10 ans après la suppression du quota et du prix garanti du sucre, grave crise de la filière

Canne à sucre : la mission du ministère de l’Agriculture face au bilan de la stratégie de Tereos

19 septembre, par Manuel Marchal

Une mission d’expertise du ministère de l’Agriculture doit arriver à La Réunion. Le contexte particulièrement tendu pour la filière canne-sucre-alcools-énergie. Près de dix ans après la suppression des quotas sucriers européens, cette mission intervient alors que le bilan de la période interpelle : effondrement de la production, recul des superficies cultivées et dépendance accrue aux financements publics.

La fin des quotas, en 2017, a profondément modifié les conditions de fonctionnement du secteur. À l’époque, la Commission européenne avait prévenu que l’avenir de la filière dépendrait de la capacité des industriels à définir une stratégie adaptée à un marché ouvert à la concurrence mondiale. À La Réunion, cette responsabilité revient exclusivement à Tereos Océan Indien, propriétaire des deux usines sucrières de Bois-Rouge et du Gol et seul acheteur industriel de la canne produite dans l’île. La stratégie de l’industriel a consisté à transférer vers les pouvoirs publics la hausse des coûts de production des planteurs pour éviter d’augmenter le prix payé par Tereos pour acheter les cannes des planteurs. Ces cannes à sucre transformées dans les 2 usines sont la source d’importants profits sous divers produits.

Effondrement de la production

Dix ans plus tard, le constat est préoccupant. La récolte, qui dépassait auparavant 1,7 million de tonnes, se situe désormais autour d’un million de tonnes. Cette diminution des volumes s’accompagne d’une réduction des surfaces consacrées à la canne. Pour les organisations de planteurs, ces évolutions ne peuvent être dissociées de la baisse du revenu agricole et des difficultés croissantes à maintenir une exploitation rentable.
La question du prix payé par l’industriel est donc centrale. Malgré l’augmentation des charges supportées par les agriculteurs, le prix de base de la canne acheté par Tereos est resté pratiquement inchangé depuis des années. Une partie de la perte de revenu est alors compensée par les dispositifs d’aide publics. Autrement dit, le prix payé par l’industriel n’augmente pas, la puissance publique intervient pour maintenir l’activité et acheter la paix sociale.

Tout remettre à plat

Ce mécanisme pose une question de fond à la mission ministérielle : faut-il continuer à compenser par l’argent public les conséquences économiques du modèle actuel ou examiner aussi la responsabilité de chacun dans la création et la répartition de la valeur ?
Les planteurs demandent précisément que cette question soit abordée. Ils réclament davantage de transparence sur les comptes de la filière et une participation aux décisions stratégiques de Tereos Océan Indien. Leur revendication est d’autant plus forte que les planteurs de betteraves, eux, sont associés à la gouvernance de la coopérative Tereos en France.
La mission du ministère ne devrait donc pas seulement établir un état des lieux des difficultés agronomiques ou climatiques. Elle peut aussi permettre de mesurer les conséquences économiques des choix opérés par Tereos depuis 2017 et d’évaluer la répartition des efforts entre producteurs, industriel et puissance publique.
Car derrière la baisse des tonnages se joue l’avenir d’une filière stratégique. Si la tendance actuelle se poursuit, moins de canne signifie moins de surfaces cultivées, moins de planteurs et un appareil industriel de plus en plus difficile à alimenter. La question posée à l’État est dès lors simple : veut-il seulement financer la survie du modèle existant au profit d’un groupe français, Tereos, ou contribuer à en modifier les règles pour redonner aux producteurs les moyens de vivre de leur production ?

M.M.

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