Canne à sucre

Filière canne : Défendre le sucre... et le reste

Conférence de presse du PCR

Témoignages.re / 8 juillet 2004

Dans le contexte de révision du règlement sucrier européen et à une semaine du rendu - le 14 juillet - du rapport du commissaire Fischler sur le nouveau dispositif communautaire, le secrétaire général du Parti communiste réunionnais, Elie Hoarau, a accentué l’appel à la vigilance. Avec deux idées-forces : il faut la mobilisation de tous et un large débat sur la stratégie de défense de la filière.

La canne à sucre, c’est le sucre, mais pas seulement lui. Tel est le message à retenir de l’intervention d’Elie Hoarau sur la défense de la filière canne, dans la conférence de presse donnée hier par le PCR. Le secrétaire général du PCR n’avait jamais été aussi précis, voire pressant, dans son invitation à ouvrir le débat de société sur la meilleure façon de défendre la filière agro-industrielle canne/sucre.
D’abord par la mobilisation de tous et une prise de conscience de la gravité de la situation. "La situation actuelle est différente des précédents réajustements communautaire", a-t-il dit. En explicitant ce qui a changé : l’élargissement de l’Union européenne et une belle cacophonie des 25 membres (dont 21 producteurs de sucre) sur la révision du règlement communautaire ; les pressions de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) par l’intermédiaire des plaintes du Brésil, de l’Australie et de la Thaïlande contestant les subventions consenties aux producteurs européens et les aides aux ACP (pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique) ; et enfin la “faille” apparue dans le front cannier, avec l’alliance de certains grands producteurs européens avec des pays émergents dont certains, comme le Brésil, menacent les positions de l’Union européenne.
A La Réunion, un consensus fort s’est construit, principalement depuis la tenue du colloque de Stella (octobre 2002), affirmant d’une part la nécessité de maintenir en activité la filière canne/sucre et appuyant cette défense sur la notion de "multifonctionnalité" de la canne. Les voix qui s’élevaient il y a un ou deux ans, pour dire que La Réunion ne mourrait pas de la mort de la canne, se sont tues, faute de proposition de substitution crédible. Et plus personne ne conteste le fait que la canne à sucre a un impact considérable sur l’économie, le social, l’environnement et la politique énergétique.
Il reste à donner de nouveaux visages, de nouvelles filières à cette multifonctionnalité et c’est le sens de l’appel lancé par Elie Hoarau, en insistant sur l’importance d’une mobilisation de l’ensemble de l’opinion, "comme pour toutes les autres alertes".
L’union et la bataille menée autour des TOS (techniciens et ouvriers de service) montrent la voie. Mais Elie Hoarau concède qu’"il y a peut-être, chez les Réunionnais, une véritable révolution cannière à faire dans les esprits" pour une prise de conscience d’un fait tout simple, qui est déjà une réalité dans de nombreux pays producteurs : avec la canne, on ne produit pas que du sucre, mais aussi de la cellulose, du bio-carburant... "Il y a toute une voie à prospecter et il est temps de le faire", a ajouté Elie Hoarau.
Sans renoncer au sucre dans un monde dont la consommation mondiale croît de 30 millions de tonnes par an grosso modo, le PCR a réaffirmé hier, mais avec plus de force, qu’il serait "illusoire de ne s’accrocher qu’au sucre", en oubliant les autres fonctions de la canne.

Pascale David