Canne à sucre

En passant par Bois-Rouge

Voyage au pays du sucre

Témoignages.re / 11 août 2004

Bois-Rouge, à Saint-André, et le Gol à Saint-Louis sont les deux seules usines sucrières encore en fonction dans notre pays. “Témoignages” vous invite à une visite en images de la sucrerie de Bois-Rouge commentée par l’historien Bernard Leveneur.

Le site industriel de Bois-Rouge regroupe aujourd’hui trois unités.
La sucrerie, d’une capacité de broyage d’environ 8.000 tonnes par jour, fonctionne lors de la campagne sucrière de juin à décembre. Cette unité traite environ un million de tonnes de canne par campagne, pour une production dépassant les 100.000 tonnes de sucre.
Des investissements importants ont permis de développer l’activité traditionnelle de sucrerie par la fabrication des sucres spéciaux roux et de sucre blanc de canne raffiné.
Ce sucre est stocké et conditionné dans les installations d’Eurocanne au Port, avant d’être commercialisé localement ou exporté vers les pays de l’Union européenne.
La distillerie constitue la deuxième unité de l’usine. Son activité se base sur le travail des mélasses et du jus de canne. Elle élabore l’intégralité de la gamme des rhums, qu’ils soient traditionnels de sucrerie ou agricoles, légers, maturés, vieillis ou encore grand arôme.
Enfin, une centrale thermique mixte bagasse-charbon complète l’ensemble. Elle est exploitée par Charbonnages de France et EDF. Elle absorbe l’intégralité de la bagasse issue du traitement de la canne et alimente la sucrerie en vapeur. La centrale produit 22 % des besoins électriques de l’île.

Un peu d’Histoire

François-Xavier Bellier (1766-1846), créateur de la sucrerie de Bois-Rouge, se trouve parmi les pionniers de l’industrie sucrière. Mais c’est d’abord à Sainte-Suzanne qu’il fonde avec son neveu par alliance, Étienne Jean Dioré, une guildiverie (distillerie) puis une sucrerie.
Durant les années 1810-1820, François-Xavier s’intéresse à la plaine de Bois-Rouge et procède au remembrement des terrains qui forment le cœur du domaine du même nom. Le 19 juin 1810, il achète aux héritiers de Jean-Baptiste Azéma-Dutilleul la parcelle sur laquelle se trouve de nos jours la sucrerie. De 1810 à 1822, François-Xavier Bellier ajoute au terrain Azéma huit autres parcelles, déboursant plus de 100.000 francs pour se constituer un domaine d’environ cent hectares.

Le premier alambic

Au mois de janvier 1816, il est fait mention à Bois-Rouge d’un alambic, preuve de l’existence d’une première "activité industrielle" sur le site. Au cours de l’année 1817, François-Xavier Bellier fait construire à proximité du bâtiment, une sucrerie qui produit 300.000 quintaux (3 tonnes) de sucre.
Le moulin de Bois-Rouge fonctionne à l’aide d’une machine à vapeur, de fabrication anglaise. L’introduction de moulins à vapeur dans le procédé de broyage des cannes, innovation fondamentale, a été appliquée pour la première fois dans l’île par les frères Charles et Joseph Panon-Desbassayns. François-Xavier Bellier suit l’exemple des Panon-Desbassayns et Bois-Rouge devient la troisième sucrerie équipée d’un moulin à vapeur au début des années 1820.

Transformations économiques

Le gouverneur Pierre Bernard Milius, en poste à Bourbon de 1818 à 1821, atteste dans ses rapports des transformations économiques qui s’opèrent dans l’île. Lors de l’une de ses tournées, cet administrateur dit à propos du Quartier-Français : "Il y a plusieurs belles sucreries, parmi lesquelles on peut citer celles de Messieurs Brun [future usine de Quartier-Français / Kervéguen] et Monrose Bellier [François-Xavier]. La sucrerie de M. Monrose Bellier est remarquable par l’ordre et l’économie qui y règnent. Il a fait venir une pompe à feu d’Angleterre qui lui économise des bras mais consomme beaucoup de combustible".
La crise économique qui affecte la colonie à partir de 1830 a pour conséquence le retrait de François Xavier Bellier des affaires au profit de son gendre, Alexandre Pierre Protet.


Visites guidées

Des visites guidées payantes de l’usine de Bois-Rouge sont organisées du mardi au vendredi sur rendez-vous.
Renseignements et réservations au 0262-58-59-74.
Email : sucrerie.br@bois-rouge.fr
Site internet : http://www.bois-rouge.fr