Canne à sucre

CGPER : « Quand une erreur de la DAAF montre une volonté d’abandonner la direction de l’agriculture réunionnaise à Tereos »

Affaire DAAF/Tereos/FDSEA

Témoignages.re / 15 septembre 2020

Suite à une erreur d’un service de la Direction de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Forêt (DAAF), les planteurs n’ont toujours pas perçu une aide. Alors que l’État doit réparer son erreur et procéder au plus vite au versement de la somme due, c’est Tereos qui est sollicitée pour effectuer cette opération créditant les comptes des planteurs. Jean-Michel Moutama, président de la CGPER, présente l’analyse et les revendications du syndicat dans un communiqué diffusé hier.



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Ce 14 septembre, quelle est la situation ?
- Une erreur de la DAAF est responsable du retard dans le versement d’une aide aux planteurs. Mais les services de l’État se sont dessaisis de cette tâche pour la confier à Tereos, avec le soutien de la FDSEA qui estime qu’à partir du moment où l’aide est versée sur le compte du planteur, il n’y a pas à s’inquiéter d’où cela vient.

Nous demandons que les services de l’État réparent leur erreur et consolident leurs fichiers informatiques, que les planteurs perçoivent rapidement les aides qui leur sont dues par l’État et aussi que les services de l’État prennent ses responsabilités, c’est-à-dire qu’ils ne demandent pas le remboursement aux planteurs en difficulté et qu’ils versent rapidement les sommes dues sur le compte bancaire de ceux qui n’ont pas encore perçu les aides attendues.

Pourquoi ne pas se contenter de l’explication de la FDSEA ?
- Tout simplement parce que nous estimons que c’est à l’État qu’il revient de corriger lui-même son erreur en versant sans délai l’argent sur le compte des planteurs.
Mais si c’est Tereos qui s’en charge, alors ce ne sont plus les services de l’État qui gèrent les fonds de l’État mais un privé : en l’occurrence l’industriel sucrier Tereos.

Faut-il comprendre que l’usinier est plus compétent que l’État pour gérer l’argent des planteurs ?

Les autres industriels du Syndicat du Sucre sont-ils d’accord avec l’explication qui valorise le rôle de Tereos ?
Mais qui est donc ce Syndicat du Sucre ? Lors de sa création, il regroupait les usiniers de La Réunion à l’époque où il existait de nombreuses usines appartenant à différents propriétaires. Mais aujourd’hui, il est établi que Tereos Océan Indien est le propriétaire des deux usines sucrières de La Réunion. Logiquement, il devrait donc être le seul membre du Syndicat du Sucre. Le Syndicat du Sucre ne représente-t-il que Tereos ? Comment peut-on accepter un tel état de fait ?

Le Syndicat du Sucre doit mettre carte sur table et dire qui se cache véritablement derrière lui.

Dans ce schéma DAAF-FDSEA-Tereos, Tereos serait donc indispensable à La Réunion ?
- Les planteurs savent les difficultés de négocier chaque année un revenu décent pour la filière canne, avec Tereos qui refuse de payer le juste prix des co produits.
Or, Tereos gère maintenant le versement des subventions de l’Etat… parce que rien n’a changé, c’est toujours l’industriel qui est le maître incontestable par qui les agriculteurs doivent passer pour obtenir l’argent de l’État, l’argent du fruit de leur travail.
Tereos est donc le nouveau propriétaire, non plus des terres réunionnaises, mais de la production de la terre réunionnaise, c’est donc lui qui reste le maître du jeu.
En obligeant le planteur à passer par Tereos pour percevoir ses aides, l’Etat abandonne son rôle de régulateur et d’équilibre de la filière canne. Monsieur Tereos est donc celui qui décidera demain de ce que doit planter l’agriculteur réunionnais.

En allant dans ce sens, demain ce sont les services de Tereos et non les agriculteurs qui décideront de la Politique agricole de La Réunion.

Pour l’Union européenne, la fin des quotas sucriers voulait dire que tout dépendait désormais de la stratégie de l’industriel, en quoi est-ce un problème à La Réunion ?
- En Europe, le marché est partagé entre d’importants producteurs : Tereos, Südzucker… qui sont notamment des coopératives de planteurs de betteraves. C’est le cas de Tereos, qui regroupe plusieurs milliers d’agriculteurs. Ces planteurs de betteraves peuvent intervenir dans la stratégie de Tereos, voire changer la direction. Ils sont associés à la gouvernance de Tereos, et ont accès à toutes les informations.
Mais à La Réunion, Tereos n’est qu’un industriel à qui les planteurs vendent leur matière première. Il n’y a donc aucune raison pour que Tereos perçoive directement les aides de l’État pour les verser ensuite aux planteurs.
Accepter cela, revient à dire que Tereos est une coopérative réunionnaise, alors même que Tereos Océan Indien n’a jamais proposé aux planteurs d’adhérer comme coopérateur.

Une vraie filière canne exigerait pour le moins que les fournisseurs de canne participent comme coopérateurs aux décisions qui concernent la filière canne, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui, à La Réunion.

Le Président de la CGPER,
Jean-Michel Moutama