La presse n’est pas un instrument d’Etat

Vous faites erreur Monsieur le Préfet

14 décembre 2007

Le “Conseil départemental de prévention de la délinquance, d’aide aux victimes et de lutte contre la drogue, les dérives sectaires et les violences faites aux femmes” a été officiellement installé hier à la Préfecture, en présence du Procureur de la République, de la Présidente du Département, des représentants de la justice, de la police et du milieu associatif, dont la Députée et Présidente de l’Union des Femmes Réunionnaises, Huguette Bello.

Tous les organes de presse ont reçu un communiqué préfectoral, unanimement appréhendé comme une invitation à assister à cette réunion d’installation. Peu après notre arrivée, Gaëlle Reverdy, Chargée de communication à la Préfecture, nous a appris que nous ne pourrions pas assister à l’échange qui, selon les préconisations légales, doit se tenir à huit clos. Que faisions-nous là alors ? Aucune conférence de presse prévue après la réunion, aucun dossier disponible pour nous expliciter l’objet de ce Conseil dont le seul intitulé à rallonge nous renvoie à une sorte d’entité fourre-tout qui aura, entre autres missions, de traiter des violences faites aux femmes après l’enterrement de la CODEV.
On nous a invité alors à prendre des photographies puis à attendre le Préfet qui devait dire quelques mots en ouverture de séance. C’est un peu rageant de se déplacer pour si peu, mais c’est déjà ça : mal servie, la presse prendra ce qu’on lui donne et ira chercher ce dont elle a besoin.
Seulement voilà. Monsieur Maccioni, Préfet de La Réunion, n’avait pas pour intention de nous renseigner sur ce Conseil, ni en ouverture, ni même en fin de réunion après laquelle il n’avait aucun temps à nous accorder. Non. Il a jugé opportun de profiter de l’installation de la structure pour revenir sur « les propos fermes » - relayés le jour même dans la presse écrite -, qu’il avait tenus la veille s’agissant des débordements sur Saint-André. À l’évidence, Monsieur le Préfet n’a pas apprécié la façon dont les policiers ont été traités par nos confrères ; pas apprécié qu’ils soient assimilés au nettoyage au kärcher des banlieues préconisé par Monsieur Sarkozy, alors Ministre de l’Intérieur en 2005. Assainir et kärchériser : l’idée de grand nettoyage, de ménage organisé est pourtant bien la même.
Bref. C’est donc avec la plus grande fermeté de ton qu’il a jugé de son droit d’utiliser la présence de la presse, venue pour toute autre chose rappelons-le, pour faire passer son message et soutenir la nécessité de la répression face à la délinquance. Un message en deux phrases répétées dont chaque mot a été posé comme le maître d’école qui fait la dictée à ses élèves. Après cette déclaration, Monsieur Maccioni a lancé à la presse un « c’est tout » expulsif, accompagné d’un revers de main, précisant qu’il ne s’exprimerait plus sur le sujet. En s’adressant en ces termes à la presse, en la considérant comme un relais officiel à sa disposition, Monsieur Maccioni a fait montre d’un mépris et d’une outrecuidance qui n’est pas digne d’un Chevalier de la Légion d’Honneur. Sauf son respect. S’il jugeait nécessaire de préciser ses propos de la veille, il pouvait parfaitement demander à son service de presse de nous transmettre un communiqué mais certainement pas d’occulter de la sorte la raison de notre présence et le fait que nous aussi sommes astreints à des impératifs professionnels.
RFO télé et radio, radio Festival, Quotidien et dans une moindre mesure le JIR et Antenne Réunion nous sommes accordés pour ne pas poireauter devant la salle de réunion, refusant d’être considérés comme des porte-voix de la parole officielle. Depuis la prise de fonction de Monsieur Maccioni dans notre département, la communication avec les services de l’Etat est étroitement contrôlée. On ne peut demander l’heure à un fonctionnaire sans qu’il soit obligé d’en référer à la Préfecture pour autorisation.
Que l’on cloisonne l’information officielle est une chose, mais il ne faudra pas placer les médias dans la même nasse : notre travail c’est avant tout l’information plutôt que la communication et notre employeur n’est pas l’État. La liberté de la presse est-elle un autre acquis menacé ? Disons plutôt qu’il s’agit là d’une méprise, d’une erreur d’appréciation commise sous le coup de l’emportement, d’une perte de sang froid, d’un élan corse.

Stéphanie Longeras
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