Canne à sucre

Canne à sucre : dernière chance pour l’État de faire un audit sur la filière

Début de la campagne sucrière 2021

Manuel Marchal / 19 juillet 2021

Après le Nord et l’Est, la coupe a commencé dans le Sud. La campagne sucrière 2021 est donc bien lancée. Sa particularité est d’être la dernière à se dérouler sous le régime de l’actuelle Convention Canne, qui détermine le prix de vente de la canne à sucre. L’année prochaine, de nouvelles règles entreront en vigueur. Cette récolte est donc la dernière occasion de faire toute la transparence sur les richesses qui sont tirées de la canne à sucre cultivée par les planteurs, afin que toutes les personnes concernées par les négociations de la prochaine Convention canne puissent avoir le même niveau d’information.

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La campagne sucrière 2021 est la dernière à se dérouler selon le régime de la Convention Canne signée en 2015 et modifiée par avenant en 2017. Cet avenant faisait suite à la fin des quotas sucriers et du prix garantis en 2017 pour le seul marché du sucre réunionnais, votés 4 ans auparavant par une majorité d’États de l’Union européenne, dont la France. L’avenant a porté sur la marge, ne remettant pas en cause l’essentiel. L’équilibre a été maintenu par le versement par l’État d’une aide compensatoire à la suppression des quotas. D’un montant de 28 millions d’euros par an, elle est versée uniquement à une seule des milliers d’entreprises de la filière : Tereos Océan Indien, filiale d’une coopérative de planteurs de betteraves en France. Cet équilibre est donc sous la menace des arbitrages budgétaires décidés à Paris. Lors de l’assemblée générale de la CGPER en 2019, le chef de la direction régionale du ministère de l’Agriculture avait mis en évidence le fait qu’aider plus les agriculteurs réunionnais signifiait aider moins les autres.
La fin du quota sucrier apporte l’incertitude sur le prix du sucre, base actuelle du calcul du prix de la canne à sucre. Et dans l’esprit du gouvernement, il est clair que l’aide compensatoire à la fin des quotas n’est que temporaire. La fin des quotas a entraîné une baisse du prix du sucre et une véritable crise au sein de cette industrie en Europe. La stratégie globale de Tereos a été remise en cause par ses adhérents, et la direction a été remplacée.
La Convention Canne implique les planteurs, l’industriel qui achète les cannes à sucre des planteurs, et l’État qui verse chaque année plus de 120 millions d’euros d’aides à la filière canne. Compte tenu de l’incertitude du marché du sucre, d’autres valorisations sont recherchées pour la canne à sucre. L’ancienne majorité de la Région Réunion soutenait l’idée du développement de la canne-fibre, un modèle qui nécessiterait plus de subventions sans augmenter les revenus des planteurs. C’est dans ce contexte que commence la campagne sucrière 2021.

L’État interpellé depuis le 19 février

Pour Jean-Michel Moutama, président de la CGPER, il n’y a plus de temps à perdre. « Il n’est pas question de discuter de la prochaine Convention Canne à quelques semaines de la coupe, au moment où les planteurs ont un besoin urgent de trésorerie. Sous la pression, nous ne pouvons pas signer un bon accord », souligne-t-il. Et un préalable est nécessaire pour que les négociations puissent débuter dans les meilleures conditions, poursuit-il : « toutes les parties doivent avoir le même niveau d’information. Les revenus qu’un planteur tire de la canne sont connus de l’industriel et de l’État, mais ce n’est pas le cas de ceux de l’industriel et des autres transformateurs ».
Afin de faire la lumière sur cette question, la CGPER a interpellé l’État. Le 19 février dernier, la CGPER et la Coordination rurale ont déposé à la Préfecture une motion demandant à l’État « une expertise de la filière canne-sucre-rhum-énergie, mandatée conjointement par le Ministère de l’Économie et des Finances, le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation et le Ministère des Outre-mer, dans le but de définir un partage plus équitable des recettes de la filière canne entre les agriculteurs et le seul industriel sucrier de La Réunion ».
« La coupe a commencé, c’est donc la dernière occasion pour mener cette expertise. L’État est au pied du mur, lui seul a l’autorité pour mener cette expertise », ajoute le dirigeant syndical. La CGPER fait part de ses réserves sur la canne-fibre : « nous ne sommes pas contre la canne-énergie. Elle est intéressante dans les exploitations des Hauts où le tonnage est bon mais la richesse en sucre faible. Mais nous ne devons pas hypothéquer l’avenir en réservant une part importante de notre précieux foncier à la canne-fibre ».

