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L’Alliance et le PCR appellent au rassemblement devant la menace de la disparition de la canne à sucre avec la fin du quota et du prix garanti du sucre
10 juillet 2014, par

Canne à sucre : le gouvernement évitera-t-il la plus grave crise économique, sociale, politique et environnementale de La Réunion. Les données du problème sont connues, c’est le manque de compétitivité du sucre réunionnais par rapport à ses futurs concurrents. Sans des aides suffisantes, l’industriel est près à ne plus acheter de cannes. 30.000 emplois, 25.000 hectares sont en danger. Informés, les députés se taisent. François Hollande vient dans deux semaines, sera-t-il silencieux ou alors s’engagera-t-il fermement à garantir les aides ? S’il ne le fait pas, ce sera la crise qui commencera par la fermeture de Bois-Rouge en 2018.
Elus de l’Alliance et du PCR avec la direction du PCR ont tenu hier une conférence commune pour mobiliser à l’approche d’une grave crise qui se profile. En 2017, ce sera la fin du prix garanti du sucre réunionnais vendu en Europe. Les usiniers achèteront-ils encore la canne des planteurs ? A l’échéance 2017, c’est la plus grave crise économique, sociale, politique et environnementale de l’histoire de La Réunion.
Le PCR et l’Alliance alertent sur la grave crise en préparation. Yvan Dejean revient sur les différentes étapes menant à la crise. Le point de départ est la remise en cause du système des quotas et des prix garantis de l’organisation européenne du marché du sucre. Dans ce système, La Réunion a la garantie de pouvoir écouler 300.000 tonnes de sucre. Si l’industriel ne peut pas vendre toute sa production, l’Union européenne est tenue de lui acheter l’invendu à un prix défini à l’avance et supérieur au cours mondial. Cette démarche fait suite à la condamnation du règlement européen par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) suite à une plainte du Brésil, de l’Australie et de la Thaïlande.
En 2006, c’est la publication du règlement 2006-2013. L’Europe en tient compte car elle prévoit une baisse importante du prix garanti, ainsi que des quotas de production.
Yvan Dejean rappelle que dès cette date, le PCR et l’Alliance n’ont cessé d’alerter l’opinion sur la menace de la fin du quota, et sur la nécessité de s’y préparer. Le PCR et l’Alliance ont été traités de catastrophisme « alors qu’en France, on savait que l’échéance était inéluctable ». « 10 ans après, l’échéance arrive, l’Union européenne mettra fin aux quotas et au prix garanti en 2017.
En Europe, le sucre réunionnais sera en concurrence avec d’une part le sucre de betterave, et d’autre part le sucre de canne produit en Amérique latine. Selon un rapport parlementaire, la différence de coût de production entre le sucre de betterave français et le sucre de canne réunionnais est de 240 euros par tonne, transformation en sucre blanc comprise. Quant au sucre roux, il devra faire face à la concurrence de celui produit en Colombie ou au Pérou, qui ont des coûts de fabrication bien moins élevé.
Auditionné le 6 mai par les députés de la Délégation des Outre-mer, Philippe Labro, dirigeant de Téréos Océan Indien avait rappelé que malgré 165 millions d’aide, le sucre de canne n’est pas compétitif. La proposition est de monter les aides à 200 millions d’euros, soit environ 1000 euros par tonne de sucre.
« L’Union européenne va-t-elle tolérer longtemps que la production de La Réunion soit subventionnée à ce point ?
Devant les députés, le représentant de l’industriel a été très clair : « avant de renouveler la convention « Canne » avec les planteurs, nous avons besoin d’obtenir des engagements sur le cadre institutionnel de la filière, notamment sur le montant des aides (…) Il va de soi que nous ne prendrons pas l’engagement de leur acheter des cannes si nous ne sommes pas certains de vendre le sucre. »
Pour Yvan Dejean, cela signifie que si le montant des aides n’est pas suffisant pour Téréos, il fermera les usines à commencer par Bois-Rouge. Ce sera la fin de la canne car les planteurs ne pourront plus la vendre et en tirer un revenu.
« C’est au gouvernement de répondre à la condition de Téréos. François Hollande est dans 16 jours à La Réunion, va-t-on assister à la plus grave crise économique, sociale, politique et environnementale de La Réunion », conclut Yvan Dejean.
Paul Vergès explique comment cette crise arrive à La Réunion. Les producteurs de sucre réunionnais ont droit à un quota depuis longtemps, avant la seconde guerre mondiale. Mais dans la filière, c’était la grande propriété foncière qui dominait l’industriel depuis le lancement de la monoculture de canne après la perte de Saint-Domingue pour la France. Cela se traduisait par une règle dans le partage des bénéfices : les deux tiers pour celui qui plante la canne et qui en reste le propriétaire, un tiers pour l’usinier, considéré comme un façonnier. Au lendemain de la Seconde guerre mondial, l’objectif est de concentrer les usines. La première cible est l’usine de Quartier français car son propriétaire n’avait pas de terre à canne. Une bataille est lancée. Les communistes arrivent à réaliser l’union des planteurs et de l’usinier pour sauver Quartier français. L’industriel a alors concédé d’importantes avancées aux planteurs : 75% des revenus du sucre, le règlement définitif de la campagne l’année suivant la récolte, l’avance de démarrage à 80%. La réponse aux avancées de Quartier français est venue de l’accord entre la Fédécanne et les autres usiniers. Cet accord dit que le planteur de canne n’en est plus propriétaire, mais qu’il vend une matière première. C’est l’industrie qui domine le planteur. L’industrie se concentre dans 2 usines, arrive alors la mondialisation. Pour Paul Vergès, la différence de coût de production entre le sucre réunionnais et ses concurrents « est la certitude de l’impossibilité de faire face ». Le système du contingent en France et du quota en Europe ont généré toutes sortes d’aides, rappelle Paul Vergès, mais cela va être interdit. Les usiniers sont très clairs, « ils sont prêts à ne plus acheter de la canne ».
Paul Vergès pose alors la responsabilité des députés. « Sont-ils prêts à faire reculer l’OMC ? ». Ils étaient présents lors de l’audition du responsable de Téréos, de retour à La Réunion ils ne disent rien, constate Paul Vergès, « c’est de la non-assistance à personne en danger ».
« Si on n’arrive pas à sauver les planteurs, que fait-on des 25.000 hectares livrés à l’érosion, des ouvriers d’usine, des transporteurs, des commerçants », poursuit Paul Vergès tout en rappelant la brièveté du délai avant l’échéance : « c’est dans trois ans ». Paul Vergès donne rendez-vous en 2017 : « Bois-Rouge va fermer »
Le sénateur souligne que les conditions sont réunies pour le rassemblement. Toutes les communes sont concernées, ainsi que de nombreux secteurs. La canne, ce sont 10.000 emplois directs, et 20.000 indirects soit un total de 30.000.
François Hollande vient à la fin du mois. S’il ne parle pas de la canne, alors ce sera la condamnation à mort, estime Paul Vergès. S’il ne dit pas « nous garantissons les aides » alors c’est fini. Ce sont trois siècles de production de cannes à La Réunion qui vont se régler, précise-t-il en substance.
L’heure est donc à la mobilisation la plus large et la plus efficace, ou l’échéance 2017 sera la plus grave crise économique, sociale, politique et environnementale de l’histoire de La Réunion.
M.M.
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