Prix de l’engrais

Aux coopératives de baisser leurs marges

25 juillet 2008, par Edith Poulbassia

La Chambre d’agriculture demande aux coopératives de faire la transparence sur les marges pratiquées lors de la vente d’engrais. Bref, les 1.680.000 euros par an supportés par les planteurs sont-ils vraiment justifés ? Quoi qu’il en soit, la Chambre d’agriculture estime que ce n’est pas aux planteurs de financer le besoin d’investissement des coopératives, au moment où le coût des matières premières explose.

Les surcoûts liés à l’insularité sont évalués à 153 euros par tonne en vrac, et 175 euros par tonne en big bags.
(photo EP)

Comment expliquer la flambée des prix de l’engrais ? Les planteurs estiment ne toujours pas avoir obtenu de réponse satisfaisante à cette question, malgré la présence d’un expert mandaté par le ministère de l’agriculture. Depuis le 17 juillet, cet expert est chargé de faire la transparence sur la formation des prix des engrais, prix qui ont subi une augmentation de 70% cette année. Alors que les conclusions de l’expertise devaient être rendues publiques à la DAF hier, la Chambre d’Agriculture pointait déjà du doigt le manque d’investigation.

Le manque d’investigation de l’expertise

Pour Eric Soundrom, chargé des affaires agricoles, le coût des matières premières n’explique pas à lui seul le prix des engrais. Les coopératives sont accusées de pratiquer des marges excessives sur le dos des agriculteurs. Marges dont le bien fondé n’a d’ailleurs pas été vérifié par l’expertise. Pour Patrice Pounoussamy, l’expert n’a fait que « prendre pour argent comptant les déclarations des coopératives », sans vérifier les comptes. Ces marges correspondent tout de même à 1.680.000 euros par an au moins, payés par les agriculteurs pour 28.000 tonnes d’engrais destinées à la canne, aux prairies, au maraîchage, à la production de fruits.
Alors que l’agriculteur payait 492 euros la tonne d’engrais en 2007, cette année il doit débourser 809 euros pour la même quantité d’engrais. D’après le rapport de l’Observatoire des prix sur les produits agricoles, 85% du prix seraient dus aux coûts des matières premières et du fret, 15% au coût de production de la SIER (société industrielle des engrais de la Réunion). A cela s’ajoute des charges fixes de 44 euros (transport, frais, mise en marché). Les agriculteurs en concluent que les coopératives, actionnaires de la SIER, réalisent sur une tonne d’engrais entre 65 à 85 euros de marge.
Peu importe le motif de ces bénéfices, les planteurs ne veulent pas supporter cette charge supplémentaire au moment où les groupes mondiaux augmentent le prix des matières premières entrant dans la composition de l’engrais. « Les coûts des matières premières augmentent, ce n’est pas une raison pour doubler leurs marges », déclare Eric Soundrom. Elles se justifieraient par le besoin d’investissement des coopératives, afin de compenser la perte de marge en 2007. « Ce n’est pas à nous de payer la mauvaise gestion des coopératives », rétorque Patrice Pounoussamy. « Elles menacent de ne plus nous vendre de l’engrais. C’est tout simplement du chantage. Les coopératives concentrent les outils industriels, et les planteurs doivent accepter ce diktat ». Unique solution proposée par l’expert, selon Eric Soudrom, recourir à l’utilisation de matière organique comme la mélasse, qui peut être produite localement. Et ainsi s’affranchir en partie des matières premières exportées. « Ce ne sera possible qu’à moyen terme, dans 7 ou 8 ans », estime Eric Soudrom. « Pendant ce temps, nous constatons que des marges de progrès sont possibles ». S’il plaît aux coopératives.

Edith Poulbassia


Observatoire des prix et des revenus

Surcoût lié à l’insularité : au moins 153 euros la tonne

Pour réaliser le rapport sur le prix des produits agricoles, l’Observatoire des prix et des revenus a auditionné M. Tiberghien, directeur des opérations de la SIER (société industrielle des engrais de la Réunion). Le groupe de travail a déterminé les éléments de surcoûts liés à l’insularité de la Réunion. L’acheminement des matières premières nécessite « ruptures de charge de l’Europe vers la Réunion », alors qu’il n’y a qu’une rupture de charge pour un acheminement Europe vers Europe. « D’où des coûts de fret de 132,5 euros par tonne pour du vrac, et 166,5 euros pour des big bags. ». Autres éléments responsables du surcoût : « l’obligation d’utiliser des sachets de 25 kg, surcoût évalué à 10 euros la tonne », « les frais liés à des surinvestissements de stockage permettant un stock de sécurité suffisant », « la contrainte auprès des fournisseurs d’avoir à approvisionner des quantités minimales de produits ou de matières premières », « le surcoût d’acheminement dans les exploitations agricoles lié à la petite taille des exploitations, leur dissémination et des contraintes de transport ». Au total, les surcoûts liés à l’insularité sont évalués à 153 euros par tonne en vrac, et 175 euros par tonne en big bags.

Les difficultés actuelles

L’observatoire des prix et des revenus met en évidence trois types de difficultés. « Les prix de vente des matières premières par les grands groupes ont plus que doublé ». A cela s’ajoute la difficulté à s’approvisionner en certaines matières, comme la potasse (élément majeur pour la canne), ce qui entraîne des phénomènes de vente au plus offrant, « les lots vendus à la Réunion étant trop petits pour intéresser les grands fournisseurs ». Enfin, « la spéculation qui est favorisée par un cours des produits agricoles en forte hausse également (céréales) ce qui facilite les possibilités d’achat des engrais à prix hauts, notamment par les céréaliers qui peuvent compenser par des vents de céréales à prix élevés ce qui n’est pas le cas pour la canne dont le prix est fixé jusqu’en 2013 ».

Les marges de progrès

Le groupe de travail sur le prix des engrais préconise la « prise en charge d’un demi-fret par une aide de 60 euros par tonne », de favoriser les commandes groupées avec Maurice pour être plus attractif vis-à-vis des fournisseurs et abaisser les coûts de transport, d’accroître les gains de productivité de l’usine (mais une restructuration a déjà eu lieu en 2007), de rechercher d’autres sources de matières fertilisantes comme les boues de station de traitement et les effluents d’élevage, et enfin « d’améliorer l’efficience des engrais grâce aux techniques culturales ».

EP

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