Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Filière canne-sucre
15 février 2006

Les dernières réclamations de la FDSEA font espérer une “union sacrée” entre syndicats de planteurs, à l’approche des négociations pour la prochaine convention canne.
En réclamant, notamment, plus de transparence aux usiniers sur leurs charges et une mise à plat des comptes en ce qui concerne les co-produits de la canne (mélasses, rhums, bagasse, etc...), la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) semble se préparer à une base revendicative plus proche de ce que réclamait la CGPER en 1996, lorsque ce dernier syndicat a obtenu - seul, à l’époque - la revalorisation de la tonne de bagasse à 0,95 euros (6,23 francs).
En posant la question sur la valorisation de la mélasse, de la bagasse et sur les conséquences de la baisse de 36% du prix du sucre décidée par Bruxelles, la FDSEA exprime quelques-unes des inquiétudes réelles qui sont celles des planteurs de canne à sucre de La Réunion. L’avenir dira si cette base revendicative va permettre, en apaisant les querelles syndicales entre organisations de planteurs, d’obtenir une véritable mise à plat du partage effectué entre agriculteurs et usiniers au sein de la filière.
Quel partage ?
Comme l’exprimait le président de Région lors du débat de mercredi dernier sur Télé-Réunion, industriels et planteurs sont comme des "frères siamois" qui, tout en ne pouvant se passer l’un de l’autre, ont des intérêts contradictoires. Beaucoup ont regretté l’absence des usiniers dans le débat qui a suivi le magazine. Conséquence de cette absence, toute question portant sur le partage entre industriels et planteurs a été étouffée dans l’œuf. Ainsi en a-t-il été lorsque Paul Vergès, président de la collectivité régionale, a voulu soulever la question de l’accord de 1969 et de ses conséquences, jusqu’à aujourd’hui, sur le partage des co-produits de la canne. "Où sont les deux tiers ?", a-t-il demandé sur le plateau de RFO, en faisant référence au mode de partage 2/3-1/3 qui prévalait jusqu’en 1969 entre planteurs-propriétaires de leurs canne à sucre et des produits qu’elle contenait, et usiniers-façonniers qui en extrayaient les divers sous-produits.
Poser la question, encore aujourd’hui, c’est mettre le doigt sur la complicité qui unit usiniers et pouvoirs publics dans une politique qui, plutôt que de reposer le problème en termes économiques, cherche à maintenir la “paix sociale”. Comment ?
"Où sont les deux tiers ?"
Il faut partir du prix de base de la tonne de canne : 39,09 euros. C’est ce qu’un planteur reçoit lorsqu’il livre à la plate-forme 1 tonne de canne à 13,8 de richesse. À ce niveau de richesse, le planteur doit atteindre 138 kilos de sucre pour avoir l’équivalent en richesse du prix de base de sa tonne de canne.
À raison de 562 euros (prix nu-usine) la tonne de sucre, l’industriel vend ces mêmes 138 kg de sucre environ 77,55 euros. Donc on voit bien que le planteur qui, pour la même quantité, reçoit 39,09 euros : il reçoit en vérité 50,4% de la valeur du sucre produit par l’usinier. Et non plus 66,6% comme c’était le cas avant 1969, non seulement pour le sucre, mais aussi pour tous les autres sous-produits. Aujourd’hui, ce partage ne s’applique qu’au sucre. Et cette démonstration, très schématique, ne tient pas compte des aides aux transports que l’Europe verse aux usiniers et de tout ce qui vient alléger les différentes charges industrielles.
Ce qui pour le planteur fait illusion, ce sont les aides économiques. Le président de la Chambre d’agriculture a déclaré pendant le débat télévisé quelque chose qui risque de le mettre en froid avec les producteurs de canne, y compris ceux de la FDSEA, si l’on comprend bien la dernière intervention de ce syndicat.
"Les aides économiques de l’État ont remplacé les sous-produits", a dit Guy Dérand en réponse aux questionnements sur le partage des richesses. Voire...
L’occasion d’une remise à plat
L’aide économique, ou aide à la production, c’est grosso modo 20,12 euros par tonne de canne, que le gouvernement ajoute au prix de base. De sorte que le planteur a l’illusion de recevoir 39,09 euros + 20,12 euros = 59,21 euros par tonne de canne, ce qui rejoint en apparence le partage 3/4-1/4 instauré depuis l’intégration à l’Europe de la production réunionnaise.
Mais ces presque 60 euros masquent au final une réalité qui peut s’avérer mortelle pour le planteur : l’aide économique est en quelque sorte le prix “social” que le gouvernement accepte de payer pour permettre aux usiniers de se réserver la plus grosse part de richesses et de préserver leurs marges.
Elle est mortelle pour le planteur, parce que la refonte de l’OCM-sucre et la baisse de 36% du prix du sucre décidée à Bruxelles prennent place dans un contexte de remise en cause des aides à la production. Et si elle est mortelle pour le planteur, elle peut l’être aussi pour l’usinier, en raison de la relation de dépendance contradictoire évoquée par le président de Région.
C’est la raison pour laquelle beaucoup souhaitent que la prochaine Convention canne soit l’occasion d’une remise à plat, dans la transparence, comme dit la FDSEA, des termes du partage des richesses tirées de la canne, entre planteurs et usiniers. En prend-on le chemin ?
P. David
Nos peines
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