Canne à sucre

« Il faut remonter le moral des producteurs »

Position de la Chambre d’agriculture face au projet de réforme de l’OCM Sucre

Témoignages.re / 23 août 2004

« La Chambre d’agriculture est restée sur ses positions », rappelle Guy Derand, président de la Chambre d’agriculture. La Réunion doit être déconnectée de la réforme de l’OCM Sucre. La Chambre propose de conforter durablement la filière canne par la mise en place d’aides adaptées, notamment pour la récolte et la plantation.

Pilier du développement durable de La Réunion en termes économique, social, énergétique, environnemental, patrimonial et touristique, la canne n’en reste pas moins menacée. En effet, la baisse importante du prix de la canne liée au projet de réforme de l’Organisation commune de marché du sucre (OCM Sucre), met les producteurs canniers réunionnais dans une situation intenable compte tenu de l’importance, de la complexité des coûts de production et de la fragilité des revenus, qui pourrait les conduire à terme à abandonner la canne à sucre.
La Chambre d’agriculture de La Réunion prône donc la mise en place de mesures adaptées visant à conforter durablement cette filière.
Ces mesures doivent concerner prioritairement deux domaines qui ont des répercussions importantes sur les rendements, les résultats d’exploitation et les revenus, à savoir la récolte et la plantation de la canne. Cela dans une prise en compte objective des handicaps géographiques et structurels, et leurs conséquences sur les coûts de production de la canne à sucre. "Baisser le coût de production, hausser le revenu des producteurs...", voilà les grands objectifs escomptés par la Chambre d’agriculture de La Réunion.

Trois principes indéfectibles


Les régions ultrapériphériques (RUP) doivent bénéficier du principe d’exclusion du projet de réforme de l’OMC sucre, comme pour la réforme de la Politique agricole commune (PAC), qui visait le découplage et la réduction des aides. L’Europe doit en effet tenir compte des spécificités des RUP, dont l’éloignement géographique, le relief, le climat. D’autant qu’il existe des difficultés à mécaniser les opérations culturales, particulièrement la coupe, qui reste à 90% manuelle à La Réunion.
C’est ce qui explique la volonté de la Chambre d’agriculture de défendre les aides déjà existantes, et de proposer des aides nouvelles (récolte et aide incitative à la replantation).
Par ailleurs, en cas de baisse du prix d’intervention et du quota, la compensation “1 euro pour 1 euro” est de vigueur, rappelle Guy Derand. Trois principes défendus donc par la chambre : La Réunion doit être en marge de la réforme de l’OCM-Sucre. Les producteurs doivent bénéficier d’une compensation totale en cas de baisse de revenus, ainsi que d’aides nouvelles adaptées permettant de conforter la filière canne.
En 22 points, la Chambre explique pourquoi il importe de soutenir la filière canne. On notera particulièrement qu’un emploi sur 10 est lié à l’agriculture à La Réunion. La filière canne-sucre est génératrice de valeur ajoutée. L’augmentation de la valeur ajoutée du secteur agricole est constante, passant de plus 9% (de 1992 à 1996) à plus 13,1% (entre 1998 et 1999). Mais si la canne joue un rôle prépondérant dans l’économie réunionnaise, il n’en demeure pas moins vrai que les producteurs réunionnais sont pénalisés vis-à-vis des autres pays producteurs de sucre. La situation de la canne diffère de celle de la betterave. La canne engage l’agriculteur sur le moyen terme (7, 8 ans minimum) pour amortir plantation et investissements, tandis que la betterave est une plante annuelle. Bref, "il faut remonter le moral des producteurs", rappelle Guy Derand.
Le ministre de l’Agriculture doit bientôt être sur notre île. Ces préoccupations doivent bien évidemment être mises à l’ordre du jour, d’autant que les agriculteurs ont le sentiment de bénéficier de l’adhésion des politiques. Tous en effet s’accordent à dire que l’agriculture réunionnaise doit être soutenue, et notamment la filière canne, qui est bel et bien menacée.

Bbj