États généraux de la canne

75 ans après l’abolition du statut colonial à La Réunion, le sucre reste la principale exportation. La canne à sucre recouvre également la moitié des terres agricoles. « La canne ce n’est pas que du sucre ou un autre produit, ses racines maintiennent la terre sur les pentes. Elle protège la population des glissements de terrain », rappelle Jean-Michel Moutama.
Cette volonté de transparence est de plus en plus partagée. C’est la revendication de la tenue des États généraux de la canne afin de rassembler tous les acteurs concernés pour décider ensemble d’une stratégie pour pérenniser à La Réunion la culture d’une plante aux multiples valorisations.
Lors de la campagne des élections régionales, cette question n’était pas absente des débats et comme à la direction de Tereos, c’est une nouvelle équipe qui est arrivée aux responsabilités.
L’État doit donc agir s’il veut permettre que les discussions de la Convention Canne puissent se dérouler dans les meilleures conditions. Pour cela, il a le moyen de demander une expertise de la filière. Cette campagne sucrière est la dernière occasion.

M.M.



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  • La canne, c’est bien gentil, mais à mon humble avis, sauf pour les besoins locaux, pour être autonome en sucre, je pense qu’il est temps de passer à autre chose, pourquoi ? Parce que le diabète frappe de plus en plus de monde, que la canne ici, n’est pas bio du tout, c’est à dire que pour la produire, on déverse des quantités astronomiques de produits chimiques glyphosate, dans le sol pour la faire pousser rapidement, elle est gourmande en eau qui devient rare, et finalement n’est pas vraiment bonne pour nos santés. Par quoi la remplacer, quel est le plan B ? Utiliser les terres agricoles pour des produits de bien meilleure qualité, haut de gamme, donc ayant un bien meilleur rendement financier cette fois, comme le chocolat, le café (comparer les prix au Kg du café et du sucre, il n’y a pas photo), puis bien sur tout ce qui concerne notre alimentation, fruits, légumes épices qui tropicaux, sont recherchés donc exportables facilement aujourd’hui. En lieu et place des produits importés, emballés, conditionnés, et plus chers arrivés ici. J’ai trouvé des avocats importés du Mexique, un comble non ? Il faut bien payér tout ça, octroi de mer, TVA incluse. Qu’en pensez-vous zot tout ? Arthur.

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  • Oui bien sûr il y a les épices , le café , le cacao, mais on peut aussi cultiver du Riz, du maïs et du blé , et aussi tous les fruits de saison que l’on trouve dans les pays tempérés de l’hémisphère nord mais aussi dans l’hémisphère sud tel que les fraises , les pêches , les poires , les raisins les pommes et bien entendu tous les légumes qu’ils soient cultivés en plein champs ou sous serre ainsi que toutes sorte de fleurs qu’elles soient européennes ou tropicales .

    La Réunion c’est une vraie arche de Noé végétale et on peut tout y faire pousser pour nous et pour le monde entier . Mais il y a un secteur encore vierge qui mérite d’être exploité , c’est celui des plantes médicinales que l’on peut cultiver mais que l’on trouve à l’état sauvage dans nos forêt. La plupart des médicaments que l’on trouve en pharmacie sont produits à partir de végétaux qui existent à la Réunion ou que l’on peut acclimater . Ces végétaux peuvent être considérés comme des stupéfiants interdits , c’est la cas de l’opium ou du Zamal , mais quand on les produit pour fabriquer des médicaments ils peuvent être très lucratifs. Il existent déjà à la Réunion des petites usines agro alimentaires . Pourquoi n’y aurait il pas une ou deux usines de production de produits pharmaceutique qui pourraient raffiner nos propres produits mais aussi ceux de nos voisins .

