Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
1,135 million de tonnes de cannes récoltées, stop à l’indifférence, ce n’est pas à cause de la météo
31 décembre 2025, par

Avec 1,135 million de tonnes de cannes récoltées, la campagne sucrière 2025 confirme le déclin structurel de la filière canne à La Réunion depuis la fin des quotas en 2017. Derrière la baisse des volumes se cache une crise économique profonde, liée au partage de la valeur, à la stratégie industrielle de Tereos et à une dépendance croissante aux aides publiques, au détriment des planteurs.
Avec 1,135 million de tonnes de cannes livrées à l’issue de la semaine 51, la campagne sucrière 2025 confirme une réalité désormais incontestable : la filière canne réunionnaise ne s’est jamais relevée de la fin des quotas sucriers européens en 2017. Huit ans après la libéralisation du marché, le décrochage productif n’est plus conjoncturel, il est structurel.La campagne 2025, avec seulement 1,135 million de tonnes récoltées, illustre déjà ce cercle vicieux.
Avant 2017, la filière évoluait dans un cadre régulé, garantissant débouchés, prix et volumes. Les 1,8 à 2 millions de tonnes récoltées assuraient l’équilibre économique des exploitations, des usines et de l’ensemble des activités induites. La disparition des quotas a profondément modifié cet équilibre : exposition aux prix mondiaux, contraction des marges industrielles et transfert du risque économique vers les planteurs. La perte de près de 700 000 tonnes par rapport à la période d’avant quotas illustre l’échec du modèle actuel à maintenir la production.
Sur le plan agronomique pourtant, la canne réunionnaise conserve un potentiel réel. La campagne 2025 affiche une qualité technologique honorable (Brix moyen de 17,76, pureté de 84,65 %), notamment dans le secteur du Gol, où les rendements dépassent souvent 13. Mais ces performances ne compensent plus la hausse continue des coûts de production, l’augmentation du coût du travail et l’érosion des surfaces cannières, souvent abandonnées faute de rentabilité.
Cette situation met en lumière une dépendance croissante aux aides publiques. POSEI, compensations nationales et soutiens divers permettent d’éviter un effondrement brutal, mais sans offrir de visibilité économique durable. La politique agricole se limite ainsi à amortir les chocs, sans engager de véritable relance.
« Au cœur de cette impasse se trouve la stratégie de Tereos, propriétaire des deux usines sucrières de l’île. Sa position dominante lui confère un rôle déterminant dans la trajectoire de la filière. Or, depuis plusieurs campagnes, l’industriel refuse toute augmentation significative du prix de la canne payé aux planteurs, renvoyant à l’État la responsabilité de compenser par des aides publiques. Ces aides, toutefois, ne suivent pas l’augmentation réelle des coûts de production », affirme Jean-Michel Moutama, président de la CGPER. Le dirigeant syndical précise que « pris en étau entre un prix de canne figé et des charges en hausse, de nombreux planteurs voient leur trésorerie se dégrader. Les conséquences sont désormais visibles : abandon progressif de la culture, non-renouvellement des plantations, recul des surfaces et baisse mécanique des volumes récoltés. La diminution de la production en 2025 est donc moins liée à un problème technique qu’à une asphyxie économique organisée ».
Ce choix stratégique comporte un paradoxe majeur. En comprimant le prix de la canne, l’industriel fragilise la base productive dont il dépend lui-même : moins de planteurs, c’est aussi moins de cannes pour les usines, une rentabilité dégradée et, à terme, la viabilité même de l’outil industriel.
« À l’approche des prochaines échéances sur la PAC, le POSEI et la transition énergétique, la campagne 2025 agit comme un signal d’alarme politique. Sans rééquilibrage du partage de la valeur et sans engagement clair sur la rémunération des planteurs, la filière canne risque de glisser d’un pilier économique structurant vers un simple outil d’aménagement du territoire, maintenu artificiellement par l’argent public », déplore Jean-Michel Moutama .
La campagne sucrière 2025 ne pose donc pas seulement un bilan agricole. Elle interroge un choix collectif : quelle place La Réunion veut-elle encore accorder à la canne dans son économie, et à quel prix social et politique ?
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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