Canne à sucre

Bruxelles étudie une baisse de 43% du prix

Les menaces sur le sucre se précisent

Témoignages.re / 23 mai 2005

Mme Mariann Fischer-Boel, la commissaire européenne à l’Agriculture, rendra public, le 22 juin prochain, son projet de réforme de l’Organisation communautaire du marché du sucre (OCM-sucre). Les informations sur ses intentions se précisent. Elles sont inquiétantes. L’idée d’une baisse du prix du sucre de 43% étalée sur deux campagnes, circule avec de plus en plus d’insistance.

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Plus nous nous approchons du 22 juin, date à laquelle la Commission de Bruxelles rendra publiques ses nouvelles propositions de réforme de l’OCM-sucre, plus les informations s’accumulent et plus elles confirment la volonté de l’instance bruxelloise d’aller le plus loin et le plus vite possible.
En ce qui concerne plus particulièrement le prix - un des éléments essentiels de la réforme avec la fixation de nouveaux quotas de production - Mme Fischer Boel a déjà fait savoir qu’elle compte aller au-delà des propositions, faites il y a un an par son prédécesseur. Elle envisage une baisse plus importante que les 33% annoncés ainsi qu’une mise en œuvre plus rapide de la réforme.
Nous citions récemment le journal économique, le “Financial Times”, qui rapportait une déclaration du bureau de l’Union à Dar-Es-Salam. Celui-ci indiquait que la Commission s’orientait vers une première baisse de l’ordre de 33% dès mi-2006 et d’une seconde en 2008.
“Le Mauricien” de samedi apporte des précisions. Notre confrère signale qu’"un document préliminaire de 68 pages comprenant un Explanatory Memorandum de même que le texte de loi qui sera présenté au collège des commissaires européens à Bruxelles le 22 juin prochain" circulent déjà. Ces premiers éléments - qui, selon notre confrère, pourraient être un "ballon-sonde" - laissent apparaître la menace d’"une baisse de 43% du prix du sucre roux".
"Sans qu’elles soient alarmistes, les dernières propositions de réduction du prix du sucre sur deux ans à partir de 2006 constituent quand même de véritables inquiétudes pour les pays producteurs de sucre des ACP, dont Maurice. Ces indications préliminaires d’une réduction substantielle du prix garanti jusqu’à 43% sont prises avec tout le sérieux possible, même si les propositions officielles ne sont prévues que pour le 22 juin"
, écrit le journal de Port-Louis.
“Le Mauricien” fait état des premières réactions enregistrées. À commencer par celles des pays ACP qui mettent en cause l’attitude de Bruxelles : "nous dénonçons cette approche obsessionnelle de la Commission européenne pour mettre à exécution les propositions de la réforme du Régime Sucre. En tant que producteurs de sucre, nous ne sommes pas contre le principe de réforme, mais nous nous battons pour une réforme juste et équitable aussi bien qu’étalée dans le temps. Nous souhaitons voir la réforme entrer en vigueur en 2008 au lieu de 2006. Les propositions préliminaires de l’Union européenne ne sont pas réalistes et l’OMC n’exige pas une telle réforme radicale", déclarent les Pays ACP.

Empêcher une catastrophe dans le sucre

Autre réaction : la lettre ouverte rédigée conjointement par la Confédération internationale des betteraviers européens (CIBE) et le Comité européen des fabricants de sucre (CEFS). "Le désastre des textiles serait-il un avant-goût de ce que la Commission prépare pour le sucre ?", demandent les deux organisations. "L’opinion publique européenne a bien compris qu’il est urgent de réagir au désastre des textiles et qu’il est tout aussi urgent d’empêcher un désastre dans le sucre", écrivent, en conclusion, la CIBE et le CEFS.
On devrait avoir plus d’informations et de précisions dans les jours qui viennent. En effet, le 7 juin, une mission de l’Union européenne dirigée par Florence Van Houtten de la Commission européenne pour le Développement sera à Maurice. Elle vient y discuter des mesures d’accompagnement, proposées par l’UE aux pays ACP fournisseurs de sucre à l’Europe, dans le cadre de la réforme du Régime Sucre de l’Union européenne.
"Les semaines et les mois qui viennent seront cruciaux pour la question du sucre. Nous allons nous battre jusqu’au bout à tous les niveaux et dans le cadre de toutes les instances de négociation de l’Union Européenne. Nous allons tout faire pour que le cas spécifique des ACP soit pris en charge dans le texte législatif du 22 juin. Nous allons intensifier notre campagne pour défendre nos intérêts auprès de tous les ministres de l’Union européenne et du Parlement européen", a indiqué au Mauricien le ministre de l’Agriculture Nandho Bodha.


