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Un dispositif d’aide au voyage de la Région en concurrence avec celui de l’État
22 janvier 2015, par

Hier, le président de Région a présenté ses vœux à la presse. À la veille de l’arrivée de la ministre des Outre-mer, il a présenté un nouveau dispositif financé uniquement par la Région Réunion pour subventionner les billets d’avion. En cette année d’élections régionales, le dispositif annoncé concurrence directement celui de l’État en proposant des aides plus importantes.
Dans la presse du jour, l’annonce d’un nouveau dispositif de bons de réduction sur les billets d’avion va être mis en avant par les médias le jour de la visite de la ministre des Outre-mer. Rappelons que l’aide à l’achat de billets d’avion est une compétence de l’État, financée par une taxe prélevée sur les billets payés par les voyageurs quittant ou se rendant outre-mer. L’État a la responsabilité de financer, et il délègue la gestion du dispositif à la Région. Sous Sarkozy, le gouvernement a permis aux Régions, si elles le souhaitent, de contribuer au financement de cette aide au voyage. Didier Robert a donc décidé que ce serait le cas à La Réunion. Et aujourd’hui, la subvention de la Région est même plus importante que l’État. C’est la conséquence de critères qui ont transformé cette aide sociale en un bon de réduction accordés à ceux qui ont largement les moyens de se payer un billet d’avion au tarif normal. Les compagnies aériennes ont d’ailleurs flairé la bonne affaire, car selon la Cour des Comptes, l’aide au voyage a pour effet de faire monter les prix des billets d’avion.
En cette année électorale, le gouvernement a choisi de rationaliser le dispositif pour que les riches ne profitent plus de ce système. Au Sénat, la ministre avait expliqué que des personnes gagnant 9.000 euros par mois recevaient une aide de 360 euros pour prendre l’avion. Les étudiants, les chômeurs en recherche d’emploi et les salariés en formation pourront toujours avoir droit à un billet subventionné par an. Le projet de décret prévoit aussi d’interdire le cumul de l’aide de l’État avec celle de la Région sur un même billet d’avion. Il n’autorise plus les remboursements à posteriori, et permet d’avoir droit à une aide tous les trois ans.
En attendant la publication du nouveau décret, ce dispositif est suspendu.
Cette rationalisation de l’aide au voyage ne va pas dans le sens de Didier Robert qui fait beaucoup de communication sur cette subvention. En cette année électorale, il a donc décidé de proposer un nouveau dispositif relevant à 100 % de la Région, aussi bien sur le financement que sur la définition des critères. 24 millions d’euros sont prévus
Mis en œuvre d’ici trois semaines, il permettrait un bon de réduction de 450 euros pour une personne vivant dans une famille ayant un quotient familial inférieur à 6.000 euros, et un bon de 300 euros pour une personne vivant dans une famille ayant un quotient familial de 6.000 à 26.000 euros, ce qui définit « la classe moyenne » selon le président de Région.
À la veille de la visite de la ministre des Outre-mer, Didier Robert annonce donc un dispositif concurrent, sans aucune articulation avec celui de l’État, et manifestement sans concertation.
Ainsi, l’aide de 450 euros est d’un montant supérieur à celui qui a jusqu’alors été proposé par le dispositif existant depuis 2010. Les bénéficiaires potentiels vont donc se tourner vers la Région et n’iront plus voir LADOM. D’où de sérieux doutes sur l’intérêt d’une aide financée par l’État si tous les ayants droit vont chercher la subvention ailleurs. Quant aux 24 millions prévus, vont-ils suffire ?
Cette action montre la régression subie par la Région depuis 2010. Ce genre d’action relève en effet de la compétence de l’État. La Région a pour fonction d’investir, de planifier et de préparer l’avenir, pas de distribuer des bons de réduction pour des billets d’avion ou les ordinateurs. En cette année d’élections régionales, il n’est donc pas étonnant que Didier Robert pousse au maximum cette orientation : c’est la fuite en avant.
Plusieurs questions restent en suspend.
L’annonce de Didier Robert est clairement un nouveau dispositif. Celui financé par l’État a dû au préalable recevoir l’agrément de la Commission européenne. D’ici la date prévue, 16 février, la Commission européenne aura-t-elle donné son accord ?
Enfin, ce dispositif est créé moins d’un an avant les élections régionales. Il va assurer la promotion de l’équipe en place à la Région. Son financement ne mériterait-il donc pas d’intégrer le compte de campagne de Didier Robert, si jamais celui-ci était candidat à sa réélection ?
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