En 2015, le Sénat sous l’impulsion de Paul Vergès, donnait l’alerte, quelles initiatives d’élus réunionnais depuis ?

Canne à sucre à La Réunion : des choix imposés de Paris au défi d’une nouvelle politique

24 septembre, par Ary Yée-Chong-Tchi-Kan

La filière canne à La Réunion résulte d’un choix historique de la France, avant d’être fragilisée par les décisions européennes de libéralisation. Dès 2015, le Sénat alertait sur les risques du libre-échange pour cette économie vitale, avant la fin des quotas sucriers. Face à ce constat, l’avenir de la canne doit être repensé par des choix politiques à long terme, compatibles avec l’objectif de neutralité carbone et le développement de La Réunion.

- Qui décide d’implanter la canne à sucre à La Réunion ? C’est la France.

Lorsque son armée est battue à Saint-Domingue, et que les vainqueurs, descendants d’esclaves, proclament la République, la France perd son statut de premier producteur mondial de sucre de canne. Napoléon oriente la production dans les colonies à Maurice, La Réunion, Martinique et Guadeloupe.

2-Qui décide de sacrifier cette économie ? C’est la France.

En 2015, son ministre de l’Agriculture donne à l’Union Européenne, l’accord de la France pour démanteler les digues de protections de notre industrie sucrière. Les conséquences prévisibles sont catastrophiques.

3- L’avenir de la canne relève de choix politiques imposés selon les intérêts de Paris.
Le Sénat s’en émeut. La délégation à l’Outre-Mer remet un rapport d’information, le 10 décembre 2015. Le titre est clair : « Sucre des régions ultrapériphériques en danger : sauver une filière vitale des méfaits d’une politique commerciale dogmatique ».

4- voici un résumé officiel :
« Filière structurante des économies des départements d’outre-mer, à l’exception de Mayotte, la filière canne-sucre-rhum appartient au patrimoine économique et culturel de ces territoires et représente quelque 40 000 emplois directs et indirects. La canne à sucre constitue donc, au-delà du symbole tutélaire historique et du lien intergénérationnel, un secteur vital, en particulier pour la Guadeloupe, la Martinique et La Réunion. Qu’une seule production de la filière soit menacée et toute la filière est déstabilisée, avec l’impact cataclysmique que l’on peut anticiper sur de petites économies insulaires vulnérables.

Or, la menace grandissante provient aujourd’hui de la politique commerciale de l’Union européenne qui, prônant un libre échange sans limite, met en danger la production sucrière de ses régions ultrapériphériques : ce credo entre en totale contradiction avec la modernisation industrielle de la filière canne qu’elle a elle-même largement financée pour en faire un modèle de performances et d’intégration environnementale.

À la veille de la disparition des quotas sucriers en 2017, il est impératif et urgent de préserver la réorientation de la production sucrière vers les sucres dits « spéciaux », qui constituent un marché de niche de haut de gamme, et d’éviter que ne s’empilent des accords commerciaux conclus sans vision d’ensemble de leurs répercussions sur les économies des régions ultrapériphériques qui font pourtant partie intégrante du territoire européen, jusqu’à provoquer des fluctuations de marché qui leur seraient fatales.

Soucieuse de sonner l’alerte avant qu’il ne soit trop tard, la Délégation sénatoriale à l’outre mer a souhaité, à l’occasion des négociations de l’accord de libre échange avec le Vietnam, élaborer une proposition de résolution européenne condamnant une politique commerciale qui ferait des outre mer une variable d’ajustement. »

5-La Réunion a été sacrifiée sur l’autel du dogme ultra-libéral.
Maintenant, il faut une politique qui remet en cause ce dogmatisme. Le récent montage médiatique sur les coupeurs de cannes ne doit pas dissimuler les difficultés de rechercher un consensus politico-économique. En tout cas, il faut arrêter avec la diversion. Le rapport du Sénat a été remis le 10 décembre 2015, c’est-à-dire, 2 jours avant l’adoption du Traité de Paris sur le Climat, à la COP21. Ce texte est désormais opposable et prévoit la neutralité carbone par rapport à l’ère industrielle. Il faut s’inscrire dans une perspective sur tout le siècle.

Ary Yée Chong Tchi Kan

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