Canne à sucre

’Il faudra l’union de tous’ pour sauver la filière canne

La CGPER dresse le bilan de la visite d’Hervé Gaymard

Témoignages.re / 27 septembre 2004

Une semaine après la visite du ministre de l’Agriculture, la CGPER dressait le bilan du séjour d’Hervé Gaymard devant une trentaine de planteurs rassemblés sur la plate-forme du Baril à Saint-Philippe.

La CGPER rencontrait hier la presse au centre de réception du Baril. D’entrée de jeu, Jean-Yves Minatchy, président de la Confédération générale des planteurs et éleveurs de La Réunion s’estime satisfait de la participation du ministre de l’Agriculture à la Commission paritaire de la canne et du sucre du 17 septembre dernier. D’autant que la CGPER avait insisté pour que ladite commission se tienne à cette date et non le 23 comme prévue initialement, afin que le ministre puisse être présent. "Nous avons rappelé à M. Gaymard que la filière canne était en train de connaître le plus grand bouleversement de son histoire, sachant que M. Fischler propose une réforme préconisant une baisse de 33% de la production avec des mesures qui ne compensent que 60% des pertes que nous aurons à subir".

Dans cette affaire, poursuit Jean-Yves Minatchy, ce sont les petits et moyens planteurs qui ont le plus à perdre. Or, ce sont eux qui ont le plus investi dans leurs outils de production ces dernières décennies, que ce soit en terme d’irrigation des parcelles, d’épierrage ou d’acquisition de matériel. "Les petits et moyens planteurs fournissent plus de 80% de la production cannière de l’île", explique le président de la CGPER. "L’an dernier, poursuit-il, sur 1,9 million de tonnes de cannes, 1,6 ont été livrées par ces petits et moyens planteurs qui représentent 98%, avec 23.000 hectares sur les 26.500 plantés en cannes".

Le poids des petits et moyens planteurs

Et Jean-Yves Minatchy d’ajouter : "ceux qui livrent de 0 à 500 tonnes apportent plus de 750.000 tonnes. Ils sont au nombre de 3.268 sur 4.500 planteurs. Si cette catégorie venait à disparaître, cela signifierait la disparition du Gol et de Bois-Rouge".
Tel est le discours que le leader de la CGPER a tenu au ministre de l’Agriculture, en lui rappelant au passage que la canne ne constitue pas uniquement "une culture et une tradition, mais aussi une réalité socio-économique, après près de 5.000 planteurs, 15.000 emplois directs et indirects et 150 millions d’euros à l’exportation". Et puis, fait remarquer le leader de la CGPER, la canne est omniprésente dans le paysage réunionnais. C’est même ce que l’on voit en premier...

Quand à la diversification, il serait illusoire d’en faire une alternative à la canne, estime la CGPER. Car la diversification est déjà une réalité : 10.000 tonnes de letchis, 9.000 tonnes de bananes, 8.000 tonnes d’ananas, 5.000 tonnes d’agrumes... Et toute cette production souffre cruellement d’un manque de débouché tant au plan local qu’à l’export. Même si le problème réside davantage dans une absence de structuration des filières...

Compensation intégrale

Sur la question de la compensation, Jean-Yves Minatchy entend qu’elle soit intégrale et que ce soient les petits et moyens planteurs qui en bénéficient. "Récolter une tonne de cannes, cela coûte en moyenne 23 euros à un petit ou moyen planteur. Sur les grosses exploitations mécanisées, cela revient à 12,50 euros..."
L’avenir de la canne, c’est aussi explorer des pistes nouvelles. L’île Maurice exporte 30 millions de litres d’éthanol vers l’Europe. "Ici, nous avons les plus grosses usines de l’océan Indien et nous ne serions pas capables de faire ce que font les Mauriciens ou les Brésiliens ?", s’interroge le président de la CGPER.
Au final, après les contacts avec Hervé Gaymard, la CGPER estime que "le ministre a été franc et direct. Il a raison de dire que ce n’est pas gagné d’avance", résume Jean-Yves Minatchy qui, s’il se félicite de l’union des professionnels et des planteurs, estime que l’État devra prendre ses responsabilités et assurer la compensation sur l’aide économique et l’aide à la production si d’aventure l’Europe refusait de le faire. Certes, on n’en est pas encore là. "Mais il faudra l’union de tous et jouer très serré", conclut Jean-Yves Minatchy.

S. D.