Une 3ème Conférence péi dans le giron du CIOM

12 juillet 2025, par Rédaction Témoignages

Quelques jours avant la tenue du CIOM à Paris, à Saint-Benoît, une centaine d’acteurs politiques (PS-EELV-PCR-Banian-Ansanm-Place Publique), associatifs, syndicaux et citoyens, se sont réunis pour le troisième volet de la Conférence Péi, afin de faire entendre la voix des territoires ultramarins, souvent écartés des discussions menées à Paris.

D’ailleurs, après Sainte-Suzanne et Le Port, l’événement « poursuit sa dynamique en rassemblant une centaine de citoyens, associations, élus et représentants des institutions consulaires », indiquent les organisateurs.

Les travaux du 2 juillet 2025, « structurés autour de douze ateliers thématiques, ont permis d’identifier les dépendances majeures de notre territoire et de formuler des propositions concrètes pour une île de La Réunion plus équitable, durable et responsable ».

Cette contribution s’inscrit dans le cadre du Comité interministériel des Outre-mer (CIOM) du 10 juillet 2025, qui a donné lieu à plusieurs annonces pour la refondation de Mayotte, la vie chère et la sécurité.

Or les organisateurs de cette conférence affirment être « surpris par le parti pris d’écarter les instances locales des discussions qui auront lieu ce Jeudi 10 juillet entre Ministères du pouvoir central. Le fait d’évoquer des sujets aussi cruciaux que la vie chère, la sécurité et la situation mahoraise pour les Outre-mer et ce, sans les Outre-mer semble être une erreur symptomatique de l’état d’esprit qui régit nos relations. De même, le choix de missionner les Préfets, par territoire, pour faire des propositions sur lesquelles les instances locales ne pourraient que réagir ne nous apparaît pas être la bonne méthode pour créer le consensus nécessaire pour la bonne mise en œuvre des politiques publiques sur nos territoires ».

Les participants ont formulé plusieurs propositions sur le volet « Vie chère, emploi et rémunérations : sortir des injustices structurelles en lien avec notre transition économique », parmi lesquelles :

  • Instaurer une transparence obligatoire sur les marges des distributeurs et le prix d’arrivée des produits à La Réunion, avec un renforcement de la DREETS, déployée dans chaque zone de l’île, contribuant à la création d’un pôle Concurrence Réunion permettant le renforcement des contrôles sectorisés.
  • Lutter contre les situations de monopole et de rente, en favorisant l’émergence de circuits courts, de centrales d’achat mutualisées pour les petits producteurs, et en encadrant les loyers et les frais bancaires.
  • Diminuer le plafond de parts de marchés de la grandes distribution de 33% à 25% ;
  • Adapter les politiques de soutien au pouvoir d’achat (APL, chèque énergie, à la réalité réunionnaise, en les amplifiant et en ciblant prioritairement les ménages modestes notamment par la création d’un revenu complémentaire.
  • Favoriser la création d’emplois durables par l’investissement dans les filières stratégiques (agriculture, énergie, économie circulaire, numérique), la formation aux métiers d’avenir et la valorisation des compétences locales.
  • Repenser la politique complète des rémunérations pour tendre vers une égalité réelle du pouvoir d’achat tout en assurant un coût de salariés acceptable pour les entreprises du privé, ceci afin qu’elle bénéficie aux bas salaires du privé en conditionnant les exonérations sociales à la création d’emplois locaux et à leur juste rémunération.
  • Conforter la concurrence en contribuant à la création de centrales d’achat locales autonomes et en motivant l’arrivée sur le marché réunionnais d’enseignes discount répondant aux attentes des Réunionnais.es de modération des prix.

Le volet « Sécurité de nos concitoyens : réaffirmer le rôle de la République dans nos territoires » tourne autour de préoccupations de plus en plus présentes à La Réunion : les « violences urbaines et notamment l’importance du narcotrafic, ainsi que celle liée aux violences intrafamiliales. (…) Il est impossible d’aborder ces sujets sans s’intéresser à la situation sociale de l’Île, profondément marquée par les disparités de situation, l’extrême pauvreté d’une partie de la population, et les conditions “d’habiter” qui contribuent à la ghettoïsation du territoire ».

« L’importance des familles monoparentales, les difficultés d’adaptation à l’école et les situations de décrochage scolaire trop fréquente, les situations familiales d’addiction et de santé psychique, l’absence de perspective et le plafond social créent toutes les conditions pour l’émergence, dans les quartiers sensibles de phénomène de bande propice aux situations de violence et d’opposition aux institutions et forces de police  », ont expliqué les participants. Raisons pour lesquelles, ils proposent entre autres :

  • Donner plus de pouvoir aux maires pour garantir l’équilibre social et fonctionnel des quartiers ;
  • Renforcer les actions de médiations dans les quartiers sensibles ainsi que les dispositifs de protection de la petite enfance et de lutte contre les violences intrafamiliales
  • Une politique préventive en direction des primo-consommateurs, étant la base dynamique du marché. Il est important d’agir avec détermination sur ce levier avec l’ensemble des partenaires capables d’offrir des perspectives attractives aux jeunes en difficulté.
  • Une politique répressive de l’usage dès récidive avec un volet accompagnement et prise en charge.
  • Une politique répressive pour toutes les échelles de l’organisation du trafic avec des peines qui devront être résolument dissuasives, pouvant aller jusqu’à l’interdiction de résidence sur le territoire réunionnais.
  • Généraliser rapidement à toute l’île le Pack Nouveau Départ en lui octroyant les moyens nécessaires tant humains qui financiers pour une meilleure prise en charge des victimes et leurs familles.
  • Renforcer le programme Nouvel Hébergement des Auteurs de Violence Intrafamiliale à la Réunion et généraliser les interventions (soins, responsabilisation, réinsertion, réparation …) avec une articulation des dimensions judiciaires, thérapeutiques et sociales.

Troisième volet évoqué lors de cette Conférence Péi, intégrée au cadre du CIOM, « Mayotte : un partenariat solidaire et équilibré, visant la prévention des fragilités et un renforcement commun de nos populations ». Concernant ce point les participants attestent que l’accompagnement « ne doit pas se faire de façon isolée et dirigée depuis Paris avec deux écueils à l’œuvre aujourd’hui : que La Réunion soit écartée des réflexions et actions engagées sur place et à Paris mais qu’en parallèle, et du fait de sa proximité, on assiste à un transfert des fragilités de Mayotte vers La Réunion. Il est essentiel de préserver la cohésion sociale et la sécurité de notre territoire et pour cela de pouvoir contribuer à la stabilité régionale  ».

Pour conclure, la Conférence Péi « réaffirme que l’avenir de La Réunion ne peut se construire sans une transformation profonde de son modèle de développement, fondée sur la responsabilité, l’équité et la durabilité ».

Ils ont appelé « le CIOM à entendre la voix des acteurs réunionnais, à soutenir nos propositions et à engager une nouvelle étape de dialogue et de co-construction avec l’État et l’Europe. La Réunion, forte de son identité créole, de ses solidarités et de son engagement citoyen, est prête à assumer ses responsabilités pour bâtir un avenir plus juste, plus résilient et plus ouvert sur sa région et le monde  ».


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