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Deux ans après la visite de François Hollande à La Réunion
22 août 2016, par

Deux ans après la visite de François Hollande à La Réunion, les engagements pris par le président de la République ne sont toujours pas concrétisés. Pendant ce temps en France, les éleveurs manifestent depuis un an pour protester contre les effets de la suppression des quotas dans l’élevage. Le gouvernement a accordé des aides ponctuelles qui sont insuffisantes. Les Réunionnais seront-ils mieux traités ?
La crise de l’élevage continue en France. Aujourd’hui, une manifestation d’éleveurs laitiers est prévue à Laval, pour protester contre les tarifs d’achat de Lactalis.
« Selon les organisations syndicales, le prix de 256 euros les 1000 litres payé par Lactalis à ses producteurs est de dix à trente euros inférieur à celui que paient ses concurrents, tels Bongrain ou Danone. Les éleveurs s’estiment lésés, le prix de production se situant en moyenne à 350 euros. Le problème est d’autant plus préoccupant que Lactalis, en position de force, est le premier collecteur de lait en France, où il s’approvisionne auprès de 13.500 producteurs. », indique le Figaro d’hier.
Cela permet de constater que même chez les concurrents de Lactalis, le prix d’achat aux éleveurs est inférieur au coût de production. C’est une conséquence de la crise provoquée par la fin des quotas dans la production laitière. Cela a amené une surproduction, et ce sont les plus faibles qui sont les plus pénalisés. Jeudi, un Conseil des ministres européens de l’Agriculture doit se pencher sur cette question. Mais il est clair qu’il ne remettra pas en cause le fond du problème, c’est-à-dire l’abolition des quotas.
À La Réunion se déroule actuellement la dernière campagne sucrière sous le régime des quotas et du prix garanti. La filière canne-sucre représente 18.000 emplois. L’année prochaine, ces deux protections vaut tomber. Le sucre réunionnais devra donc faire face à des concurrents qui ont des coûts de production moins élevés. Cela rend incertain la vente du sucre produit dans notre île. Or, lors de son audition en mai 2014 devant les députés de la délégation de l’Outre-mer de l’Assemblée nationale, le président du Syndicat du sucre de La Réunion avait souligné que si l’industriel n’a pas la certitude de vendre son sucre, alors il n’achètera pas les cannes des planteurs.
Nous sommes aujourd’hui à un peu plus de deux mois de la fin de la coupe, et rien n’est encore décidé pour la prochaine. Cela fait bientôt deux ans que le président de la République est venu à La Réunion. Lors de sa visite, il avait consacré du temps à la filière canne-sucre de l’île. Il avait visité l’usine de Bois-Rouge, puis avait tenu un discours dans la cour de l’établissement. François Hollande avait alors donné une certitude et deux promesses.
La certitude, c’est qu’il n’est pas question de revenir sur la suppression des quotas sucriers. Rappelons qu’en 2013, la France avait voté pour cette suppression à compter de 2017.
Les promesses étaient de deux natures. La première, c’est une aide supplémentaire de 38 millions d’euros pour toutes les filières de l’outre-mer pour compenser un coût de production plus élevé que leurs concurrents européens pour le sucre destiné au raffinage. La seconde, c’était l’exclusion des sucres spéciaux des accords commerciaux signés par l’Union européenne avec des pays producteurs de sucre de canne. Le président de la République conditionnait le respect de ses promesses à l’accord de l’Union européenne. À ce jour, un premier bilan peut être fait.
Pour l’exclusion des sucres spéciaux des accords commerciaux, ce n’est pas le cas. C’est ce que montre l’accord signé par l’Union européenne avec le Vietnam. Ce pays pourra exporter autant qu’il veut vers le marché d’écoulement du sucre réunionnais à condition de payer une taxe de 42 centimes par kilo, tout en bénéficiant d’une franchise de droit de douanes sur 400 tonnes.
L’Europe doit encore négocier d’autres accords avec des pays qui exportent plus de sucre que le Vietnam.
Pour l’aide supplémentaire de 38 millions d’euros, rien n’est encore annoncé. Donc pour le moment, aucun prix de la canne à sucre n’est fixé pour l’année prochaine, c’est donc là aussi l’incertitude.
En France, l’abolition des quotas dans l’élevage a amené le gouvernement à prendre des décisions pour déclencher des aides exceptionnelles. Mais elles ne suffisent pas, car elles ne remettent pas en cause la suppression des quotas. Les éleveurs sont voués à être capables de vendre à bas prix ou à disparaître.
L’année prochaine, la filière canne-sucre connaîtra les effets de la suppression des quotas sucriers. Le gouvernement fera-t-il plus pour les planteurs réunionnais que pour les éleveurs qui manifestent depuis un an en France ?
M.M.
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