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Les élections de 1959 à Saint-Denis : illustration d’une stratégie
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Aujourd’hui à 17 heures 30, le Parti communiste réunionnais organise une activité entrant dans le cadre de son 60e anniversaire : « que s’est-il passé le 15 mars 1959 à Saint-Denis ? ». Rendez-vous sur le parking de l’église de Sainte-Clotilde.
Hier, c’était le 41e anniversaire du meurtre de Rico Carpaye par des nervis venus, après une élection législative, punir la population du Port parce qu’elle avait majoritairement voté pour le candidat communiste, Paul Vergès. Le 14 mars 1978, ce fut un déchaînement de violence de la part de membres d’une bande armée, qui s’était formée devant la mairie de Saint-Paul au vu et au su de la gendarmerie située à l’époque en face de cet hôtel de ville.
Se sentant bénéficier d’une telle impunité, ces nervis allaient commettre l’irréparable, plongeant une famille dans le deuil et rappelant à la population ce qu’il en coûtait de soutenir le PCR.
Ce meurtre n’était pas le premier, il s’inscrit dans un climat de violence physique et institutionnelle qui commença quand le pouvoir constata que la majorité des Réunionnais soutenaient les communistes. Dans le cadre de la République, avec l’application du suffrage universel, ce soutien ne pouvait qu’aboutir à un seul résultat : l’arrivée des communistes aux responsabilités. La traduction de cette réalité fut le résultat des élections législatives de 1956. Dans ce scrutin à un tour, la liste conduite par les communistes obtint la majorité des suffrages, ce qui lui valut l’élection de deux députés sur les trois sièges à pourvoir : Paul Vergès et Raymond Mondon.
C’est à la suite de cette élection que le gouvernement lança son offensive contre les libertés à La Réunion, dont le droit de vote. Pour cela, il eut recours à la fraude, aux violences et à la censure. La France envoya même Michel Debré à La Réunion pour appuyer cette répression après que tous les communistes furent chassés des institutions. Les fraudeurs pouvaient compter sur le soutien d’un ancien Premier ministre, qui fut appelé à exercer des responsabilités ministérielles à Paris alors qu’il était député de La Réunion durant cette période de fraude et de violences.
Le pouvoir n’hésitait pas à bousculer le calendrier électoral en poussant à la démission des conseillers municipaux pour que des scrutins anticipés se tiennent. Entre 1957 et 1962, tous les communistes furent exclus des Conseils municipaux. Les élections de 1965 ont donné un résultat tournant à la caricature.
Toutes les listes soutenues par le pouvoir sont « élues » dès le premier tour des municipales. Le score le plus faible est de 61 % à l’Étang Salé, ce qui constitue d’ailleurs une « anomalie » car ailleurs, les « candidats officiels » sont bien au-dessus de 70 %, avec même 100 % des « suffrages » à Sainte-Suzanne, Bras-Panon, Trois Bassins, les Avirons, Cilaos, l’Entre-Deux et Petite-île. Dans des communes plus grandes, la liste du pouvoir est créditée de 99,7 % des « suffrages » à Saint-André, 99,2 % à La Possession, 99,8 % à Saint-Joseph, 96,7 % à Saint-Louis et 95,6 % à Saint-Pierre.
A Saint-Denis et Saint-Paul, le maquillage des résultats est moins grossier, mais ne laisse pas la place au doute quant à la fraude, avec respectivement 85,4 % et 73,8 % pour les « candidats administratifs ». Sur l’ensemble de l’île, le taux de participation publié était de 71,4 %, et les listes soutenues par le pouvoir furent créditées de 88,7 % des « suffrages ».
Le suffrage universel avait cessé d’exister à La Réunion. Le pouvoir avait utilisé des moyens répréhensibles pour établir une dictature dans notre île. Mais s’il avait exclu les communistes des Mairies, de l’Assemblée nationale, du Sénat et du Conseil général, le pouvoir ne pouvait pas exclure les Réunionnais de La Réunion. En 1956, une majorité d’entre eux avait voté pour la liste communiste aux législatives. Dès que la fraude eut commencé à relâcher son emprise, les communistes furent de retour dans les institutions, au Conseil général, puis dans les Mairies et enfin au Parlement.
Mais au cours de cette période de fraude électorale, le pouvoir parisien a pu s’abriter derrière une prétendue légalité républicaine pour imposer une politique. Ceci fit perdre beaucoup de temps à La Réunion, l’empêchant de se placer sur le chemin du développement. Cette absence de développement explique le chômage massif, le fort taux de pauvreté. Elle se traduit également par la prise de contrôle de secteurs stratégiques de l’économie par des sociétés extérieures à La Réunion. Notre île est alors devenue un moyen de transformer l’argent des transferts publics en bénéfices privés rapatriés en France.
M.M.
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