Canne à sucre

CGPER et Coordination rurale demandent à l’État un audit sur la filière canne-sucre-rhum-énergie

Pour un partage équitable des richesses tirées de la canne à sucre à La Réunion : les planteurs pour la remise à plat et la transparence

Manuel Marchal / 20 février 2021

Hier à la Préfecture et au Département, la CGPER et la Coordination rurale ont déposé une motion demandant notamment à l’État un audit de la filière canne-sucre-rhum-énergie « dans le but de définir un partage plus équitable des recettes de la filière Canne entre les agriculteurs et le seul industriel sucrier de La Réunion ». Les planteurs revendiquent l’ouverture des négociations de la prochaine Convention canne dès cette année, pas question de négocier sous la pression un nouveau prix de la canne en 2022, à quelques semaines du début de la coupe. Ces propositions rencontrent un écho favorable au-delà de la CGPER et de la Coordination rurale, ce qui confirme la progression d’une prise de conscience : se rassembler sur l’essentiel.

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A deux mois des élections des Commissions mixtes d’usine du 21 avril, la CGPER poursuit la mobilisation pour un rassemblement sur l’essentiel. Ces élections désigneront en effet les représentants des planteurs qui auront la responsabilité de négocier avec l’industriel Tereos et l’Etat la prochaine Convention canne qui s’appliquera à compter de 2022.
Le 26 juillet dernier, la CGPER et la Coordination rurale avait acté leur rapprochement afin d’aller vers une Intersyndicale. Hier devant la Préfecture, plusieurs membres réunionnais de la Coordination rurale dont son président Calvert Leichning et son secrétaire Henrio Abriel étaient aux côtés d’une délégation de la CGPER conduite par son président Jean-Michel Moutama.
Le 9 février dernier, Isabelle Payet, Carole Leveneur et Jean-Paul Pajanaye, vice-présidents de Unis pour nos agriculteurs (UPNA), avaient participé à une conférence de presse sur le thème des élections des CMU. Ils étaient de nouveau présents hier. Autrement dit, le rassemblement continue de progresser chez les planteurs.
C’est ce qu’a confirmé dans ses propos Calvert Leichning. Le président de la Coordination rurale a rappelé des racines communes, et la nécessité de se rassembler en Intersyndicale pour mieux faire entendre la voix des planteurs. D’où un nouvel appel à dépasser les divergences alors qu’au sein de la CGPER, de la Coordination rurale et de l’UPNA, les convergences sont bien plus nombreuses que les désaccords.

Un audit pour savoir ce que gagne Tereos à La Réunion

L’action d’hier découle de plusieurs semaines de mobilisation autour de la campagne électorale des Commissions mixtes d’usine. C’était le dépôt d’une motion demandant à l’État d’agir. Le document a été remis au Directeur de la DAAF, ainsi qu’au cabinet de Serge Hoarau, élu délégué à l’Agriculture au Département. Il est question de la prochaine Convention canne. Ce document fixe le prix de la canne payée au planteur. La convention actuelle prendra fin cette année. Pour les planteurs, il est essentiel que les négociations commencent dès 2021. Pas question de négocier à quelques semaines du début de la coupe 2022, au moment où les agriculteurs ont un besoin urgent de trésorerie ce qui signifie discuter sous la pression.
Pour que ces discussions se passent de manière sereine, CGPER et Coordination rurale demande que Tereos soit aussi transparent que les planteurs qui approvisionnent les usines du Gol et de Bois-Rouge en cannes. Si l’État et Tereos peuvent connaître précisément les revenus qu’un planteur tire de la vente de sa canne à sucre, c’est l’omerta sur les bénéfices que Tereos tire des cannes transformées dans ses usines.
En conséquence, la motion demande « une expertise de la filière canne-sucre-rhum-énergie, mandatée conjointement par le Ministère de l’Economie et des Finances, le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation et le Ministère des Outre-mer, dans le but de définir un partage plus équitable des recettes de la filière canne entre les agriculteurs et le seul industriel sucrier de La Réunion ».

Stop à la sous-estimation du prix de la canne

Les planteurs demandent aussi « une remise à plat de la formule de paiement de la canne à sucre, qui date de 1984 et qui est aujourd’hui obsolète ». Pour la CGPER, « cette formule sous-estime le prix de la canne vendue par le planteur au profit du seul usinier de La Réunion ».
Jean-Michel Moutama rappelle que depuis 1984, la défiscalisation a permis à l’industriel d’améliorer considérablement sa productivité. Il peut récupérer l’intégralité du sucre dans la bagasse. Le remplacement de la coupe manuelle par la coupe mécanique, et l’utilisation de nouvelle variétés augmente le taux de fibre au détriment du taux de sucre qui est l’étalon de la formule. Cela permet donc à l’industriel de payer moins cher un tonnage livré plus important.
Cette sous-estimation accentue encore la domination de l’usinier sur la filière, car des planteurs sont de plus en plus nombreux à commencer la coupe en devant de l’argent à Tereos.
La motion remise aux autorités plaident également pour « la création d’un fond mutuel pour améliorer la pension des retraités agricoles les plus fragiles et des planteurs de canne à sucre qui n’ont pu cotiser structurellement à la caisse de retraite, que sur une courte période ». A cause de ce système, la majorité des retraites sont en dessous du seuil de pauvreté. Une telle situation oblige les agriculteurs à continuer à travailler au lieu de prendre leur retraite, ce qui pénalise l’installation des jeunes et donc favorise le chômage à La Réunion.

M.M.