Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Paris tombera-t-il dans le piège tendu par ceux qui veulent saboter le succès prévisible des prochains Jeux des îles aux Comores ?
4 juin, par

Alors que va débuter la présidence française de la COI, les propos d’une élue de Mayotte, drapée sans un lamba swahili traditionnel et payée par l’argent de la France, qualifiant les Comores d’« État parasite et voyou » suscitent l’indignation internationale. Ce comportement belliqueux masque les véritables difficultés de Mayotte : pauvreté, habitat précaire, inégalités croissantes et corruption. Alors que plus de 100 000 habitants vivent dans des cases en tôle, certains privilégiés bénéficiant du maintien de l’administration française dans une partie des Comores préfèrent désigner des ennemis extérieurs et insulter leur peuple plutôt que d’affronter les causes profondes de la crise dont ils sont en grande partie responsables.
Alors que la France va assurer la présidence tournante de la Commission de l’océan Indien (COI), prévue le 8 juin, de nouvelles déclarations prononcées à Paris viennent raviver les tensions dans la région. Lors d’une séance au Parlement français, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères a réaffirmé la volonté de son gouvernement d’obtenir l’intégration de Mayotte dans la COI, malgré l’opposition constante de tous les États membres sauf la France qui considèrent que Mayotte est une province de l’Union des Comores depuis son retour à l’indépendance validé par son admission à l’ONU en 1975. Par ailleurs, Mayotte est déjà intégrée dans la COI par l’intermédiaire des Comores, l’État souverain de l’ancienne dépendance d’Anjouan. Le ministre français fait part de sa méconnaissance d’une organisation d’intégration régionale qu’il ambitionne de présider, veut-il la faire exploser au risque de créer une crise à un an des Jeux des îles aux Comores, événement au succès prévisible qui suscite la jalousie de la classe au pouvoir à Mamojo ?
Le débat a notamment été marqué par l’intervention d’une élue de l’île de Mayotte, ancienne dépendance de Njowani, Estelle Youssouffa. Dans un discours agressif, elle a dénoncé le « veto des Comores » et qualifié cet État d’« État parasite et voyou ». Des propos qui ont suscité l’indignation dans l’opinion comorienne et internationale et qui sont incompatibles avec les principes de dialogue, de respect mutuel et de coopération qui guident traditionnellement les relations entre les peuples de l’océan Indien victimes de la colonisation. Comment une élue, payée par la France, qui exhibe son lamba swahili traditionnel à l’Assemblée nationale française, peut-elle insulter de la sorte un État sans être rappelée à l’ordre par ceux qui lui versent tous les mois une indemnité de plusieurs milliers d’euros avec l’argent de la France ?
Depuis près d’un demi-siècle, une partie de la classe politique de Mamojo entretient une logique de confrontation permanente avec son environnement régional. Chaque dossier devient prétexte à alimenter les tensions.
Les Jeux des îles de l’océan Indien de 2027 n’échappent pas à cette instrumentalisation politique. Alors que cette manifestation sportive devrait favoriser les échanges entre les jeunesses de la région, elle est transformée en terrain d’affrontement à cause de la jalousie de la classe au pouvoir à Mamojo, car ces Jeux organisés par l’Union des Comores seront un succès et les chantiers avancent.
Rappelons que les mêmes privilégiés ont refusé que des épreuves soient organisées à Mayotte. Une telle décision aurait pourtant constitué une opportunité économique, sociale et très importante pour l’île victime du chômage de masse et de la pauvreté sur fond de corruption, opportunité qui ne se reproduira plus. Le principal motif avancé était que la proposition provenait de la capitale de leur pays, Moroni.
Pendant que certains profiteurs du maintien de l’administration française en territoire comorien désignent sans cesse des ennemis extérieurs, la situation sociale à Mayotte continue de se dégrader. Sur la chaîne publique Mayotte Première, Salim Nahouda, ancien secrétaire général de la CGTM et candidat aux élections sénatoriales, avait déclaré : « Mayotte croule sous la corruption et l’État laisse faire ». L’Etat désigné est la République française. Un constat qui éclaire les difficultés de l’île.
Les soupçons de détournement de l’aide humanitaire destinée aux victimes du cyclone Chido illustrent également les dérives d’un système dénoncé par de nombreux observateurs. Face à ces accusations, des maires ont refusé de gérer les distributions, laissant souvent les mosquées prendre le relais pour venir en aide aux sinistrés.
La réalité sociale est pourtant connue. Selon les données du CEROM, de l’INSEE et de l’IEDOM, avant le cyclone Chido qui fit un nombre indéterminé de victimes, plus de 100 000 personnes vivaient dans quelque 25 000 habitations en tôle. Dans l’agglomération de Mamojo-Kongo, près d’un logement sur deux était une case en tôle.
Les inégalités se sont également aggravées. En 2011, le revenu des 10 % les plus riches était quatre fois supérieur au revenu médian. En 2018, il atteignait près de sept fois ce revenu. Cette concentration des richesses contraste avec les difficultés rencontrées par la plus grande partie de la population.
Dans ce contexte, les déclarations insultantes contre les Comores apparaissent comme une diversion commode. Elles évitent de poser la véritable question : comment expliquer qu’après des décennies de maintien de présence française, Mayotte demeure confrontée à une telle précarité, à de telles inégalités et à de telles accusations de corruption ? La réponse ne se trouve sans doute pas dans la désignation permanente de boucs émissaires extérieurs, mais dans l’analyse d’un système favorisant ceux qui profitent de la division des Comores pour se maintenir dans la classe privilégiée et voyagent à Paris grâce à l’argent de la France pour insulter impunément leur peuple.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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