Résultat de la stratégie de Tereos océan Indien

Canne à sucre à La Réunion : le blocage de Bois-Rouge rappelle la crise profonde de la filière

23 juillet, par Manuel Marchal

Deux semaines après le début de la campagne sucrière dans l’Est, les livraisons de cannes à sucre ont été interrompues mercredi à l’usine de Bois-Rouge. En bloquant les accès au site, les planteurs de la CGPER et de l’UPNA ont voulu dénoncer un système qui les conduit à produire sans garantie de revenu, avec des cannes récoltées trop tôt et des dettes héritées de la campagne précédente. Au-delà de l’action du jour, c’est l’avenir de toute la filière qui est en cause.

La campagne sucrière 2026 connaît déjà de fortes turbulences. Mercredi 22 juillet, une quarantaine de planteurs ont bloqué dès l’aube les accès de l’usine de Bois-Rouge, suspendant les livraisons de cannes jusqu’à la réunion du Comité paritaire de la canne et du sucre (CPCS).

Conséquences d’une récolte prématurée voulue par Tereos et la FDSEA

Pour la CGPER et l’UPNA, cette mobilisation ne relève pas d’un simple conflit ponctuel. Elle traduit une crise structurelle qui fragilise depuis plusieurs années les producteurs de canne. Les syndicats rappellent avoir alerté, avant même le lancement de la campagne, sur les conséquences d’un démarrage jugé prématuré. La date de début de la récolte a été décidée par une coalition Tereos-FDSEA contre les syndicats représentants la majorité des planteurs, CGPER et UPNA. Récoltées avant d’avoir atteint douze mois de croissance, de nombreuses cannes présentent une richesse en sucre insuffisante. Cette baisse de richesse se traduit directement par une diminution de la rémunération des planteurs à cause du système de calcul du prix qui privilégie les intérêts de Tereos.
À cette perte de revenus s’ajoute le système d’avances financières accordées par Tereos pour que les planteurs puissent avoir une trésorerie pour récolter la matière première indispensable à l’industriel. Calculées sur une richesse estimée, ces avances peuvent ensuite être révisées à la baisse lorsque les analyses définitives sont connues. Plusieurs exploitants ont ainsi commencé la campagne 2026 en devant rembourser une partie des sommes perçues l’an dernier, alors même que leurs trésoreries sont déjà à sec.

Les syndicats dénoncent le manque de transparence

Dans un communiqué diffusé le jour de la mobilisation, la CGPER affirme que « notre mobilisation a un sens ». Le syndicat souligne que le malaise ne résulte pas du blocage mais d’un système qui laisse les planteurs sans visibilité sur leurs revenus. Il dénonce également le manque de transparence dans les calculs de richesse et réclame qu’un état précis des dettes soit établi pour chaque agriculteur livrant des cannes à Tereos.
Tout en condamnant les tensions entre planteurs, la CGPER appelle à s’attaquer aux véritables causes de la crise. Elle revendique une future Convention canne garantissant un prix minimum d’achat, condition indispensable pour assurer un revenu digne aux producteurs et préserver une filière essentielle à l’économie réunionnaise.
Une nouvelle fois, la question posée est celle du partage de la valeur créée par la canne. Sans une rémunération juste des planteurs, c’est l’ensemble de la filière qui risque de disparaître avec des conséquences pour toute La Réunion.

M.M.

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