Canne à sucre

Filière canne : la CGPER unanime pour que le gouvernement respecte l’engagement de l’État

Plusieurs centaines d’agriculteurs à l’assemblée générale du syndicat

Manuel Marchal / 1er juillet 2019

La CGPER a tenu hier son assemblée générale en présence de Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne, et de Guy Simon, Directeur de l’agriculture et de la forêt représentant l’État. Plusieurs centaines de personnes venues de toute l’île avaient fait le déplacement. La question de la non-inscription de l’aide de 28 millions d’euros à la filière canne dans le Budget 2020 de l’État était au centre des préoccupations. L’assemblée générale de la CGPER a adopté à ce sujet une motion rappelant au gouvernement ses responsabilités, insistant sur le fait que la reconduction de cette aide ne doit faire l’objet d’aucun débat puisque l’État s’est engagé par écrit.

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A la tribune : Jean-Michel Moutama, secrétaire de la CGPER, Guy Simon, directeur de l’agriculture et de la forêt, Jean-Bernard Maratcha, président de la CGPER, Isidore Laravine, trésorier, Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne et Marcel Bollon, membre fondateur de la CGPER.

Quelques semaines après les élections à la Chambre d’agriculture, et à la veille de l’ouverture de la campagne sucrière dans le Nord et l’Est, l’assemblée générale de la CGPER a rassemblé hier à la Plaine des Cafres, salle des fêtes du 23e Kilomètre, plusieurs centaines d’agriculteurs. C’était le premier grand rendez-vous pour la nouvelle direction composée notamment de Jean-Bernard Maratcha, président, Jean-Michel Moutama, secrétaire, et Isidore Laravine, trésorier. Étaient également invités à la tribune Marcel Bollon, un des fondateurs de la CGPER, ainsi que Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne, et Guy Simon, Directeur de l’agriculture et de la forêt représentant l’État.
Jean-Bernard Maratcha a ouvert l’assemblée par une évocation historique. Il a rappelé pourquoi La Réunion est devenue productrice de sucre de canne. Il est revenu sur les combats menés par les anciens dirigeants et militants de la CGPER, notamment le président fondateur Angelo Lauret, et Jean-Yves Minatchy qui lui succéda. Cet hommage à ceux qui ont précédé visait aussi à rappeler que l’augmentation de la retraite des agriculteurs à un niveau décent est une des priorités du syndicat.

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« C’est très loin d’être gagné »

A la veille de la coupe, le gouvernement ne s’est toujours pas décidé à honorer un engagement de l’État : le versement en 2020 et 2021 d’une aide compensatoire à la suppression des quotas sucriers de 28 millions d’euros pour la filière canne de La Réunion. Cette somme n’est toujours pas inscrite dans le budget. « Si ça n’est pas inscrit là, ce ne le sera pas après », a précisé Isidore Laravine. « Si on a pas les 28 millions d’euros, alors le prix de la canne baissera de 14 euros par tonne. Si on arrive à cela, c’est la mort de l’agriculture réunionnaise ». D’où l’importante mobilisation dans le monde agricole, car la canne reste le pivot de l’agriculture réunionnaise. « C’est très loin d’être gagné, le gouvernement a fait des cadeaux fiscaux et il y a eu la crise des gilets jaunes. Si on ne bouge pas, cela n’avancera pas ».

Soutien de la Confédération paysanne

La CGPER peut compter sur la solidarité de la Confédération paysanne. Nicolas Girod a annoncé « une interpellation au plus haut niveau de l’État cette semaine » avec un courrier conjoint de la Confédération paysanne, de la CGPER et des syndicats des Antilles, remis au président de la République, au Premier ministre et au ministre de l’Agriculture. La Confédération paysanne mettra aussi la revendication du versement de l’aide due à l’ordre du jour d’une rencontre le 16 juillet avec le ministre de l’Agriculture. « Vous pouvez compter sur la Confédération paysanne pour soutenir la filière canne et l’agriculture réunionnaise », conclut Nicolas Girod.
L’assemblée générale s’est poursuivie par le vote d’une motion lue par Jean-Michel Moutama affirmant que « affirme que la question de la reconduction de cette aide ne doit pas faire l’objet de la moindre discussion », saluant « le soutien de plus en plus large des parlementaires, de la Région, du Département et des élus en général aux côtés de cette revendication » et demandant que l’État prenne en compte les atouts de la canne en maintenant le versement de l’aide de 28 millions, car la transition de la filière ne sera pas terminée en 2021.

