Retour sur le séminaire organisé par la Section PCR de Saint-Denis

Un bon meeting sur le communisme (partie 2)

19 mai, par Ary Yée-Chong-Tchi-Kan

Comme promis, après l’exposé de Bruno Guigue, voici mes propos sur la manière réunionnaise d’être communiste. S’agissant d’un travail non encore élaboré, j’ai trouvé dans l’expression « lespri communis », une formulation populaire et facile pour comprendre un concept révolutionnaire.

Photo : Bruno Guigue et Ary Yee-Chong-Tchi-Kan.

Le peuplement de notre île aurait pu poser les bases d’une société communiste, reposant sur le partage et l’utilisation solidaire du bien commun. Ils étaient tous primo-arrivants et peu nombreux. Mais par cupidité, c’est un régime inhumain qui a vu le jour. En conséquence, les communistes réunionnais ont révélé une dégradation quasiment irréversible de la Nature et de la morale. Les générations actuelles et suivantes ne remercieront jamais assez nos aînés d’avoir cherché les voies et moyens originaux pour participer aux débats mondiaux sur la sortie du modèle dominant.

Ary Yee-Chong-Tchi-Kan

Le Communisme Réunionnais ou lespri comminis


Pour introduire mes propos sur « le communisme réunionnais », je vous livre 4 citations attribuées à Paul Vergès.

1-« si Marx était encore vivant, il aurait pris La Réunion comme illustration ».

2-Tout le monde a été, est et sera communiste.

3-Je suis un communiste heureux.

4-Qui se positionne au gré du vent, se réserve un destin de girouette.

Si quelqu’un veut les développer, je suis à votre disposition.

C’est juste pour situer le terreau dans lequel s’enracine ce que j’appelle : « lespri comminis ». Notre rencontre est le signe vivant que « lespri communis lé là ». Merci à Bruno de nous faire partager le contenu de son travail colossal, il décortique le monde en mouvement réel. Rien de tel pour faire mentir l’Américain Warren Buffet qui proclame qu’il existe « bel et bien une guerre des classes mais c’est ma classe, la classe des riches qui fait la guerre et c’est nous qui gagnons ». La visite de son président, en Chine, consacre la réussite des communistes chinois, en particulier l’éradication de la pauvreté absolue.

Le communisme réunionnais est un lieu vivant qui allie l’exacerbation des contradictions et le dépassement des antagonismes. Et, l’émergence d’une nouvelle réalité de progrès collectifs. Un inventaire est nécessaire pour mesurer l’étendue de ces changements qui ont bénéficié à tous, pas à quelques-uns. Il y a 10 ans, la disparition de Paul Vergès a accéléré mon questionnement : Comment chaque Réunionnais comprend-il qu’il est communiste ?

Nous avons un cadre commun.

Nous vivons dans un espace fini, une île façonnée par 3 millions d’années de contradictions géologiques et climatiques. Les navigateurs ont vanté la beauté et la générosité de sa nature abondante et luxuriante. Puis, des individus se sont installés à demeure. Ils ont détruit les grands équilibres multi-millénaires. Nous avons sous les yeux le résultat d’un peu plus de 3 siècles de domination sans partage, de destruction systématique et d’ignorance crasse. Pour de l’argent. Cette richesse matérielle exaltée comme un trophée se retourne aujourd’hui contre les générations suivantes. Le cyclone Garance, survenu en février 2025, a causé plus d’1,05 milliard de dollars de dégâts, plaçant notre île au neuvième rang mondial des catastrophes climatiques les plus coûteuses de l’année. Pourquoi ça va s’accélérer ?

La Réunion a la forme d’un cône. La pluie qui tombe sur le sommet dégringole les pentes jusque la mer. Avant l’arrivée de l’Homme, la forêt dense servait de ralentisseur. A la base, les lagunes et marécages absorbaient la violence des flots qui déferlent des rivières et des ravines. Les reliefs escarpés de ces cours d’eau sont les signes vivants des contradictions qui se jouent dans ces milieux complexes. De l’autre côté, il y a l’océan, la houle, la montée des eaux, etc. En développant l’activité humaine à l’endroit où convergent les contradictions naturelles et urbaines, nous sommes pris dans un piège.

