Restructuration possible de l’actionnariat de Tereos Océan Indien : le CGPER exige une remise à plat globale

Filière canne-sucre-alcools-énergie : l’occasion pour les planteurs de prendre le pouvoir à Tereos Océan Indien

22 avril, par Manuel Marchal

La crise de la filière canne à La Réunion connaît un nouvel épisode révélateur des fragilités structurelles qui la traversent. Au cœur des tensions : la stratégie de l’industriel Tereos Océan Indien, acteur central puisqu’il détient la totalité des outils de transformation de la canne. L’évolution possible de son actionnariat, marquée par un désengagement partiel de sa maison mère, la coopérative française Tereos, peut être l’occasion pour les planteurs de prendre le pouvoir à Tereos Océan Indien et donc de décider de la stratégie de la filière, à condition d’être associés aux discussions.

Confrontée à une baisse de ses profits à l’échelle internationale, la coopérative a engagé depuis 2021 une politique de recentrage et de réorganisation. L’objectif affiché est d’améliorer sa performance en cédant des actifs jugés non stratégiques. Cette logique financière se traduit aujourd’hui par des arbitrages qui dépassent largement les frontières européennes et affectent directement des pays comme La Réunion.

Tereos se désengage du Kenya et de la Tanzanie

Le communiqué publié le 26 mars confirme cette orientation. Tereos y annonce la recomposition du capital de la société Sucrières des Mascareignes Ltd (SML), basée à l’île Maurice. Détenant jusqu’ici 40 % de cette structure, le groupe se retire au profit de l’actionnaire majoritaire historique, Miwa Sugar Ltd, désormais seul maître à bord. Présent en Tanzanie et au Kenya, SML développe des activités intégrées allant de la culture de la canne à la production de sucre, de mélasse et d’électricité issue de la valorisation des co-produits.

Cette décision s’inscrit dans une dynamique plus large. Dès le 30 janvier, Tereos avait annoncé la mise en vente de son usine d’Andrade au Brésil, l’une des six unités industrielles qu’il exploite dans ce pays où il figure parmi les principaux producteurs de sucre. Ces désinvestissements successifs témoignent d’une stratégie globale de rationalisation, dictée par des impératifs économiques mais lourde de conséquences sociales et territoriales.

À La Réunion, ces annonces alimentent les interrogations. La CGPER dénonce un profond mépris : « on découvre dans la presse qu’un changement d’actionnaire se prépare autour de Tereos… sans aucune concertation avec les planteurs. C’est inacceptable ». Le syndicat rappelle que les producteurs « produisent la richesse de cette filière » tout en étant exclus des décisions : « pas dans la gouvernance, pas dans le capital, juste bons à fournir la matière première et à subir ». Pour la CGPER, « ce modèle est à bout de souffle » et la question centrale est désormais posée : qui décide de l’avenir de la filière canne à La Réunion ?

Dans ce contexte, la recomposition en cours pourrait aussi ouvrir une fenêtre d’opportunité. Le désengagement partiel de Tereos peut en effet être l’occasion pour les planteurs de peser davantage, voire de prendre une part décisive dans le capital de Tereos Océan Indien. À condition d’être pleinement associés aux discussions, ils pourraient ainsi participer directement aux choix stratégiques et rééquilibrer les rapports de force au sein de la filière.

La CGPER exige une remise à plat globale

Face à cette situation, la CGPER affirme qu’elle ne « laissera pas faire » et exige une remise à plat globale : répartition de la valeur, gouvernance, place des producteurs. « Les planteurs doivent être autour de la table. Pas sur le menu », martèle-t-elle. Entre logique financière globale et réalités locales, l’équilibre apparaît de plus en plus fragile, rendant indispensable une refondation du modèle pour garantir la pérennité de la filière.
Face à cette situation, le syndicat affirme qu’il ne « laissera pas faire » et exige une remise à plat globale : répartition de la valeur, gouvernance, place des producteurs. « Les planteurs doivent être autour de la table. Pas sur le menu », martèle-t-il. Cela illustre l’urgence d’une réforme pour garantir la pérennité de la filière.

M.M.

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