Pour une coopération avec Madagascar

La CGPER a également évoqué le contexte international, marqué par la mise en œuvre prochaine d’Accords de partenariat économique entre l’Union européenne et les États voisins de La Réunion, qui vont encore accentuer la concurrence avec les produits de l’agriculture réunionnaise. Le syndicat plaide pour une approche différente du libre-échange, donnant l’exemple de proposer un partenariat gagnant avec Madagascar. L’idée est d’importer de la Grande île les produits qui ne peuvent pas venir de la terre réunionnaise pour le moment comme le riz et les grains, tout en ne perdant pas de vue un autre objectif de la CGPER, l’autosuffisance alimentaire.
Sur la question de l’élevage, le syndicat demande à l’État de prendre des mesures fortes afin de restaurer la confiance du consommateur, ébranlée par les maladies qui touchent le cheptel réunionnais. Il revendique également l’interdiction des produits de dégagement, ces caisses de morceaux de volaille à bas coût importées venant concurrencer les éleveurs réunionnais.

« Surmonter les divisions »

Marcel Bollon a conclu ces prises de parole en appelant à « la mobilisation encore plus nécessaire » et à s’interroger sur « quelle agriculture pour notre île dans la mondialisation ? ». Revenant sur la perte de la direction de la Chambre d’agriculture, le co-fondateur de la CGPER note une tâche prioritaire : « comment surmonter les divisions pour défendre l’intérêt général ? ». « Nous devons soutenir nos responsables », a-t-il poursuivi, « les anciens ont ouvert la voie, les adhérents doivent surmonter les difficultés ». Allant dans le même sens, la CGPER a salué ses « amis de l’UPNA ».
En réponse, le DAF a indiqué que l’État travaille à un argumentaire visant à justifier le versement de l’aide de 28 millions d’euros l’année prochaine. Ce document sera présenté le 3 juillet en Commission d’orientation départementale de l’agriculture, et a vocation à être enrichi. Il a aussi indiqué que ces 28 millions sont pris dans une caisse qui finance aussi les aides pour les agriculteurs de France, ce qui suppose donc une solidarité de la part de ces derniers. Il décrit un modèle réunionnais d’agriculture basé sur le social et fixe une feuille de route : obtenir l’IGP pour le sucre l’année prochaine. Enfin, concernant la concurrence internationale, le DAF demande que le consommateur achète moins mais Réunionnais : « acheter 200 grammes de produits péi plutôt que 250 grammes de produits importés ».

« Restons mobilisés »

Nicolas Girod a répondu au représentant de l’État. Affichant sa solidarité avec la CGPER, le responsable de la Confédération paysanne a rappelé que tous les ans, la France reçoit 9 milliards d’euros au titre des aides européennes à l’agriculture. La solution réside dans une autre répartition de ces crédits, afin de diminuer le soutien aux méga-exploitations et d’augmenter les aides en faveur des petits et moyens producteurs, comme les planteurs réunionnais. « Ce sont les paysans qui donnent la direction, et c’est autour de cela que l’on doit construire la PAC ».
Jean-Bernard Maratcha a expliqué que la motion votée à l’unanimité sera transmise aux autorités concernées et a conclu par un « restons mobilisés ». Ceci souligne que la CGPER est prête à l’action si elle est nécessaire pour faire aboutir les revendications.

M.M.