Canne à sucre

Canne à sucre : Faire constater « notre prise de conscience et notre urgence »

A l’assemblée plénière de la Région Réunion du 29 mai 2003

Témoignages.re / 30 juin 2004

Le 14 juillet prochain, Franz Fischer, commissaire européen à l’agriculture doit déposer ses propositions relatives à la prochaine réglementation sur le sucre. La première dépêche livrée à la Région dessine un système fortement préjudiciable pour La Réunion, dans l’état actuel des mesures envisagées par le commissaire Fischer.

Le président de la Région a fait part aux élus présents à l’assemblée plénière d’hier de quelques-unes des pistes de réflexion voire d’actions livrées par le commissaire européen Jiska Fischer et qui laissent augurer de lourdes difficultés à venir. Diminution du prix de soutien à 33% sur trois campagnes sucrières, diminution des quotas provisionnels, compensation de 60% des pertes de revenus sous la forme d’aides directes, suppression du prix de garantie, prix institutionnel réduit de 20%, augmentation du quota de glucose à 100.000 tonnes par an afin de pouvoir être cristallisé comme le sucre de betterave le permet.
Mais aussi, application de la réglementation pour 2005 et non plus 2006, ce qui laisse uniquement deux nouvelles coupes aux producteurs réunionnais pour voir la massue arriver. Enfin, mise en place d’un protocole sucrier pour la betterave qui influencera de façon importante la fixation du prix du sucre.

Les barrières se dressent

Dans la mesure où La Réunion n’est jamais jusque là parvenue à produire ses quotas, envisager une diminution de la production ne lui est pas préjudiciable, à moins que cette mesure ne s’applique pas à l’Outre-mer. Par contre "Comment appliquer dans nos pays le prix de calcul de la tonne de canne à sucre ? Et comment arriver à appliquer les mesures compensatoires ?", interroge alors le président de Région.
L’opportunité était offerte de demander au commissaire français aux échanges internationaux de ne pas tenir uniquement compte des problèmes ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de ceux des grands marchés mondiaux dans l’application de cette nouvelle réglementation sucrière. Ce haut négociateur institutionnel de l’Union européenne, s’il n’avait pas du se rendre à Bruxelles en juillet et reporter ainsi ce rendez-vous majeur, dans notre île, aurait pu entendre les particularités de la canne réunionnaise. Mais ce rendez-vous manqué ne fait que rappeler un peu plus à Paul Vergès la réalité du temps qu’il reste pour tenter d’agir en faveur et au nom de la filière locale. "À notre sens, il y a urgence. Nous devons prendre l’ampleur de la gravité de la menace et de l’urgence, trouver des solutions sans créer un climat de panique".

Agir vite

"Pour les producteurs européens que nous sommes, la stratégie des pays ACP demande un traitement au moins équivalent aux Régions ultra-périphériques de l’Union européenne. La grande bataille commence et une prise de conscience sociale du problème s’impose", poursuit le président qui insiste sur les ouvriers d’usine, les exploitants, la capacité énergétique et de retenue des sols, la tradition économique même de notre pays qui sont menacés. "Il nous faut arriver à un front sans faille de l’ensemble de la filière mais également un front de l’ensemble des élus".
Avec les maires, conseillers régionaux, généraux et présidents respectifs des deux collectivités, Paul Vergès appelle à l’union solennelle des propositions afin de construire rapidement "une plate-forme commune, concertée avec les acteurs socioprofessionnels, les comités consultatifs, pour que Bruxelles constate notre prise de conscience et notre urgence".

Estéfany