Canne à sucre

Canne-énergie : pas de matière première avant 2035 !

La Chambre d’agriculture et la Région Réunion veulent-elles répéter la même erreur que les partisans de la route en mer ?

Manuel Marchal / 16 novembre 2019

Dans une interview publiée le 14 novembre dans « Le Quotidien », Bernard Siegmund, directeur d’ eRcane, évoque la question de la canne-énergie. Ceci rappelle que le calendrier de la recherche variétale n’est pas le même que celui des décisions politiques. Car ce n’est pas avant 2035 qu’une variété totalement adaptée à la conversion de la filière canne réunionnaise du sucre vers l’énergie pourrait être généralisée. Autrement dit, la matière première nécessaire à la conversion vers la canne-énergie n’existe pas encore tandis que certains pensent que cette conversion est possible dans les années à venir. Veulent-ils commettre la même erreur que ceux qui ont lancé le chantier de la route en mer sans avoir la matière première disponible pour réaliser le chantier ? D’ici 2035, d’autres chantiers plus urgents attendent la filière, à commencer par une meilleure répartition des richesses tirées de la canne au profit des planteurs d’où la transparence totale des bénéfices obtenus par tous les acteurs, notamment Tereos, industriel qui détient le monopole de la fabrication de sucre.

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Les cannes à sucre cultivées à La Réunion ne sont pas des cannes à fibres, matière première de la filière canne-énergie.

Le centre de recherche de la filière canne fêtait hier ses 90 ans. Connu sous le nom de CERF, puis de eRcane, il est intégré dans un réseau mondial de recherche, avec une expertise reconnue au niveau international. Cela permet à des créations variétales réunionnaises d’être utilisées sur d’autres continents.
Avec la fin du quota sucrier, la filière canne a perdu l’assurance d’un débouché et d’un prix garantis pour sa production sucrière. Cette incertitude sur le prix de vente du sucre a des répercussions sur le prix de la canne payée aux planteurs. Il suffit de se rappeler de la crise qu’a provoqué le retard dans le versement d’une aide d’État de 28 millions d’euros pour souligner la fragilité de ce modèle.
Cela fait plus de 50 ans que des planteurs réunionnais ont proposé de développer d’autres produits de la canne, c’était une des revendications des syndicats qui avaient alors adhéré à une Charte.
Cette diversification s’est faite progressivement, notamment avec le développement de la production d’électricité avec la bagasse.

Toujours pas de canne-fibre à La Réunion

Depuis quelques mois, la Chambre d’agriculture et la Région Réunion mettent en avant le développement de la canne-énergie pour assurer une source stable de revenus aux planteurs. Un tel projet suppose une conversion de l’industrie sucrière vers la production d’énergie. Ainsi, le premier produit de la canne deviendrait la fabrication d’énergie à partir de cannes brûlées, tandis que le sucre serait alors abandonné sous sa forme actuelle, tout juste serait-il destiné à des produits de niche tels que le sucre bio, ou les sucres spéciaux à très haute valeur ajoutée, qui permettraient alors de dégager un revenu suffisant.
La canne-énergie fait partie du plan stratégique présenté lors du dernier COSDA plénier par la DAAF. Des études sont donc lancées, elles ne donneront pas de résultats avant plusieurs années.
Mais la conversion de la filière canne vers l’énergie amène à mettre en culture d’autres variétés, des canne-fibre qui ne donnent plus de sucre. Bernard Siegmund, directeur de eRcane, a donné son point de vue à ce sujet dans « le Quotidien » du 14 novembre dernier :

« Il faut bien savoir de quoi l’on parle. Les variétés R585 et R586, on peut les qualifier de canne-mixte, avec 17 à 18 % de fibre et toujours 15 à 16 % de fibre. Mais ce qu’on appelle la canne-fibre, avec 24 à 25 % de fibre, comme celle développée par le centre de la Barbade, contient beaucoup moins de saccharose (…) Si on veut des variétés avec encore plus de fibre, qu’on nous le dise. Sans oublier que les hybridations effectuées cette année ne donneront des variétés qu’en 2035 ! »

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Vers l’échec assuré ?

La science a parlé. Passer du modèle actuel à celui de la canne-énergie impose de cultiver une autre matière première qui n’existera pas avant 2035. Car il est illusoire de croire qu’il suffit de transplanter telles quelles à La Réunion les variétés de canne-fibre créées par le West Indies Central Sugar Cane Breeding Station de la Barbade.
Autrement dit, avec les variétés actuelles, le taux de fibre est insuffisant pour réussir cette conversion, car ce sont encore des cannes à sucre qui ne peuvent donc pas être brûlées entières dans les chaudières des centrales thermiques. Elles nécessitent un traitement préalable et se posera alors la question du devenir du jus extrait, si le modèle choisi est celui de la canne-énergie.
Cela veut dire qu’affirmer que dans quelques années, la canne-énergie est la solution pour sauver la filière canne, c’est adopter la même attitude que les partisans de la route en mer. Ces derniers ont lancé le chantier sans avoir la matière première pour le terminer, ce qui provoque la crise actuelle. Pour la canne-énergie, il est clair que cette filière ne pourra pas démarrer sans matière première adaptée, sinon c’est l’échec assuré.

L’urgence de la transparence

Cela renvoie donc ce projet à dans près de 20 ans, à moins que certains veulent encore bercer les planteurs d’illusions. Or pour les planteurs, les rendez-vous concrets sont bien avant 2035. Car la Convention canne qui fixe le revenu des planteurs se termine en 2021. Elle doit donc être rediscutée le plus en amont possible, avec les produits actuels tirés de la canne à sucre. La question principale reste la répartition des richesses de la filière, ce qui suppose que tous les acteurs mettent toutes les données sur la table, dans la transparence, à l’image des États généraux de la canne demandés par la CGPER.

M.M.



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  • Sans compter que c’est une hérésie d’utiliser de bonnes terres agricoles, qui peuvent être vivrières, pour faire de l’électricité ou pire de l’agro-carburant !
    Et quel est le rendement de la canne-énergie ? Combien de tonnes faut-il brûler pour obtenir le premier MWh ? Ce qui revient à dire : combien d’ha de canne faudra—il brûler pour obtenir ce premier MWh ? Je serai curieux de connaître cette réponse, de la part d’un ingénieur énergéticien. Chiche ?

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  • TB réponse, en tenant compte que pour obtenir déjà ces 200 000 tonnes de sucre qui donnera le diabète avec tout le désastre sanitaire induit, soit 2 Millions de tonnes de canne, combien faudra-t-il répendre de glyphosathe, même si ce n’est pas interdit ? Je pense qu’il faut se suffire de construite uniquement sur des terrains incultes, ex friches industrielles, par exemple, plus en hauteur pour limiter les surfaces au sol, densifier les populations et créer des jardins familiaux, lieux de liens social en lieu est place de supermarchés, avec leurs iimmenses parking, gratuits soit mais qui rendent les sols eux aussi imperméables, non, tout ceci, c’est pas bon. Stoppons le bétonnage de la Réunion, plantons des arbres, les "vrais" créateurs d’oxygène, d’ombre et d’ésthetique, ne trouvez-vous pas ? Le train entre Ste Rose et St Joseph y contribura aussi car lorsqu’il pleut, l’eau peut passer entre les traverses et parfois, c’est de la pelouse qui s’y trouve, une TB idée, voilç, bonne fin de semaine et WE Zot tout. Arthur.

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