Accord sur un projet

Une décolonisation dans la co-construction pour accompagner un projet de développement : l’exemple calédonien, source d’inspiration pour La Réunion ?

2 août 2025, par Manuel Marchal

À l’heure où la Kanaky Nouvelle-Calédonie s’apprête à franchir une étape décisive de son histoire politique, l’accord de Bougival de juillet 2025 ouvre une voie originale de décolonisation dans le respect des liens tissés avec la République française. Loin des schémas d’indépendance conflictuelle ou de statu quo postcolonial, Calédoniens et représentants de l’État ont conçu un projet d’émancipation politique fondé sur un partenariat assumé d’égal à égal avec l’ex-puissance coloniale, qui pourrait inspirer d’autres territoires comme La Réunion.

Vers des institutions du 21e siècle

Au cœur de ce projet : la création d’une Loi fondamentale donnant à la Nouvelle-Calédonie une capacité d’auto-organisation renforcée. Cette Constitution locale incarnera la diversité des identités calédoniennes (kanak, océanienne, républicaine), tout en posant les bases d’une gouvernance propre, adaptée aux spécificités du territoire. Elle permettra, par exemple, de redéfinir les signes identitaires (nom, drapeau, hymne), de réformer les institutions et de mieux répartir les compétences entre le pays, les provinces et les communes.

double nationalité

Autre innovation majeure : l’introduction d’une nationalité calédonienne, liée à la nationalité française. Cette double appartenance juridique reconnaît la singularité du peuple calédonien tout en maintenant l’ancrage républicain. Le corps électoral évoluera lui aussi, réservant progressivement les scrutins provinciaux aux seuls Calédoniens, dans une logique de souveraineté partagée et de légitimité démocratique.

Vers une souveraineté économique et industrielle

Sur le plan économique, le projet fait de la refondation de la filière nickel un levier stratégique. Le développement d’une industrie de transformation en province Nord, soutenu par l’État, vise à rééquilibrer le territoire tout en réduisant la dépendance à l’exportation brute. Ce virage s’accompagne d’un pacte économique avec l’État, incluant désendettement conditionné, réforme de la fiscalité, soutien à la diversification (économie bleue, tourisme, autosuffisance alimentaire), et investissement dans les infrastructures.

Former une élite locale pour un pays responsable

Ce processus ne peut réussir sans la montée en puissance d’une élite locale. C’est pourquoi l’État renforce les programmes de formation des cadres calédoniens, civils et militaires, et facilite l’accès aux grandes écoles et concours. Le dispositif Cadres Avenir sera relancé pour préparer les jeunes à assumer les responsabilités d’un État intégré à la République mais gouverné par ses propres enfants.

Leçon de responsabilité

Ce modèle pragmatique, fondé sur le respect mutuel, la confiance, et le partage des compétences, contraste avec le système néocolonial encore en vigueur à La Réunion. Là, l’économie est maintenue sous perfusion, les richesses comme la jeunesse et les énergies renouvelables sous-utilisées voire gaspillées, la population sous assistance, et les leviers politiques entre les mains de l’administration centrale et la société vérouillée par une classe créée de toute pièce par Paris. La voie choisie par la Kanaky Nouvelle-Calédonie montre qu’il est possible de construire une autonomie responsable, où l’émancipation ne signifie pas rupture, mais co-construction.
Alors que La Réunion peine à sortir du sous-développement, l’exemple calédonien mérite une attention sérieuse. Il prouve qu’une autre voie est possible : celle d’un partenariat rééquilibré sans la République, au service d’un avenir commun plus juste et plus digne.

M.M.

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