Canne à sucre à La Réunion : il est temps de tout revoir
21 septembre, parSortir du système néocolonial de simple fournisseur des profits d’une société exogène
Sortir du système néocolonial de simple fournisseur des profits d’une société exogène
21 septembre, par

En 2026, la crise de la canne demeure entière. Dix ans après l’Accord de Paris et après la suppression du prix garanti et du quota sucrier, les planteurs restent dépendants de la stratégie industrielle d’une société française, Tereos, soutenue par le gouvernement de son pays. Il faut « tout revoir » : reconnaître l’agriculteur comme sentinelle du développement durable, protecteur du foncier et producteur d’aliments. La Réunion doit aussi récupérer son centre de recherche sur la canne pour construire de nouvelles valorisations de cette culture au profit des Réunionnais.
Nous sommes en 2026. Nous venons d’entamer un quart du premier siècle du 3e millénaire. Malgré le changement d’ère, la canne à sucre est toujours au centre de nos préoccupations. Nous apprenons même que des fonctionnaires du gouvernement français seront envoyés à La Réunion pour rencontrer les planteurs de cannes à sucre qui ont déjà publié leur cahier de revendications. Que pensent les 14 parlementaires réunionnais (4 sénateurs, 7 députés et 3 députés européens) et les 26 chefs des Collectivités (2 présidents d’Assemblées et 24 Maires) ? Pourquoi ne se réunissent-ils pas pour résoudre ce simple problème réunionnais ?
En 3 siècles, La Réunion a compté jusqu’à 300 unités de production de sucre de canne. Il a fallu importer de la main d’œuvre. L’île a été totalement défigurée. Les 2 usines survivantes ont absorbé toutes les autres sur l’autel de l’ultra-libéralisme financier réunionnais. Une ancienne coopérative de planteurs de betteraves en avait besoin pour devenir une multinationale du sucre. Elle a récupéré toute la filière pour peu d’investissement, au nez et à la barbe des planteurs réunionnais. Sachant que le sucre tiré de la canne représente 80 % de la production mondiale, ce qui intéresse cette entreprise exogène, c’est l’intelligence réunionnaise acquise tout le long du processus de plantation jusqu’à l’extraction de la richesse monétaire. La betterave n’est cultivée qu’en zone tempérée et ne fournit que 20 % de la demande. Pour se hisser au niveau mondial et se maintenir, la coopérative a le soutien stratégique de l’Union européenne, donc de la France.
En 1969, un accord a transformé les planteurs de canne en fournisseur de matière première. L’usinier devenait l’acheteur et le propriétaire de tous les produits existants et à venir. Les planteurs
étaient payés suivant la valorisation du sucre. C’est comme si un propriétaire de porc était payé suivant la vente des seules saucisses. Ce modèle n’a pas changé. Le planteur fournisseur de matière première exige un meilleur prix. L’usinier refuse depuis 20 ans. L’Etat français invente des moyens pour apaiser la colère des planteurs et sauver sa multinationale du sucre.
En 2015, le ministre français de l’Agriculture donne son accord à l’UE pour mettre fin à la politique du prix garanti aux planteurs réunionnais, supérieur au cours mondial, et à l’attribution d’un quota protégé de 300 000 tonnes de sucre. Ce faisant, il ne respecte pas le statut spécifique des RUP qui repose sur des handicaps qui nous protège de l’assimilation au droit commun européens. Pire, il vote la suppression pour 2017 alors qu’il pouvait attendre 2020.
Les planteurs doivent tirer toutes les leçons du dixième anniversaire de l’entrée en vigueur du Traité sur le Climat, le 4 novembre 2016, une semaine avant le décès de Paul Vergès, le 12 novembre 2016. Il y a 30 ans, le 4 septembre 1996, lors de l’alerte lancée sur le réchauffement climatique, Paul Vergès a suggéré qu’il fallait « tout revoir ». Après 15 ans à la tête de l’ONERC, il était plus que convaincu de la nécessité de tout mettre à plat, sur une vision de long terme. Les problèmes immédiats doivent être traités dans cette perspective.
Ainsi, il faut considérer l’agriculteur dans un nouveau rôle de sentinelle du développement durable et non de fournisseur de matière première, exploités par des profiteurs. Cette fonction doit être précisée et valorisée comme un instrument de la ratification réunionnaise du Traité sur le climat. Le planteur est le protecteur du foncier agricole. Quelles compensations la société lui doit pour cette tâche essentielle ? Il ne peut pas construire. Il doit produire à manger. Il est un centre de formation et d’expérimentation.
On trouve normal que le planteur soit obligé d’acheter hors de prix du foncier à bâtir pour ses enfants alors qu’il dispose d’un foncier protégé. Comment les maires peuvent valoriser les sentinelles de développement durable et ne pas continuer à rendre constructibles des terrains qui participent à la spéculation foncière et immobilière, à l’artificialisation outrancière ? La canne est un végétal, un puits de carbone, une protection face à l’érosion, etc. Le jus peut être valorisé autrement que faire du sucre industriel mauvais pour la santé. Dans le Plan de Survie, en 1974, il était prévu de produire du gaz avec de la paille de canne.
Le plus urgent pour les élus est de récupérer le centre de recherche sur la canne pour un euro symbolique. C’est un patrimoine public réunionnais, financé sur fond public, qui a été privatisé sans réfléchir.
Ary Yée Chong Tchi Kan
Sortir du système néocolonial de simple fournisseur des profits d’une société exogène
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