    Enfin pourquoi ne pas relancer dans de bonnes conditions la productions des huiles essentielles comme le vétiver et le géranium ... Et il y a aussi la vanille qui contient semble t’il un produit que l’on peut utiliser dans certaines batteries pour améliorer leur capacité de stockage de l’énergie électrique . Si c’est vrai , avec l’essor des véhicules électriques fonctionnant avec des batteries , c’est un boulevard qui s’ouvrent au producteurs de vanille .

    La Réunion ne serait pas seulement un paradis touristique , mais un vrai jardin d’éden offrant des perspectives phénoménales à ceux qui voudraient cultiver autre chose que de la canne à sucre . je ne pense pas qu’il faille abandonner complètement la culture de la canne qui conserve quand même quelques atouts . Mais, il est peut être temps de songer sérieusement à élargir nos capacités de productions agricoles à des secteurs plus rémunérateurs .Ce serait une solution pour donner du travail à des milliers de chômeurs qui préfèreraient certainement gagner leur paon à la sueur de leur front plutôt qu’ à la sieur des autres .

    Mais hélas pour toute reconversion il faut des aides techniques et financières et si la reconversion a du mal à faire son chemin c’est sans doute parce que nos responsables administratifs et politiques et financiers à tous les niveaux , Etat et collectivités territoriales ne font pas ce qu’ils devraient faire .

    Voila mon cher Arthur quelques mots pour compléter votre intervention sur la reconversion des plateurs de cannes sucrières
    Luçay Maillot

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  • oui la canne est rentable, uniquement grâce aux subventions de l’état. Sans cela les planteurs ne pourraient pas vivre décemment.. ces aides vont disparaître tôt ou tard
    La première chose à faire est donc de cesser d’encourager et d’installer d nouveaux planteurs.

    mais la reconversion de tous, ,ne peux pas être faite rapidement.. il faut donc laisser continuer les planteurs de cannes qu le souhaites, tout en les aidants à cultiver autres choses.
    Quoi ? nous avons la chance qu’ici , presque tout pousse en fruits et légumes. je suis d’accord avec les propositions de M.Maillot Lucay.
    je suis plus nuancé pour le riz. les tentatives datent de très longtemps.Souvenons nous de la famille Isautier, au milieu des années 70. Depuis il y a eu d’autres essais. Chaque fois, il y a eu le problème du prix de revient , trop cher par rapport à la concurrence asiatique.
    faut il subventionner le riz à la place de la canne ? Pourquoi pas . mais la il faudra "taper du poing sur la table face à la comission Européenne

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  • Côté riz, il existe des centaines, voire des milliers de variétés, et cela serait un comble, un de plus ici, de ne pas dénicher au moins une d’entre elles qui ne pourrait pas être implantée sur la Réunion sans succès. Pour éviter l’emploi de produits chimiques, des désherbants notamment, on pourrait envisager de privilégier le Bio en employant des canards qui en parcourant les rizières dévorent uniquement les mauvaises herbes envahissantes, adventives on dit aussi. Alors bien sur, si on se base uniquement sur des échecs des années 70, ce sera autant d’argument pour décourager les initiatives. Personnellement, je trouve que remplacer la canne qui est dangereuse pour la santé si comme ici, hélas, trop consommée avec excès (diabète, une maladie qui tue à petit feu), qui apporte la perte de la vue, la gangrène, d’autres maladies liées qui attaquent les organes divers...Place à des produits de meilleure qualité, plus indispensables, bon pour la santé, qui luttent aussi contre l’obésité, bio de préférence, en lieu et place de tout ce sucre, cette canne qui prend la place, gorgée de glyphosate,la Réunion est N°2 dans son emploi, c’est grave, qu’en pensez-vous zot tout ? Bon WE, Arthur.

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  • Sucre=diabète, rhum, tout cela en excès, entraîne des maladies graves, diabète et Cie, et dans les familles, sur les routes, sachant qu’en plus, l’alcool est moins taxé ici, stop pour les futures générations, passons à autre chose de meilleur, plus utiles, créateur d’emplois pour les jeunes, comme le futur train péi, le TER "Ste Rose-St Joseph", voilà du bon changement non ?

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