Il y a pire. Au Port, la population est installée dans le cône de déjection de la Rivière des Galets. Les personnes arrivées à la municipalité, en 1971, imprégnées de « lespri communis » ont dû protéger la ville par un endiguement spectaculaire et très coûteux. Ils ont aussi commandé à la Météo une étude visant à baisser la température de 3 degrés. La ville est devenue un écrin de verdure dans la zone la plus aride de l’île. Ces expériences sont positives mais est-ce à dire qu’elles sont durables ?

Le changement d’échelle.

De retour de Rio, Paul Vergès tient la fameuse conférence de presse sur le réchauffement climatique qui lui vaudra des sarcasmes et des moqueries. Cela fera 30 ans, le 4 septembre 2026. Il faudra en faire un documentaire.

La suite est connue : à la Région, programme d’autonomie énergétique et de déplacement collectif décarbonné. En France, la proposition de loi sénatoriale de Paul Vergès est votée à l’unanimité de la représentation française. Paul Vergès présidera l’ONERC durant 15 ans, jusque sa mort. Il a déposé 12 rapports gouvernementaux qui ont servi de matrice à la COP21, en 2015. Un Traité universel sur le climat est en vigueur depuis le 4 novembre 2016. Il est opposable aux États, aux collectivités, aux entreprises et aux citoyens. Ainsi, parti de La Réunion, le communisme Réunionnais, « l’espri communis » bouscule les lignes et participe à la transformation du monde. Comment chaque Réunionnais se sent-il fier de ce patrimoine politique exceptionnel ?

Arrêtons-nous un moment à l’intitulé du texte déposé en 1999, au Sénat. « Proposition de loi de M. Paul VERGÈS et plusieurs de ses collègues tendant à conférer à la lutte contre l’effet de serre la qualité de priorité nationale et portant création d’un observatoire national sur les effets du réchauffement climatique en France métropolitaine et dans les départements et territoires d’outre-mer ». Tout a été fait pour arracher une large victoire, de portée historique, idéologique, politique et générationnelle. Notre chance, c’est qu’au même moment, Elie Hoarau était député à l’Assemblée Nationale. C’est lui qui a eu la lourde charge de faire voter le texte du Sénat, sans modification, pour être adopté à l’unanimité des 2 Chambres. Félicitations à nos 2 communistes Réunionnais qui font participer La Réunion aux grands débats mondiaux.

Vous avez là, une illustration de mon propos initial : « Le communisme réunionnais est un lieu vivant qui allie l’exacerbation des contradictions et le dépassement des antagonismes. L’émergence d’une nouvelle réalité de progrès collectif. »

Désormais, un nouveau cadre de luttes a émergé. Nous devons agir pour arracher de nouveaux droits fondamentaux. Le retard actuel est inexcusable. De Saint-Denis, nous avons lancé une campagne sur les prix pour exiger des changements profonds.

Je prendrais 2 autres cas pour illustrer « lespri communis ».

1-L’élaboration du concept « Christianisme populaire et Communisme Populaire » a facilité l’engagement de prêtres progressites auprès de la population. La hiérarchie de l’Église avait un engagement politique différent. Ça c’est l’exacerbation des contradictions. Cependant, lorsque le représentant du Vatican a interrogé Paul Vergès au moment du remplacement de l’évêque, il a donné un choix affectif et il a exposé un choix de raison. Des dizaines d’années plus tard, pour sortir de la crise actuelle, ce chef de l’Église appelle à la tenue de la Conférence Territoriale de l’Action Publique, une proposition avancée par les communistes. Cette alliance objective, qui n’est pas un alignement, met mal à l’aise le monde politique conservateur qui s’accorde sur la division gauche-droite pour ne rien changer.

2-La solidarité internationaliste est un principe actif du communisme réunionnais. Si le nom de Paul Vergès est gravé au Mémorial du Freedom Park de Victoria, c’est l’œuvre du dirigeant communiste réunionnais qui a agi de manière conséquente quand la France armait le gouvernement de l’apratheid. Chaque Réunionnais s’est senti honoré par cette distinction. Il ne manque pas grand-chose pour qu’il valide « lespri comminis ».

Finalement, je reprendrai la conclusion de mon article le 7 février 2017, dans « Témoignages » : « Chaque Réunionnais sera fier de la part communiste qui est en lui le jour où il aura conscience que c’est le PCR “l’a rouve mon lesprit”. Partager la connaissance et sortir la population de l’ignorance sont des valeurs communistes ». Le séminaire d’aujourd’hui est notre contribution à la vulgarisation de l’idéal communiste.

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