Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
11 juin 2005

(page 3)
Par charité, il est nécessaire de reconnaître au nouveau Premier Ministre qu’il a fait l’effort de paver son enfer d’un catalogue de bonnes intentions à la Prévert :
Remettre la France en marche.
Tenir le cap des lois votées par le Parlement, notamment sur l’école.
Créer pour les TPE le contrat “nouvel embauche” et le “chèque emploi”.
Faire une pause dans la baisse de l’impôt sur le revenu.
Toutefois, déjà prudent au bout de 8 jours, avant même d’avoir commencé sa bataille, il s’est bien gardé de reprendre sa promesse "de rétablir la confiance en 100 jours". Le spadassin fougueux, l’homme d’action serait-il déjà redevenu un poète ?
Une certitude, son numéro d’équilibriste est génial. Ni social ni libéral (pauvre Sarkozy : comment avalera-t-il la couleuvre ?), ni immobile ni en action. Poète exalté, il tente un savant mais improbable dosage entre les demandes patronales et l’attente d’un mieux-disant social clairement exprimé par le peuple français le 29 mai.
Ce faisant, il est nulle part, il est en suspension, il surfe entre reniements et utopies. Tant pis pour les promesses électorales de Chirac. Tant pis pour les représentants, même godillots, du peuple, le gouvernement légifèrera par ordonnance. Tout se décidera sans les syndicats, sans les citoyens et citoyennes. Le dialogue social est enterré avant même d’avoir commencé.
Dans la Chiraquie agonisante, les recettes en principe innovantes du Premier Ministre ne font le bonheur que du patronat et des libéraux. Ces derniers, un instant ébranlés par le verdict populaire, sont rassurés d’autant plus qu’ils se persuadent que Sarkozy ne tardera pas à reprendre le flambeau. (Dans 12 mois ?)
Quant aux Français d’en bas, particulièrement les salariés et les chômeurs, ils ne peuvent que regarder, incrédules et abasourdis, ce programme anti-chômage composé de vieilles recettes éculées et, pour l’essentiel, de mesures déjà mises en œuvre sans succès dans le passé.
Les quelques rares et timides innovations leur paraissent surtout de nature à les précariser. Le contrat “nouvel embauche” offre "des grandes libertés aux employeurs sans garanties clairement précisées pour les salariés" (CFDT). On reste "dans l’ère du salarié jetable, dans la précarité généralisée, puisqu’on peut s’en séparer sans motifs" (CFTC). Le chèque emploi fait disparaître l’obligation de signer un contrat de travail et de délivrer une feuille de paye. Sournoisement, insidieusement, le droit du travail est attaqué, érodé.
Les recettes proposées ne sont pas à la hauteur de la complexité de l’équation économique et sociale. Avec ces recettes, l’enfer libéral, avant, pendant et après l’ère Villepin, continuera d’être solidement lesté d’une croissance en berne, d’un chômage trop élevé, de caisses vides pour l’État et insolemment pleines pour les grandes entreprises privées et les multinationales.
La France ne sortira pas de cet enfer avec ceux qui, consciemment ou inconsciemment, l’on construit et gérer depuis des années. Pour répondre aux attentes des Français, pour être à la hauteur des défis, il est nécessaire, à droite comme à gauche, de changer les leaders, de rompre avec l’actuelle politique ou plutôt faillite économique et sociale pour engager résolument des négociations, sans tabous ni exclusives, avec l’ensemble des forces vives de notre pays.
René Junker
Membre du secrétariat PSR
Nos peines
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