Canne à sucre

Indignation de la CGPER face aux propos du nouveau DAF

Lettre de la Confédération générale des planteurs et éleveurs de La Réunion

Témoignages.re / 14 octobre 2005

La CGPER a adressé hier un courrier au ministre de l’Outre-mer François Baroin. Nous vous le reproduisons ci-après.

Monsieur,

Suite à un entretien demandé par la CGPER auprès du nouveau directeur de l’agriculture et de la forêt le jeudi 5 octobre 2005, la délégation de notre organisation syndicale a été dans l’obligation de quitter la table devant la désinvolture et l’autoritarisme acerbe dont a fait preuve de M. Michel Sinoir. C’est la 1ère fois depuis l’histoire du monde agricole de La Réunion qu’un directeur de l’agriculture fait preuve d’autant d’agressivité lors d’un 1er entretien.

Comme il est de tradition à chaque changement de directeur de l’agriculture ou de Préfet, la CGPER rencontre les nouveaux représentants de l’État afin de présenter notre organisation syndicale, ainsi que notre conception du développement agricole de La Réunion.

Or, cette réunion s’est déroulée dans un climat délétère puisque nous n’avons pu que présenter les points à l’ordre du jour, avant que le directeur signale que l’inquiétude ambiante dans le monde agricole était de la faute de la CGPER, en étayant ces propos par des coupures de presse où la CGPER informait l’opinion publique de la décision de la commission agricole de baisser le prix du sucre de 39%.

Autre exemple, le directeur s’est dit outré de la volonté de la CGPER d’engager une procédure pour les planteurs de cannes de La Réunion face à la diminution importante du tonnage produit dans certaines réglons. Là encore, le directeur a indiqué qu’il était frère de paysan et qu’il fallait accepter de perdre sa production d’une année sur l’autre sans toujours percevoir une indemnisation de l’État.

L’entretien du 6 octobre était la deuxième rencontra avec la CGPER puisque quinze jours après son arrivée à La Réunion, M. Sinoir était venu visiter mon exploitation à Sainte-Marie et là encore des propos durs ont été tenus à l’égard des agriculteurs de La Réunion. Lorsque j’ai indiqué, que la priorité de la CGPER était les petites et moyennes exploitations et que les pouvoirs publics devaient tout mettre en œuvre pour maintenir ces structures, qui produisent 80% de la richesse agricole, le directeur n’a rien voulu savoir et a déclaré qu’il fallait arrêter de parler de “petits” et “moyens” à La Réunion. Quand je lui ai fait part des difficultés des planteurs et éleveurs de La Réunion, notamment avec l’augmentation des coûts de production, j’ai eu comme réflexion, "comment vous auriez fait si vous étiez à Madagascar ?" Aujourd’hui on peut s’interroger si la volonté du gouvernement n’est pas de supprimer les petites et moyennes exploitations de La Réunion.

Monsieur le ministre, la CGPER a toujours été une force de proposition comme nous l’avons démontré ces dernières années avec les visites successives du ministre de l’agriculture M. Hervé Gaymard, la délégation de la commission agricole de Bruxelles emmenée par son président Joseph Daul, ou dernièrement la rencontre du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy avec les planteurs de la CGPER sur une petite exploitation cannière à Saint—André. Lors de votre dernier séjour dans notre Département au mois de septembre, nous avons pu vous entretenir à Gillot, dans un climat serein et en présence de 150 planteurs, de nos craintes face à la réforme de l’OCM-Sucre.

Jusqu’à présent, la CGPER était dans une phase d’écoute et de partage avec le représentant de l’État en matière agricole car l’agriculture réunionnaise nécessite une implication de l’ensemble des partenaires dans un esprit constructif. Mais l’attitude du nouveau directeur nous oblige aujourd’hui à revoir notre position à l’égard de l’État qui tend à imposer une vision unilatérale de l’agriculture et dicter aux syndicats de la conduite à tenir. Est-ce que l’État a nommé un directeur de l’agriculture et de la forêt ou un dictateur de l’agriculture et de la forêt ?

Par conséquent, la CGPER condamne fermement les propos inacceptables et inadmissibles du directeur de l’agriculture et de la forêt à l’égard du monde agricole de La Réunion et suspend toute participation aux réunions organisées par l’administration.

Je vous prie d’agréer, monsieur le ministre, l’expression de ma considération distinguée.

Le Président,
Jean-Yves Minatchy