Réforme de l’OCM-Sucre

"Des baisses de prix plus dures et plus rapides"

Le 22 juin, la Commission européenne doit faire connaître ses propositions pour la réforme de l’OCM-Sucre. D’après une dépêche “Reuters” parue le 19 mai dans un quotidien du Qatar, la baisse du prix sera plus importante : moins 39% pour le prix de soutien au sucre blanc et moins 42% sur le prix minimum de la betterave. "Il y aura deux baisses de prix", a affirmé à Reuters un "haut responsable de l’Union", évoquant les seules coupes-sombres prévues pour 2006.
Selon un article paru le 19 mai dans le “Gulf Times”, un quotidien du Qatar, reprenant une dépêche de Reuters à Bruxelles, la Commission européenne s’apprête à préconiser une baisse "plus dure et plus rapide" des subventions versées dans le cadre de l’OCM sucre, pour se conformer à la décision de l’OMC, qui stigmatise comme "illégales" les exportations de sucre de l’Union européenne.

Quinze mois

L’information, recueillie auprès d’une "source européenne de haut rang" a filtré mercredi dernier et confirme dans le même temps que les baisses annoncées de 33% et 37%, données en juillet 2004, sont aujourd’hui largement dépassées. "En raccourcissant le calendrier des inévitables suppressions de subvention et en accentuant celles-ci, l’Europe fait un grand pas pour se conformer au verdict final de l’OMC", relève la même source citée par Reuters.
"Bruxelles a maintenant quinze mois pour changer de système et le faire concorder avec le nouveau plan de réforme, la politique actuelle expirant en juin 2006. Les ministres de l’Agriculture des 25 doivent normalement discuter de la proposition de réforme en juillet, pour aboutir à un accord politique en novembre", poursuit le journal du Qatar.
Un autre changement introduit depuis juillet 2004 est l’abandon du rachat de quotas entre les 25 pays membres. Très controversé, ce système menaçait de faire capoter l’ensemble de la réforme.
Dix États, dans l’ensemble européen - dont la Finlande, l’Irlande et l’Espagne - voient leur économie sucrière particulièrement menacée par la réforme, laquelle ne laisse une chance de survie qu’aux appareils productifs de la France, l’Allemagne et l’Angleterre "les principaux producteurs de sucre de betterave raffiné de l’Union européenne", souligne la dépêche.

Une seule indemnité

Celle-ci confirme également la proposition de la Commission européenne d’un "fonds de restructuration" par lequel Bruxelles rachèterait les quotas de production sur quatre ans. La cinquième année, les baisses de quotas ne seraient obligatoires que si elles sont nécessaires. Mais comme la grande majorité des industries sucrières européennes risque d’avoir périclité entre temps, cela ne sera peut-être plus "nécessaire" en effet. "Le plan initial - poursuit Reuters - portait sur une baisse cumulée de 2,8 millions de tonnes".
Selon cette même source, les quotas de production, désormais répartis en deux catégories et soutenus chaque année par des aides des États membres, pourraient encore être fondus dans une seule indemnité, suivant le projet directeur de la première réforme. "Ce fonds, destiné à aider les industries sucrières encore en lice à quitter le secteur à cause de revenus trop bas, serait financé par un impôt payé par les betteraviers et leurs usines, bien que les détails de tout ceci restent encore peu clairs", dit enfin Reuters.

Synthèse P. David


L’Europe menace une autre production tropicale

La banane antillaise en danger

Pour faire face à la “banane dollar” moins chère et plus compétitive, la banane antillaise aurait besoin d’un soutien de l’Europe. Mais, celui-ci ne vient pas.
Au 1er janvier 2006, le système dit de contingentement mis en place, qui limitait les quantités importées de “bananes-dollars” va disparaître pour faire place à un système à tarif unique. L’Union européenne a fait savoir qu’elle appliquerait à partir de cette date un tarif de 230 euros la tonne. Les producteurs antillais eux demandaient un prix entre 270 à 300 euros.
Le montant de 230 euros est contesté par les producteurs d’Amérique Centrale et les multinationales américaines qui veulent un tarif maximum de 75 euros la tonne. Les Équatoriens et les Brésiliens ont déposé une requête auprès de l’OMC. Le Président de l’Union des Groupements de Producteurs des Antilles (UGPA), M. Éric de Lucy de Fossarieu, se confiant à France-Antilles, craint que l’Organisation mondiale du commerce fixe un prix inférieur à 200 euros. Cela n’arrangerait pas la situation des producteurs antillais.
Ces derniers souhaitent une aide de l’Europe pour être assurés du minimum. Ils reçoivent bien une aide compensatoire de 100 millions d’euros. Mais celle-ci apparaît insuffisante par rapport aux besoins. Le président de l’UGPA n’exclut pas une catastrophe.