoir se présenter à une élection.
Cette convergence des critiques contre Thierry Robert va encore alimenter la thèse du complot. Selon le maire de Saint-Leu, cette décision de la Commission vise à éliminer l’adversaire principal de Didier Robert, président sortant, aux régionales. A l’appui de son affirmation, Thierry Robert dit que l’auteur du recours est un employé de la Région Réunion.
Sommes-nous alors au départ d’une campagne de presse visant le seul député de La Réunion qui a voté contre le budget 2015 et qui a jusqu’alors abondamment utilisé les médias pour affronter frontalement Didier Robert ?
En tout cas, ces faits se déroulent dans un contexte particulier. Le Sénat vient de publier un rapport où il est bien mis en évidence que la crise économique s’amplifie dans la presse. Malgré plus de 50 millions d’euros d’argent public injectés dans les quotidiens papiers, dont 36 millions d’euros de subvention pour financer le portage, la baisse du nombre de lecteurs et des recettes publicitaires rendent la presse de plus en plus vulnérable. De grands titres sont concernés par des audiences au tribunal de commerce.
A La Réunion, cette crise est tout aussi importante. La suspension de l’impression de Témoignages et le licenciement d’une grande partie du personnel sont là pour l’illustrer.
Dans ce contexte de raréfaction des ressources, la Région Réunion est devenue un client de premier ordre pour les médias.
Plusieurs décisions de la collectivité ont montré son orientation. C’est tout d’abord le boycott de Témoignages : plus d’annonces et de publicités car notre ligne éditoriale et nos journalistes mettent en difficulté la Région Réunion. Visu avait lui aussi été dans le collimateur de la Région.
Ensuite, c’est l’achat par la Région d’une propriété appartenant au propriétaire du « Journal de l’île », à un prix au-dessus de l’estimation des Domaines.
Enfin, chacun peut constater que devant la faiblesse de son bilan, la majorité actuelle tente de boucher les yeux avec des campagnes de publicité dans des médias sélectionnés dans la presse écrite, dans les radios, à la télévision et dans les écrans au-dessus des caisses des supermarchés. En pleine crise économique, c’est une manne. Quelle est son influence ?
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