Canne à sucre

Julie Pontalba : « Proposition pour que ERCANE reste un patrimoine réunionnais »

Face à la nouvelle menace sur la filière canne

Julie Pontalba / 22 juin 2019

Le gouvernement n’a toujours pas inscrit dans le budget de l’année prochaine une subvention de 28 millions d’euros destinée à compenser la fin du quota sucrier et du prix garanti. C’est une grave menace pour la filière canne. Dans un communiqué diffusé hier, Julie Pontalba rappelle que la survie de la filière canne faisait partie des urgences inscrites dans son programme de candidate aux élections européennes, et appellent les collectivités à agir pour que le centre de recherche ERCANE soit la propriété des Réunionnais en faisant une offre d’achat à Tereos.

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Ercane est le résultat de deux siècles de savoir-faire réunionnais mondialement reconnu et exporté dans le domaine de la recherche variétale de canne à sucre.

« Un mois après les Européennes et à la veille de l’ouverture de la campagne sucrière, la filière canne est menacée de disparaître. En tant que candidate du PCR à ce scrutin, j’avais élevé cette question au rang des urgences lors de la présentation de mon programme le 15 mai. Je demandais que l’Europe accepte que l’Etat français pérennise l’aide compensatoire de 28 millions au-delà de de la durée de l’actuelle Convention canne 2017-2021. Je réclamais la transparence dans l’utilisation des fonds publics et l’intégration des planteurs réunionnais dans l’actionnariat de la coopérative Téreos.

A peine le Parlement Européen installé, nous apprenons que Téreos, qui perçoit les aides publiques, affiche une perte de 242 millions d’euros à son bilan 2018-2019 et un gonflement de sa dette à 2,5 milliards. Confronté une situation identique, son concurrent SüdZucker avait déjà décidé de diminuer sa capacité de production par la fermeture de 2 usines emblématiques en France. Qu’en sera-t-il des 2 usines que possède Téreos à La Réunion ? Le PCR n’oublie pas la déclaration du Commissaire européen à l’Agriculture, Dacian Ciolos, en visite à La Réunion, en 2013 : “l’avenir de la canne dépend de la stratégie de l’industriel”.

Deux autres évènements viennent bousculer l’actualité et la sérénité.

1) lors de son premier point presse, le nouveau préfet de La Réunion, répond à la question d’un journaliste que l’aide compensatoire fait l’objet d’arbitrage gouvernemental. Aussitôt, le 18 juin, j’ai publié un communiqué car, de ce fait, le gouvernement remet en cause la Convention Canne en vigueur jusqu’à 2021.
2) Huguette Bello remarque que les 28 millions ne figurent pas au budget de cette année et elle proteste. La ministre Girardin lui répond que la participation de l’Etat est en débat.

C’est la panique chez les planteurs ; le monde économique dit son inquiétude ; le monde politique s’éveille. L’indignation est nécessaire mais elle n’est pas suffisante pour que l’Etat respecte ses engagements malgré l’imminence de la catastrophe.

A La Réunion, La filière canne est l’un des premiers employeurs, (quand le chômage est déjà de l’ordre de 30 %), elle façonne le paysage, elle fait partie de l’histoire. Cependant elle est constamment remise en cause. Et ceux qui en dépendent vivent dans la précarité.

La crise est bien réelle et exige la solidarité de tous pour sauver le principal outil de valorisation de la filière : le laboratoire ERCANE. C’est un patrimoine Réunionnais qui produit de la connaissance depuis des siècles. Ce centre de recherche ainsi que les qualités de ses travaux sont connues mondialement. Il semble que la majorité des variétés de cannes utilisées dans le monde relève de ce centre. Cet outil est essentiel pour organiser la transition de la filière. Cet outil se trouve aujourd’hui dans les mains de Téréos. Qui sait ce que cette multinationale du sucre décidera d’en faire ?

Aussi, anticipons la décision de l’industriel Téréos pour sauver une richesse, un patrimoine intellectuel et expérimental réunionnais :

Le Conseil Départemental qui possède la compétence agricole pourrait s’associer au Conseil Régional (et d’autres opérateurs) pour faire une offre d’achat à Téréos.

Ce patrimoine doit rester à La Réunion, propriété des Réunionnais.

Julie Pontalba,
candidate du PCR aux dernières élections européennes »