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Emmanuel Macron renie le résultat des urnes
6 septembre 2024, par

Après plusieurs semaines de tergiversation autour de la nomination d’un Premier ministre par le président Emmanuel Macron, ce dernier a choisi un homme de droite
Emmanuel Macron a chargé Michel Barnier « de constituer un gouvernement de rassemblement au service du pays et des Français », a indiqué l’Elysée dans un communiqué.
« Cette nomination intervient après un cycle inédit de consultations au cours duquel, conformément à son devoir constitutionnel, le Président s’est assuré que le Premier ministre et le gouvernement à venir réuniraient les conditions pour être les plus stables possibles et se donner les chances de rassembler le plus largement », a ajouté la présidence.
Une décision basée sur la non-censurabilité
Le secrétaire général de l’Élysée Alexis Kohler, qui a joué les intermédiaires entre Emmanuel Macron et Michel Barnier, souhaitait dès la fin des élections législatives que ce dernier prenne le poste.
Mais l’option Barnier a été mise sur la table lors des discussions en début de semaine, quand Emmanuel Macron a pris acte du fait que Xavier Bertrand comme Bernard Cazeneuve risquaient une motion de censure immédiate à l’Assemblée nationale.
À partir du 4 septembre, le chef de l’État a consulté des Républicains pour tester cette piste, à commencer par le président du Sénat, Gérard Larcher, pas hostile à ce choix. Il a aussi échangé avec des responsables de partis et de groupes politiques de l’Assemblée nationale pour s’assurer d’une « non-censurabilité » du nouveau locataire de Matignon. La non censurabilité était le critère essentiel avancé à l’Élysée depuis des semaines.
La décision d’Emmanuel Macron s’est reposée sur l’opinion de Marine Le Pen, qui refusait la nomination de Xavier Bertrand. Le 5 septembre, les élus du Rassemblement national se montraient moins catégoriques sur Michel Barnier. Selon le député RN Sébastien Chenu, le RN ne censurerait pas « immédiatement » un premier ministre « qui dirait qu’il va sur la proportionnelle, qui s’attaque aux chantiers immigration, sécurité, pouvoir d’achat des Français et qui respecte le Rassemblement national comme première force politique », a-t-il précisé à BFMTV.
« On sait à la fin qui décide : elle s’appelle Marine Le Pen. C’est à elle que Macron a décidé de se soumettre »
« Le Président s’apprête à nommer le perdant d’une primaire d’une force politique ultra-minoritaire dans les urnes et marginale à l’Assemblée nationale. La démocratie piétinée. Forfaiture », a dénoncé Benjamin Lucas, député Génération.S des Yvelines.
De nombreux responsables politiques de gauche ont principalement centré leurs attaques sur Emmanuel Macron et sur la bienveillance du Rassemblement National.
« Il y a la quasi-certitude » que, si Michel Barnier a pu être désigné par le président Macron, « c’est parce que le RN, précisément l’extrême droite, a donné une forme de quitus », a dénoncé François Hollande.
« Je crois qu’il aura devant l’Assemblée à s’en expliquer », a-t-il ajouté. Une analyse partagée par la patronne des Écologistes Marine Tondelier : « On sait à la fin qui décide : elle s’appelle Marine Le Pen. C’est à elle que Macron a décidé de se soumettre », a-t-elle fustigé.
Du côté de La France insoumise (LFI), la cheffe des députés Mathilde Panot a dénoncé le refus du président de la République « de respecter la souveraineté populaire et le choix issu des urnes ». Contre « ce coup de force inacceptable », cette dernière a donné rendez-vous à ses troupes dans la rue le 7 septembre.
De son côté, Manuel Bompard a confirmé l’intention des Insoumis de censurer le prochain gouvernement. Au Palais Bourbon, la situation s’annonce difficile car les 193 députés du Nouveau Front populaire (NFP) voteront d’office la censure du prochain gouvernement.
Ainsi, les 126 parlementaires RN auront tout le loisir de se joindre à eux en cas de désaccord avec l’exécutif et de faire tomber largement (319 voix pour 289 requises) le gouvernement de l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy, Michel Barnier.
Dans l’Hémicycle, le Premier ministre pourra compter sur les voix de 47 députés de la « Droite Républicaine », dont le président du groupe Laurent Wauquiez s’est félicité de la nomination « d’un homme d’une grande qualité qui a tous les atouts pour réussir dans cette difficile mission qui lui est confiée ».
Chez les macronistes, enthousiasme est modérée. La présidente du Palais Bourbon, Yaël Braun-Pivet, a demandé au président de la République « de convoquer une session extraordinaire dans les meilleurs délais », pour que Michel Barnier s’exprime rapidement dans l’Hémicycle, ce qui ne ravit pas les troupes d’après des sources de l’AFP.
Dans un communiqué, Renaissance, le parti fondé par Emmanuel Macron a annoncé que ses députés (99) ne voteront pas de « censure automatique » contre le gouvernement que doit former Michel Barnier, mais portera « des exigences sur le fond, sans chèque en blanc ».
Une position surprenante même si, en macronie, plusieurs voix s’étaient élevées ces derniers jours en faveur de la nomination d’un premier ministre de gauche, notamment celle de la ministre démissionnaire Agnès Pannier-Runacher.
Sacha Houllié, co-fondateur des Jeunes avec Macron et désormais député non-inscrit de la Vienne a fait part de son « incompréhension après la nomination d’un premier ministre issu de LR ». Toutefois, le bloc central est composé de trois partis, notamment d’Horizons, conduit par Édouard Philippe, qui s’est déclaré candidat à la « prochaine élection présidentielle », a adressé ses « félicitations chaleureuses » au chef du gouvernement. « Sa tâche s’annonce rude mais la difficulté ne lui a jamais fait peur. Et nous serons nombreux à l’aider », a-t-il poursuivi.
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