Canne à sucre

Double peine pour les planteurs

Vers une campagne sucrière catastrophique

Manuel Marchal / 25 août 2018

Une campagne sucrière aussi mauvaise qu’en 2007, soit moins de 1,6 million de tonnes de cannes récoltées. Cette hypothèse devient de plus en plus envisageable avec des prévisions inférieures à 750.000 tonnes de cannes livrées dans le Nord-Est et 850.000 dans le Sud. À cette perte de revenu liée à la baisse du tonnage livré s’ajoutera le non-versement de l’intéressement sur le prix du sucre, car les cours de référence sont en dessous du prix plancher qui déclenche le versement de cette prime.

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Les prévisions pour le résultat final de la campagne sucrière sont très pessimistes. Il faut s’attendre à une année comparable à 2007, celle qui avait suivi le passage du cyclone Gamède. La récolte avait alors été inférieure à 1,6 million de tonnes de canne à sucre.
Cette année, ce sont les passages successifs de trois tempêtes tropicales en début d’année qui ont particulièrement marqué les plantations. C’est surtout Fakir qui a fait beaucoup de dégâts.
Cela signifie donc une forte baisse du tonnage. Les planteurs vont donc être particulièrement lésés. Ils vont voir diminuer les recettes tirées du prix de base, ainsi que celles venues de la bagasse. Le revenu tiré de la bagasse est en effet directement lié au tonnage livré.

Combien de planteurs vont continuer ?

Mais ce n’est pas tout. L’avenant à la Convention canne signé l’an dernier au bout de trois mois de conflit entre Tereos et les planteurs prévoit un bonus versé aux planteurs en fonction du cours du sucre publié sur Agrimer. Le versement de ce bonus est conditionné au maintien du cours au-dessus d’un prix plancher. L’année dernière, c’était le cas et les planteurs avaient alors obtenu un plus. Mais cette année, le cours du sucre est en baisse, et cette prime ne sera pas versée. C’est donc une double peine pour les planteurs.
Cette situation risque encore de pousser des livreurs à arrêter cette activité. Leur nombre est désormais bien en dessous de 4.000.
Elle est d’autant plus grave quand les planteurs n’ont pas de possibilité de trouver d’autres sources de revenus.

Situation différente pour les industriels

Pour sa part, l’industriel Tereos a toujours la capacité d’honorer les commandes de ses fournisseurs si le volume des cannes livrées à La Réunion est inférieur aux prévisions. En 2007, l’ancien propriétaire des usines sucrières avait importé de la mélasse du Pakistan pour être en mesure de fabriquer suffisamment d’alcools. Cette importation compensait un déficit en raison d’une campagne sucrière désastreuse.
Une autre conséquence sera l’augmentation de la part des énergies fossiles dans le mix énergétique réunionnais. La bagasse extraite de la canne à sucre permet en effet de produire de l’électricité. Pendant la campagne sucrière, elle remplace le charbon comme combustible dans les centrales thermiques du Gol et de Bois-Rouge.
Cela veut donc dire qu’Albioma va importer plus de charbon cette année pour que ses centrales produisent la quantité d’électricité prévue. Cela se traduira par plus de pollution et plus d’importations.

Inégalité dans la filière

La campagne sucrière 2018 marque donc une nouvelle étape dans la crise de la filière canne-sucre. Ce secteur économique ne sait toujours pas si les subventions nécessaires à son fonctionnement seront reconduites dans la prochaine PAC à partir de 2021. Pour sa part, l’industriel Tereos a déjà anticipé cette échéance avec son projet de raffinerie de sucre. Cet équipement peut fonctionner indépendamment du contexte réunionnais, car Tereos peut importer du sucre roux, le faire raffiner à La Réunion et ensuite vendre le produit fini en tant que production européenne sur le marché de l’UE.
La structure actuelle de la filière ne permet pas aux planteurs de disposer de la même marge de manœuvre.

M.M.



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  • J’aimerai savoir si parmi les agriculteurs, planteurs, certains d’entre eux ont-ils pensé à se diversifier, quitter l’agriculture "conventionnelle" autrement dit avec des produits chimiques qui vont polluer la terre, puis les ravines, les rivières et la mer ? Pourquoi ne pas tenir compte de ce constat, le sucre, c’est presque fini, il faut faire autre chose comme à une autre époque, la riz, le tabac, le géranium, le vétiver, le chocolat ? Rendre l’île autonome en énergie et en produits agricoles le plus possible. Sachant que la terre est d’origine volcanique, sans problème d’eau avec le fameux basculement, puis le généreux soleil, je pense que cela serait le top, qui partage ces réflexions ? Vive le Bio, pour tous, marmailles, gramounes et touristes ! Arthur.

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